Coronavirus. Pour la première fois de son histoire, Emmaüs doit lancer un appel aux dons en argent pour survivre

Cela ne s'est encore jamais produit. Emmaüs n'a jamais lancé d'appel aux dons depuis sa création, il y a 70 ans, mais aujourd'hui, après plusieurs semaines de confinement, l'association est dans l'urgence et a besoin de fonds pour continuer à faire vivre ses communautés. 

En raison de la crise du coronavirus, les centres Emmaüs sont fermés au public.
En raison de la crise du coronavirus, les centres Emmaüs sont fermés au public. © Catherine Aulaz/ MaxPPP
Depuis le début du confinement, 210 des 289 structures d'Emmaüs en France sont à l'arrêt, en particulier les communautés de compagnons qui fonctionnent grâce à la récupération et la revente de meubles, équipements et objets divers. Nombre de structures d'aide à l'insertion et d'aide aux familles surendettées chapeautées par l'association sont également menacées.

Pas de rentrée d'argent pour les communautés

En raison de leur statut, celui d'organisme d'accueil communautaire et d'activités solidaires, les communautés Emmaüs qui accueillent les compagnons ne peuvent pas bénéficier des mesures de chômage partiel, réservées aux entreprises. Seules les structures d'insertion par le travail dépendant de l'association, comme la Friperie trio à Niort par exemple, peuvent y prétendre. 
Depuis la création du mouvement par l'Abbé Pierre en 1949, les communautés vivent de leur travail et des ventes auprès du grand public. Mais avec le confinement, tous les centres sont fermés et aucune vente n'est réalisée. Face à une situation financière critique, l'association Emmaüs France s'est résolue à faire appel à la générosité des Français. Pour Laurent Guinebretière, le responsable d'Emmaüs à Poitiers, cette situation est "dramatique" et très inquiétante pour la survie de l'association.

Ce n'est pas l'habitude, c'est la fierté d'Emmaüs de s'en sortir seuls grâce au travail de personnes qui n'avaient pas trouvé leur place dans la société. Mais aujourd'hui on est en grande difficulté car plus aucune recette ne rentre et les gens continuent à vivre et à se nourrir et surtout, on ne sait pas dans combien de temps on pourra reprendre nos activités.


Piocher dans les économies

La plus grosse inquiétude pour Laurent Guinebretière, c'est l'annulation de la grande braderie prévue fin mars et qui avait déjà été repoussée en juin.

Cela n'était encore jamais arrivé de faire sauter une braderie à Poitiers.

Ces braderies qui accueillent des milliers de visiteurs et d'acheteurs représentent une source de financement essentielle. Elles assurent 15% du chiffre d'affaire annuel.
La communauté Emmaüs de Poitiers accueille une cinquantaine de personnes qui vivent sans contact avec l'extérieur depuis le premier jour du confinement. Pour continuer à fonctionner il a fallu piocher dans les économies, très disparates d'une communauté à une autre.

On arrive à survivre avec les économies réalisées depuis plusieurs années et qui étaient destinées à financer des projets importants. Depuis le début du confinement, on a perdu 250 000 euros pour un budget de fonctionnement annuel d'1,2 million d'euros. C'est encore plus dur pour d'autres communautés comme à Châtellerault ou Angoulême.
Laurent Guinebretière, Emmaüs Poitiers


La survie d'Emmaüs en cause

Au niveau national, l'association Emmaüs France, qui aide 20.000 bénéficiaires, a besoin de cinq millions d'euros pour survivre aux deux mois d'inactivité imposées par le confinement 
  

La réalité aujourd'hui, c'est qu'on ne sait pas encore si le mouvement Emmaüs va survivre à cette crise.
Valérie Fayard, directrice adjointe d'Emmaüs France.

"On se bat pour ne pas abandonner les 20.000 personnes accueillies dans tout le mouvement Emmaüs, des personnes qui se sont reconstruites au sein des communautés ou des structures d'insertion qui vont peut-être tout perdre une deuxième fois." ajoute-t-elle.

Pour la 1ère fois de son histoire, Emmaüs lance un appel aux dons
Pour la 1ère fois de son histoire, Emmaüs lance un appel aux dons © Emmaüs

Créée autour des valeurs d'autonomie et de reconstruction par le travail promues par l'abbé Pierre, qui avait fondé sa première communauté Emmaüs en 1949, l'association chiffre ses besoins à cinq millions d'euros. 
    

On a toujours refusé de faire appel aux dons d'argent, mais face à l'urgence sociale on s'est inspiré de l'appel de l'abbé Pierre en 1954 pour appeler à nouveau à "une insurrection de la bonté" comme il disait. 
Jean-François Maruszyczak, directeur général d'Emmaüs France.

Cette campagne nationale d'appel aux dons est relayée au niveau local par chaque communauté. 

Toute personne qui peut faire un don nous sera très utile.
Laurent Guinebretière, responsable Emmaüs de Poitiers

Il demande à chaque donateur de faire parvenir les dons en argent par courrier à la communauté Emmaüs qu'il souhaite aider. Il est également possible de faire un don en ligne sur le site : Soutenez Emmaüs France.

"A la fin du confinement, on va réouvrir dès qu'on pourra." s'impatiente Laurent Guinebretière. Pour l'instant, on ne compte aucun malade atteint du Covid19 parmi les compagnons accueillis à Poitiers alors que beaucoup d'entre eux sont en situation de grande fragilité. Ils vivent ensemble avec un souci commun, sauver la vie de tous et tout faire pour ne pas retourner à la plus grande précarité.



 Adresse des centres Emmaüs de la Vienne
  • A Poitiers : La Matauderie, 86 240 Ligugé
  • A Châtellerault : 42 Chemin du Chillou, 86100 Châtellerault
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