Rescapée de la Shoah, Ginette Kolinka témoigne de son expérience auprès d'élèves à Poitiers

Après avoir survécu à l'horreur des camps de la mort pendant la Seconde Guerre mondiale, Ginette Kolinka parcourt la France pour témoigner dans les écoles. La nonagénaire est allée à la rencontre d'élèves de l'école Jacques-Brel à Poitiers, ce 3 octobre, pour leur raconter son histoire.

Les belles histoires du dimanche
Découvrez des récits inspirants de solidarité et d'altruisme, et partez à la rencontre de la générosité. Émotions garanties chaque dimanche !
France Télévisions utilise votre adresse e-mail afin de vous envoyer la newsletter "Les belles histoires du dimanche". Vous pouvez vous désinscrire à tout moment via le lien en bas de cette newsletter. Notre politique de confidentialité

À 94 ans, elle fait face à une tribune d'une centaine d'élèves et répond à leurs questions, posément. Ginette Kolinka est rescapée du camp d'Auschwitz-Birkenau et parcourt les écoles de France pour raconter son histoire et ainsi entretenir la mémoire des victimes des camps d'exterminations pendant la Seconde Guerre mondiale. Ce 3 octobre, elle participe à Poitiers à un questions-réponses avec des élèves de CM1 et CM2 de l'école Jacques-Brel.

"Le camp le plus terrible était Birkenau. C'était un camp d'extermination. Vous savez ce que ça veut dire ? demande-t-elle à la jeune assemblée, obtenant aussitôt la bonne réponse. Vous avez moins de quinze ans. Si vous aviez été juifs [à cette époque-là], vous auriez tous été assassinés," glisse-t-elle, suscitant la terreur dans le public.
 

Déportée vers le camp d'Auschwitz-Birkenau 

Née à Paris, juive d'origine Ukrainienne, la vie de Ginette Kolinka bascule un jour de mars 1944. La jeune fille a 19 ans. Sa famille à déménagé quelques temps plus tôt à Avignon, en zone libre. Mais la Gestapo les retrouve sur dénonciation. Elle est arrêtée puis déportée avec son père, son petit-frère et son neveu par le convoi numéro 71, où se trouvent également Simone Veil et la cinéaste Marceline Loridan-Ivens. A leur arrivée, son père et son petit-frère sont immédiatement gazés.
Ginette travaillera dans les camps jusqu'à sa libération en mai 1945. Elle retrouvera sa mère et ses sœurs en juin 1945.

Pendant plus de 50 ans, Ginette Kolinka gardera le silence. Par peur "d'ennuyer les gens". La rencontre avec des membres d'une association d'anciens déportés va tout changer. Depuis le début des années 2000, elle devient une ambassadrice de la mémoire et sillonne la France pour parler de la Shoah dans les établissements scolaires.

Un message de paix

L'horreur des camps, elle la raconte sans détours. Son matricule, 78599, tatoué sur le bras. L'humiliation dès son arrivée. Mise nue comme les autres déportés, on lui "rase les cheveux, le sexe devant tout le monde. Avant, vous êtes blonde, brune ou rousse. En quelques minutes vous n'êtes plus personne".
Devant son auditoir, Ginette Kolinka est une passeuse de mémoire. "Je vous raconte tout ceci pour que vous vous rappeliez que, si vous n'aimez pas quelqu'un, que vous le haïssez, et bien c'est comme si un nouveau Auschwitz-Birkenau rouvrait," conclut-elle.

Après presque deux heures d'échanges, les élèves ont remercié Ginette Kolinka et le message semble être passé. "Hitler, il a été très méchant avec Madame Kolinka," résume à sa façon Abraham, en CM2. "Si on ne veut pas que ça recommence, j'estime qu'il faut que ça se sache de plus en plus," confie l'intéressée.
Une parole rare et précieuse. Ginette Kolinka est l'une des dernières rescapées toujours en vie, alors elle témoigne encore et toujours.

Ginette Kolinka parlera de nouveau à Poitiers, cette fois-ci devant des collégiens le 22 novembre 2019.

 
"Retour à Birkenau"
Ginette Kolinka raconte son histoire également dans un livre publié cette année, "Retour à Birkenau". Un ouvrage dans lequel la journaliste Marion Ruggieri a recueilli les souvenirs de cette rescapée.