Deux pères de famille, dont un Poitevin, ont été condamnés mercredi soir par la cour d'assises de Seine-Saint-Denis à vingt et dix-huit ans de réclusion criminelle pour avoir violé leurs filles respectives, filmé leurs abus et les avoir offertes à leurs contacts libertins. La mère de la fillette originaire de la Vienne et un ancien médecin du CHU de Poitiers sont également condamnés.

Un couple de l'agglomération de Poitiers a été condamné par la cour d'assises de Seine-Saint-Denis, hier, à dix-huit et huit ans de prison pour des faits de viols sur mineur. Dans cette affaire, révélée en avril 2019 par France 3 Poitou-Charentes, un ancien médecin du CHU de Poitiers a lui été condamné à cinq ans de prison, dont trois avec sursis, tandis qu'un autre père de famille parisien a lui été condamné à vingt ans de prison.

À l'issue d'un procès à huis clos de trois semaines et d'un délibéré de douze heures, les deux pères, 45 et 42 ans, ont donc été reconnus coupables de viol sur leurs filles respectives, corruption de mineure et enregistrement et diffusion d'images pédopornographiques.

Pendant des années, ils échangeaient en ligne sur les abus sexuels qu'ils faisaient subir à leurs filles. L'un était directeur financier en Seine-Saint-Denis, l'autre praticien en médecine chinoise dans la Vienne.

L'accusation avait requis vingt ans de réclusion contre les deux pères, assortis pour ce dernier d'une période de sûreté des deux-tiers, la peine maximale pour ce type de crimes.

Ils ont aussi été condamnés à un suivi socio-judiciaire de huit ans.

Appel

"C'est hallucinant, ce qui est excessif est insignifiant", a réagi Me Philippe Sarda, conseil du père parisien, ajoutant que son client allait faire appel de sa condamnation.

La mère d'une des victimes, qui en avait la garde alternée avec le père parisien, s'est dite "satisfaite du délibéré".

Les deux hommes, en détention provisoire depuis 2019, ont reçu avec contenance leur peine.

À leurs côtés dans le box, un autre homme, un Parisien, a été condamné à seize ans de réclusion criminelle. Reconnu coupable de viol sur mineure, il s'était rendu au moins à six reprises entre 2017 et 2018 au domicile du père parisien pour participer à "l'éducation sexuelle" de sa fille, à grands renforts de sextoys et d'images pédopornographiques.

Aujourd'hui âgées de 13 ans, les deux filles ont témoigné lors du procès.

Au sein du couple poitevin, la mère, a, elle, été reconnue coupable d'agressions sexuelles sur sa fille mineure et de corruption de mineure. Elle comparaissait sous contrôle judiciaire, mais est ressortie de la cour d'assises escortée par les policiers pour entamer la peine de huit ans de prison prononcée par la cour avec mandat de dépôt. 

Un médecin réanimateur, ayant exercé au CHU de Poitiers et devenu responsable médical dans l'industrie pharmaceutique, a été condamné à cinq ans d'emprisonnement dont trois avec sursis pour agression sexuelle sur mineure. Le médecin ayant déjà effectué un an de détention provisoire, il va terminer sa peine sous bracelet électronique et a pu sortir libre du tribunal.

Deux autres femmes - principalement poursuivies pour non-dénonciation d'agressions sexuelles - ont été condamnées à dix-huit mois d'emprisonnement.

Le dernier accusé, âgé de 61 ans, a été acquitté.

Une part de mystère

Dans cette affaire, une grande part de mystère persiste. Le père poitevin a indiqué aux enquêteurs avoir détruit avec des logiciels professionnels plusieurs disques durs avant son arrestation en 2019. Il a, à cette occasion, démenti avoir été prévenu d'une enquête en cours. Il explique alors s'être juste inquiété de ne plus avoir de nouvelles de son comparse parisien. D'après des informations de France 3, les disques durs auraient pu contenir d'autres photos à caractère pédopornographique. Ces images ont disparu à jamais.

Durant le procès, des photos et vidéos des actes pédocriminels ont été diffusées. De manière exceptionnelle, cinq jurés supplémentaires - deux de plus que la norme - avaient été tirés au sort, en raison notamment de la longue durée du procès.

Pour les fillettes, le calvaire s'était fini en 2019, après la dénonciation d'un utilisateur de site libertin, à qui le père parisien avait proposé des séances avec sa fille.

Avant lui, au moins une dizaine d'hommes avaient reçu la même proposition, sans prévenir les autorités.

À l'issue de l'audience, l'avocate de l'association SOS Victimes 93, qui représentait d'une des petites victimes, a rappelé que "165.000 enfants étaient victimes d'inceste par an en France" et que "la durée moyenne pour s'en remettre était entre 40 et 60 ans".

(Avec AFP et Antoine Morel)