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Fémur de Toumaï : un paléoanthropologue veut dénonçer la «censure» exercée à Poitiers

Le 05 mars 2008, le professeur Michel Brunet (université de Poitiers) présente Sahelanthropus Tchadensis, plus connu sous le nom de Toumaï. / © MaxPPP / Dominique Bordier
Le 05 mars 2008, le professeur Michel Brunet (université de Poitiers) présente Sahelanthropus Tchadensis, plus connu sous le nom de Toumaï. / © MaxPPP / Dominique Bordier

La découverte d'un fémur à côté du crâne de Toumaï pose des questions scientifiques mais un professeur de l'université de Poitiers, veut lui attirer l'attention, sur ce qu'il dit être de la «censure». 

Par Claire Courbet et Alexandra Lay

Roberto Macchiarelli est en colère. Le professeur à l’Université de Poitiers a décidé de parler à l’un de nos confrères du Monde, après 14 ans de silence pour mettre au jour un fémur qui dort dans un tiroir. Le paléoanthropologue reproche à son collège Michel Brunet d’avoir caché l’os trouvé à quelques dizaines de centimètres du crâne de Toumaï, que ce dernier a déterré au Tchad en 2001.

«Le spécimen n’a pas été annoncé lors de l, dit le paléoanthropologue. Il n'a pas non plus été identifié lorsqu’il reposait dans un tiroir pendant près de 15 ans. Bizarre pour une équipe professionnelle». D’autant plus que, comme le rappelle Roberto Macchiarelli, la probabilité de trouver des os d’hominidé est infime : «plus proche de 0 que de 0,1 !» s’exclame-t-il.

Pourtant, pas un mot n’est sorti à propos de ce fémur lors de sa supposée trouvaille. Le communiqué du CNRS n’évoque pas son existence. 

Alors, en 2004, lorsque Aude Bergeret, une étudiante lui apporte le fameux fémur afin qu’il puisse l’aider à répondre à des questions qu’elle s’est posée, Roberto Macchiarelli tombe des nues. Au retour de Michel Brunet, ce dernier lui fait part de son incrédulité. «J’ai du mal à parler de la période qui a suivi, dit Roberto Macchiarelli. J’ai été mis sur la touche, ma hiérarchie m’a demandé de me taire et des collègues ne m’ont plus dit bonjour pendant des années.»

Il dit profiter d’un colloque pour évoquer le sujet mais l’assemblée n’aurait pas été d’accord, préférant garder le silence. Qu’à cela ne tienne, il décide de parler publiquement de cet os pour mettre fin au «pouvoir local qui a mis la main sur des choses et qui a fait de la censure

Quel intérêt aurait eu Michel Brunet à garder le silence sur cette découverte ? Son ancien collègue a une hypothèse. «Michel est un personnage extraordinaire : il a fait des choses magnifiques, remarquables, et a ouvert des pistes, a eu un peu de chance peut-être, mais aussi des qualités de détermination, de persévérance, ça on ne l'improvise pas, dit-il. Mais ce qu'il n'a pas eu c'est un comportement vraiment scientifique. A mon avis, Michel n'a pas digéré l'idée que quelqu'un d'autre puisse voir quelque chose que lui n'avait pas vu. » Par ces propos, Roberto fait allusion à la théorie avancée par Michel Brunet, l’idée que Toumaï était bipède, que pourrait démentir ce fémur

De son côté, Michel Brunet, joint par téléphone, dément tout calcul. Joint par téléphone, le professeur estime que «la science mérite beaucoup mieux (que cette polémique).» Pour lui, «pour faire de la science, il faut de la sérénité. Beaucoup de sérénité».

«Je me retrouve dans la position de l'accusé, reconnaît-il. S'il y avait tant de choses à remettre en cause, ça ne se ferait pas dans un blog du Monde.» Michel Brunet rappelle qu'une «publication est en préparation». «On continue de travailler, à chercher et à trouver plus.» Pour lui, il n'y a rien d'étrange à ce qu'il se soit écoulé seize ans, car, «la science, ça prend du temps !». «Quand notre travail sera publié, il pourra être contesté. Pas avant», dit-il en guise de conclusion. 


 

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