Réforme du lycée professionnel : un projet "radical", "dangereux" et "sans dialogue social" pour les enseignants et syndicats mobilisés dans la Vienne

Sept mois après les annonces d'Emmanuel Macron à Saintes, les enseignants et syndicats se sont mobilisés une nouvelle fois pour protester contre la réforme du lycée professionnel. À Poitiers, ils dénoncent un "cadeau au patronat", et s'inquiètent pour le bagage culturel de leurs élèves si le temps en entreprise gagne du terrain sur les heures de cours.

Emmanuel Macron avait annoncé cette réforme de l'enseignement le 4 mai dernier à Saintes, en déclarant : "C'est une cause nationale. Ça concerne un tiers de nos jeunes (...) on doit réussir à en faire une voie par choix."

Dès la rentrée scolaire dernière, une partie de la réforme est déjà entrée en vigueur :

  • Les cours de mathématiques et de français sont donnés en demi-groupe en seconde.
  • Un bureau des entreprises a été créé dans chaque lycée pour établir un réseau et simplifier la recherche de stages des élèves.
  • Les stages sont désormais gratifiés, pour une rémunération qui peut s'élever jusqu'à 2 100 euros sur les trois ans de formation.

D'autres éléments de réforme de l'enseignement professionnel catalysent de fortes tensions au sein de la communauté enseignantes. Annoncées en novembre dernier, elles concernent essentiellement la classe de Terminale et devraient entrer en vigueur à la rentrée de septembre 2024 :

  • Le nombre d'heures allouées aux cours de mathématiques et de français va augmenter de 10 %, mais cela doit se faire au détriment d'autres matières qui n'ont pas encore été officiellement identifiées.
  • Le calendrier scolaire doit être resserré, de 30 à 22 semaines de cours, soit une perte de 71 heures de cours selon les syndicats.
  • Six semaines vont être dédiées au projet personnel de l'élève, qui aura le choix entre un stage en entreprise ou la poursuite des études, notamment pour préparer un BTS à l'issue du lycée. Les enseignants du lycée professionnel craignent que la majorité des élèves s'orientent vers le stage, attirés par la rémunération, au détriment de la préparation pour le baccalauréat. Le taux de réussite à ce diplôme est en effet plus faible dans les lycées professionnels, il était de 82,7 % en juin dernier, contre 95,7 % dans la filière générale.

"Un cadeau au patronat"

Une cinquantaine de personnes, enseignants et syndicats, se sont ainsi réunies devant le rectorat de l'Académie de Poitiers ce mardi après-midi afin de protester contre ce second volet de la réforme, et protéger les enseignements qu'ils dispensent. "Cette réforme va envoyer tous les jeunes des quartiers populaires, parce qu'il faut quand même avouer qu'en lycée professionnel, c'est essentiellement des jeunes de milieux populaires, directement en entreprise sans qu'ils aient une réelle formation", s'alarme Pascal Lacoux, secrétaire académique de la CGT éducation. Non loin de lui, Bénédicte Moulin, secrétaire académique SNETAA FO, va dans le même sens : "Le ministère confond métier et emploi. Quand on met des élèves dans une entreprise, on les emploie, ils sont employables, mais nous, dans les lycées professionnels, on les forme à un métier et on leur donne aussi la culture nécessaire pour qu'ils soient capables d'évoluer tout au long de leur carrière."

Alain Héraud, secrétaire académique SNES FSU, s'inquiète d'une trop grande spécialisation des lycéens qui risquerait de les enfermer dans une voie précise. "C'est un cadeau au patronat pour donner à l'entreprise des jeunes tout de suite disponibles qui vont être spécialisés sur une entreprise", tempête-t-il. "Nos jeunes, on doit les préparer à leur avenir, on doit les préparer à des métiers qui n'existent pas encore aujourd'hui donc ils doivent avoir suffisamment d'acquis pour pouvoir un jour s'adapter au monde de l'emploi."

Alors que les textes définitifs de la réforme doivent être discutés en Conseil supérieur de l'enseignement le 14 décembre, ils espéraient rencontrer la rectrice d'académie, et faire évoluer le projet. Cette dernière étant absente, ils ont été reçus par le secrétaire général du rectorat de la Vienne. S'ils ont le sentiment d'avoir été écoutés, ils ne savent pas encore s'ils auront été entendus.