Artisans et apprentissage dans la Vienne : jamais l’un sans l’autre

"Apprenti(e) ? Non mais ça va pas !" Les clichés négatifs collent à l'apprentissage comme un vieux chewing-gum au bureau. Autant d'idées reçues que tente de démonter méthodiquement la Chambre de Métiers et de l'Artisanat de la Vienne.
Cindy Delaître, responsable formation et apprentissage, Karine Desroses, présidente et Ghislain Kleijwegt, secrétaire général.
Cindy Delaître, responsable formation et apprentissage, Karine Desroses, présidente et Ghislain Kleijwegt, secrétaire général. © France 3 Poitou-Charentes - C. Roland
Longtemps considéré comme LA voie de garage en matière d’orientation scolaire et professionnelle, l’apprentissage se rebiffe. En 2018, 1500 apprentis relèvent des métiers de l’artisanat pour le seul département de la Vienne. Chaque jour, les élus et salariés de la Chambre de Métiers et de l’Artisanat (CMA) de ce département s’attachent à défendre cette voie d’enseignement et de professionnalisation. Lassés de voir conseiller l’apprentissage « à défaut de mieux ».

L’apprentissage est aujourd’hui indispensable à l’artisanat : "L’apprentissage, c’est une branche de l’artisanat. Sans artisanat, il n’y a pas d’apprenti. Et sans apprenti, l’artisanat ne pourra pas continuer de fonctionner. Puisque ce sont les futurs repreneurs des entreprises : ils deviennent les salariés des entreprises et ce sont eux qui deviendront les futurs artisans demain". C’est en tout cas ce que défend Cindy Delaître, responsable de la formation et apprentissage à la CMA de la Vienne.

Pour cela, il faut un engagement fort aussi des artisans chefs d’entreprise qui acceptent d’accueillir, former, encadrer des jeunes, qui peuvent n’avoir que 16 ans, pour en faire des professionnels qualifiés. "Un artisan sur deux a été apprenti(e)", constate Karine Desroses, présidente de la CMA de la Vienne. "Et c’est très important. C’est en nous, artisans. La transmission, c’est dans nos gènes."
Dans certains métiers, les candidats à l’apprentissage trouvent parfois difficilement un employeur. "C’est par exemple en électricité, rapporte Cindy Delaître. C’est un métier qui pourtant est indispensable, essentiel dans notre quotidien mais où il est très difficile de trouver des maîtres d’apprentissage qui peuvent prendre le temps de former." Parce qu’il faut du temps, mais aussi parce que certains métiers demandent des capacités, notamment physiques, que n’ont pas certains jeunes de 16 ans. "C’est aussi la mécanique des motocycles. C’est un rêve pour les jeunes qui aiment bien rouler sur leur moto. Par contre, c’est un métier où il y a peu d’entreprises spécialisées. Il y a aussi certaines contraintes techniques qui permettent difficilement d’accueillir des jeunes. Par exemple, ce n’est pas forcément évident de donner aux jeunes plusieurs centaines de kilos à manipuler, comme le poids d’une moto. Il y a également le métier de la boucherie où il n’est pas toujours évident de trouver chaussure à son pied. »

A l’inverse, certaines entreprises peinent à recruter des apprentis. C’est le cas en milieu rural, parce qu’à 16 ans, on n’a pas de permis et que cela peut compliquer le quotidien au travail quand on apprend à se lever très tôt pour apprendre la boulangerie ou qu’on travaille ou vit dans des territoires peu ou mal desservis par des transports en commun.

► La région Nouvelle-Aquitaine a mis en place une Bourse de l’apprentissage (qui va au-delà des métiers de l'artisanat). Il ne ‘agit pas d’une dotation financière mais d’un espace d’échanges autour des places d’apprentis à prendre en entreprises et des recherches d’apprentis par des employeurs.

Ce cursus, entre centre de formation et entreprise, c’est aussi un vrai choix de société : "si on ne passe pas par l’apprentissage, c’est le risque de perdre un savoir-faire", s’inquiète C. Delaître. "Par exemple, devenir tailleur de pierre, ce n’est pas en lisant un livre qu’on va y arriver."  Et Karine Desroses d’évoquer "l’importance de la répétition du geste".

Pour un employeur, accueillir un apprenti demande un réel investissement : "Maître d’apprentissage, c’est un métier à part entière", explique Cindy Delaître. "On demande à des gens en plus de leur métier d’artisans, de chef d’entreprise, de professionnels d’un métier particulier, de consacrer beaucoup de temps à la formation d’un jeune. Il va le prendre brut au départ, à 16 ans en sortie de collège pour la plupart, et lui apprendre un métier, le faire sortir avec un examen en poche et un métier pour lui permettre de s’inscrire directement dans la vie professionnelle."

"Ce qui intéresse les artisans, plus que la réussite économique, c’est la transmission", estime pour sa part Ghislain Kleijwegt, secrétaire général de la CMA 86. 
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Ce titre est décerné "pour services rendus", dirait-on dans l’armée. "C’est une marque de reconnaissance et de remerciement pour l’investissement d’un artisan dans l’apprentissage " explique Cindy Delaître. Il prend en compte l’expérience professionnelle du maître d’apprentissage, le nombre d’apprentis formés ainsi que les compétences acquises en matière de pédagogie. Le département de la Vienne compte plus d’une centaine d’artisans reconnus MAC.
Vous trouverez plus d’informations à ce sujet sur le portail des Chambres des métiers et de l’artisanat.
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