Avec "Troie", le poitevin Malik Djoudi s'impose comme une valeur sûre de la pop française

Son troisième album est encensé par la presse nationale. À juste titre, tant la production de ce nouveau chapitre de la courte carrière du Poitevin est aussi fulgurante que séduisante.

Ok boomer ! Il faudra bien que tu t'en remettes... Tu survis misérablement avec tes aigreurs d'estomac de soirées trop longues de rock alternatif en mode Mano Negra, de raves électro chimiques et insensées ou de festivaux divers et variés où des légendes comme les Stray Cats se faisaient la fight avec des Stiff Little Fingers... Ça, c'était dans le monde d'avant. Et puis, usé et vieilli, tu te poses devant ton ordinateur et, sous l'injonction de ton rédacteur en chef, tu googles Troie, le dernier album de Malik Djoudi. Et là...

À tort, tu zappes "Où es-tu", agacé et forcément de mauvaise foi.

Ça swingue, ok

Mais pourquoi donc m'a-t-on demandé une critique de ce truc ?! "Montre moi ton point sensible", le deuxième morceau de l'album. Intro, J'en fais quoi de ça ? Ça swingue, ok. C'est super produit, c'est propre. On se laisse embarquer. On se méfie quand même comme du Clara Luciani qu'on subit sur l'autoradio en rentrant du boulot. Mais force est d'admettre que c'est classieux.

Par le passé, on s'était déjà fait piégé par des ovnis pop comme François & and the Atlas Mountains. Comprenez les vieux punks repentis qui devaient bien ménager leurs appareils auditifs en fin de piles et qui  se rendent comptent que l'intelligence n'est pas uniquement dans le volume du mur de Marshall.

L'album, un pure moment taoïste

Et puis, sans s'en rendre compte, on écoute la voix, la basse et, très vite, les paroles. C'est réconfortant, apaisant... Et puis on zappe sur "2080", même voix de tête et même classe. On s'habitue. C'est comme une pipe d'opium, pour ceux qui connaissent. Ça fait du bien. Anesthésié, le casque sur les oreilles, Isabelle Adjani vous sussure de la poésie dans le creux de vos oreilles, rien qu'à vous. Malik s'efface, enfin pas complètement. 

"Adorée", sans aucun doute le meilleur morceau de ce troisième album. On y retrouve tous les ingrédients de subtilités rythmiques et de sensualité vocale qui font de cet album un pure moment taoïste. "Laisser agir", ne rien imposer, offir de l'espace et du temps. Ce n'est pas pour rien que Malik Djoudi séduit toute la presse parisienne. Elle est généralement tellement triste cette soi-disante new French pop. Là, on a de la douceur et du swing, de la profondeur et, en même temps, de la légèreté. Adoubé par Etienne Daho, on se rappelle qu'on détestait avouer qu'on aimait bien "Week-end à Rome".

Même sincérité et épure que Miossec

OK boomer... tu vas aussi forcément te rappeler de "Boire", l'album mythique de Miossec. Musicalement, rien à voir, évidemment. Mais, en fait, cette même sincérité et cette épure qui, vingt ans plus tard te touche (presque) autant. Tu t'irrites parfois de ne pas retrouver la sophisticité et l'élégance d'un Thomas de Pourquery, mais, force est d'admettre que tu as aussi succombé, parfois, en son temps, à des nappes d'envolées lyriques made in Björk que tu retrouves, là, dans cet album hors norme.

On n'oubliera le feat. avec Philippe Katerine un peu convenu et, sur son écran de smartphone, on rejouera, par instinct, cet incontournable "Point sensible" avec Lala & Ce. On aimerait tellement entendre encore un petit peu plus le flow de la rappeuse.

Au finish, on sort de ce nouvel album comme d'une salutaire sieste, cramé par un soleil d'été en fin d'après-midi. On se dit qu'on en prendrait bien une petite dose de cette mélodie opiacée. Mais ce n'est que l'humble point de vue d'un boomer qui, finalement, aime bien écouter cette pop française, des fois.

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