Covid-19 : face à la deuxième vague, le CHU de Poitiers devra faire face à un afflux de patients plus important

Le CHU de Poitiers est au cœur de la prise en charge des patients atteints par le coronavirus dans la région. Il accueille huit malades en réanimation. Les lits se remplissent encore plutôt doucement mais inoxérablement et le rythme tend à s'accélerer.
A l'heure actuelle, huit patients touchés par la Covid-19 sont hospitalisés au service de réanimation du CHU de Poitiers
A l'heure actuelle, huit patients touchés par la Covid-19 sont hospitalisés au service de réanimation du CHU de Poitiers © Stéphane Bourin/ France Télévisions
Au CHU de Poitiers, la deuxième vague de la Covid-19 est à la fois la même et différente de celle observée en mars-avril. La même, car la maladie est semblable et les facteurs de risques pour les patients aussi. Elle est aussi différente car les traitements ont évolué mais surtout parce que les malades sont aujourd'hui dans leur très grande majorité originaires de la région. Souvenez-vous, au printemps dernier, le service de réanimation du CHU de Poitiers avait accueilli plusieurs patients venus de l'est de la France et de Paris, aujourd'hui on n'y compte que trois malades arrivés la semaine dernière de la région lyonnaise.
 

La différence, c'est que cette fois, la vague est là comme partout en France alors que la première fois, la vague était dans certaines régions et assez peu à Poitiers.

Professeur René Robert, chef du service de réanimation médicale au CHU de Poitiers


Des malades de plus en plus jeunes 

Au printemps, les soignants du CHU attendaient les patients, maintenant ils sont là et il faut les prendre en charge. Le profil de ces malades de la Covid-19 devant être admis en réanimation a lui aussi un peu évolué. La forme sévère de la maladie touche de plus en plus de jeunes, avec ou sans facteurs de risque. Le plus jeune malade touché par le coronavirus et hospitalisé aujourd'hui à Poitiers n'a que 36 ans et les personnes de moins de 60 ans sont de plus en plus nombreuses en réanimation.

C'est la même maladie qu'au mois de mars provoquant une atteinte respiratoire extrêmement sévère avec certains malades qui ont des facteurs de risques, diabète, obésité et quelques personnes âgées mais aussi des patients qui n'ont pas de facteurs de risques y compris certains patients assez jeunes. Les plus jeunes ont à peu près 35 ans, ce ne sont pas les plus nombreux mais ça peut toucher des gens très jeunes.

Professeur René Robert, chef du service de réanimation médicale au CHU de Poitiers

En réanimation, les patients de moins de 60 ans sont de plus en plus nombreux.
En réanimation, les patients de moins de 60 ans sont de plus en plus nombreux. © Marie-Noëlle Missud/ France Télévisions


Le recours aux corticoïdes plus systématique

Par rapport à la première vague, les traitements, eux aussi, ont évolué même si la base de la prise en charge médicale reste la même. C'est ce que nous explique le Professeur Robert.

La seule chose qui a vraiment changé, c'est l'utilisation de corticoïdes sinon la prise en charge pour la ventilation artificielle, essayer d'éviter l'intubation et les techniques de ventilation, tout ça c'est pareil. Ce n'est d'ailleurs pas très différent des pathologies respiratoires sévères que l'on connaît depuis très longtemps dans les services de réanimation, ce sont les mêmes protocoles pour ce qui est de l'oxygénation et de la ventilation artificielle.

Professeur René Robert, chef du service de réanimation médicale au CHU de Poitiers


"On utilise de façon beaucoup plus protocolisée la Bétaméthasone donc les corticoïdes" témoigne également la Professeure France Roblot. La cheffe du service infectiologie au CHU de Poitiers explique que la maladie est parfois difficile à diagnostiquer ce qui induit, en partie, sa très forte contagiosité.

De façon générale, quand on fait des tests très larges, globalement on a jusqu'à 50% des patients qui sont asymptomatiques. Mais il faut savoir que beaucoup de gens se pensent asymptomatiques et quand on les interroge, ils disent qu'effectivement ils avaient un peu mal à la tête, qu'ils étaient un peu fatigués. Le problème c'est que l'on a parfois des symptômes mineurs qui passent inaperçus et ces gens là risquent d'être très transmetteurs parce qu'ils sont moins vigilants.

Professeure France Roblot, cheffe du service infectiologie au CHU de Poitiers


"Il ne va pas falloir plus"


A cette date, le service de réanimation médicale du CHU dispose de quinze lits.. Ils accueillent actuellement huit patients ayant la Covid et d'autres patients non Covid. L'hôpital dispose de trois autres services de réanimation pour les adultes portant à 53 le nombre total de lits de réanimation. Si le nombre de patients nécessitant une réanimation augmente de façon très importante, le CHU peut ouvrir une vingtaine de lits de réanimation supplémentaires. Se poserait alors le problème du personnel disponible et formés pour prendre en charge ces malades.
"Le facteur limitant c'est le personnel disponible, comme partout ailleurs. Donc, si on veut du personnel, il faut que l'on diminue ou que l'on déprogramme certaines activités." explique le professeur Robert. Pour l'instant, ce n'est pas encore nécessaire mais cela pourrait être le cas.

C'est presque à l'ordre du jour mais on va essayer de le faire le plus progressivement possible pour ne pas pénaliser les patients non covid qui ont besoin d'une prise en charge médicale.

Professeur René Robert, chef du service de réanimation médicale au CHU de Poitiers


Ce vendredi déjà, le CHU a décidé de fermer deux salles d'opérations et de déprogrammer des interventions non urgentes. Ce sentiment d'urgence est partagé par Marie-Line Debarre, la cadre de santé du service de réanimation médicale.

Aujourd'hui ça va, on gère car on a le personnel suffisant pour l'instant mais il ne va pas falloir plus et on ne sait pas comment va se passer le week-end... Les personnels sont inquiets et fatigués mais très volontaires et professionnels.


Tous n'espèrent qu'une seule chose : que le confinement, mis en place ce vendredi 30 octobre, porte ses fruits et parvienne à limiter l'afflux de malades en réanimation, mais en attendant, les quinze prochains jours risquent d'être difficiles. "Le confinement est la seule mesure qui a montré son efficacité au mois d'avril."conclut la professeure France Roblot. Au total, 49 personnes sont décédées de la Covid-19 au CHU de POitiers depuis le début de l'épidémie.
Le CHU de Poitiers face à la deuxième vague de Covid-19





 
L'épidémie s'accélère en Nouvelle-Aquitaine
L'ARS (Agence Régionale de Santé) a livré ce vendredi son point hebdomadaire sur l'évolution de l'épidémie dans la région. La circulation du virus s’accélère intensément en Nouvelle-Aquitaine avec une hausse importante du taux d’incidence à 216 pour 100.000 habitants (contre 121,7/pour 100.000 habitants en la semaine dernière) et du taux de positivité à 13,5 % contre 9,3 % la semaine dernière.
Dans la Vienne, le taux de positivité atteint 14,6% et le taux d'incidence est, cette semaine, de 235,9 pour 100.000 habitants.

Le nombre de nouveaux cas confirmés de Covid19 a presque doublé en une semaine avec 12 958 cas confirmés en Nouvelle-Aquitaine contre 7 215 cas la semaine dernière.

 
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