Loup de Marçay : une cohabitation avec les humains est-elle possible ?

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Écrit par Morgane Jacob
Un loup gris, semblable à celui-ci, a été observé dimanche 28 novembre à Marçay.
Un loup gris, semblable à celui-ci, a été observé dimanche 28 novembre à Marçay. © MARION BOISJOT /L'YONNE REPUBLICAINE/ MAXPPP

Dimanche 28 novembre, une famille de la Vienne a croisé la route d’un loup sur la commune de Marçay. Une rencontre très rare, qui pose la question de la place du loup dans le paysage des êtres humains.

L’animal observé est très probablement un loup gris (canis lupus lupus), et même s’il est imposant, il ne mérite pas vraiment sa réputation de grand méchant loup : très craintif, il a plutôt tendance à fuir face aux humains.

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Loup vu à Marçay (86) ©Images amateur - Audrey B.

Ce type de rencontre est rare mais pas impossible entre l’automne et le début de l’hiver, car c’est la saison de la dispersion : les jeunes loups nés au printemps prennent plus de place dans leur meute, et contraignent d’autres membres du groupe à partir, et parcourir jusqu’à 800 kilomètres en quête d’un nouveau territoire. 

C’est la seconde détection d’un loup dans la Vienne, puisqu’un mâle adulte avait été découvert sans vie à proximité d’une voie de chemin de fer à Lathus-Saint-Rémy, dans le sud-est du département. En France, la population de loups est estimée à environ 624 individus, et l’office français de la biodiversité dénombre 125 zones de présence permanente, des espaces où l’animal est observé au moins deux années consécutives. Les meutes sont surtout réparties dans les Alpes, l’est de la France et les Pyrénées, mais des individus peuvent potentiellement s’installer dans n’importe quel territoire et il est possible de s’y préparer.

Pour une cohabitation apaisée

Les autorités évaluent à 12.000 le nombre d’animaux domestiques, essentiellement des ovins, prédatés par les loups chaque année. Dans la Vienne, le projet Anticipation du retour du loup réunit depuis l’été 2020, les acteurs publics mais aussi les éleveurs, naturalistes, chasseurs et scientifiques, afin d’envisager une possible cohabitation apaisée entre l’animal et l’humain. Leurs recherches se sont notamment concentrées sur le secteur de Montmorillon, et ses nombreux élevages ovins.

On peut s’y adapter mais il faut mettre les moyens et développer la recherche.

Farid Benhammou, géographe spécialiste des grands prédateurs

Pour Farid Benhammou, géographe spécialiste des grands carnivores « c’est une profession qui a déjà beaucoup de difficultés, et c’est vrai que le loup peut représenter une contrainte ; cette contrainte on peut s’y adapter mais il faut mettre les moyens et développer la recherche. » Grâce à de nombreux entretiens, les chercheurs ont établi un diagnostic et d’après eux, il y a d’abord des difficultés à identifier les éventuels dégâts de loups, et à évaluer la parole des éleveurs : « certains ont déjà eu de fortes suspicions, mais pas l’accompagnement nécessaire, c’est ce qu’il faut améliorer », selon Farid Benhammou.

De même, du côté des agents départementaux, la formation des agents du département en charge de ces problématiques est encore récente, et donc perfectible. Pendant les six prochains mois, le projet Anticipation du retour du loup va donc travailler à la mise en place d’un dispositif pour améliorer la communication et la coordination entre les différents acteurs du territoire, qui restent ouverts au dialogue.

Les bienfaits du loup

Loin d’être seulement contraignante, la présence d’un loup ou d’une meute sur un territoire présente de réels bienfaits pour la biodiversité, puisque la prédation d’animaux d’élevage reste un dernier recours pour lui, d’après Olivier Prévost, administrateur de Vienne Nature : « le loup est un superprédateur qui joue un rôle dans la régulation des espèces dans son environnement ».

L’animal se nourrit en priorité de gros ongulés, comme les cerfs, les chevreuils et les sangliers, mais aussi d’autres animaux sauvages tels que le renard ou le blaireau. En régulant ces populations sur un territoire donné, il permet aux espèces animales et végétales, plus basses dans la chaîne alimentaire de se régénérer ou de se développer.

Le phénomène a par exemple été observé dans la Sierra de la Culebra en Espagne, une zone à forte densité de loups dans laquelle un groupe de cerfs a été introduit. Les loups n’ont pas décimé la harde, mais l’ont rendue plus forte : « les cerfs ont grandi, leurs muscles et leurs bois se sont développés car les loups mangeaient seulement les plus faibles », nous explique Olivier Prévost.

A l’heure actuelle, le loup de Marçay n’a pas été revu dans la Vienne ; un autre loup a été aperçu ce mercredi en Haute-Vienne, mais pour l'instant, rien n'indique qu'il s'agisse du même animal.

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