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A Albi, le festival Pause Guitare refuse de se vendre à Vivendi

Depuis plusieurs mois, des festivals d'Occitanie sont sollicités par de grands groupes pour être rachetés. Les Déferlantes à Argelès (Pyrénées-Orientales) est ainsi passé sous le pavillon Vivendi. Pause Guitare, à Albi (Tarn) a été approché mais l'événement tarnais veut garder son indépendance.    
En 2016, la 20e édition de Pause Guitare avait réuni près de 50 000 personnes à Albi. Un record.
En 2016, la 20e édition de Pause Guitare avait réuni près de 50 000 personnes à Albi. Un record. © MaxPPP / EMILIE CAYRE

L'approche a été directe mais subtile. Il y a quelques mois, le créateur du Festival Pause Guitare, Alain Navarro est approché par un grand groupe français d'envergure internationale :

"L'opérateur est venu me voir et a sous-entendu qu'il était fortement intéressé par Pause Guitare en me disant que c'était un très beau festival.

La réponse du directeur du festival tarnais, qui attend pour l'édition 2018 plus de 50 000 spectateurs, a été directe et sans détour :

"Pause Guitare n'est pas à vendre.Nous sommes un festival associatif. C’est une histoire que nous avons créé avec ma femme, il y a 22 ans. Cette histoire humaine, je ne peux pas avoir la garantie avec un grand groupe qu’elle ne sera pas tronçonnée plus tard. Je ne veux pas que l’argent vienne  bousculer ce que nous avons mis 22 ans à construire. Nous, sur Pause Guitare, nous avons 90 concerts. 16 se passent sur la grande scène avec des artistes internationalement et nationalement connus. Les 74 autres se déroulent en centre-ville. Ce sont des scènes découvertes, des artistes émergeant que l'on a envie de défendre mais qui perdent de l'argent naturellement. L'équilibre financier se fait entre ces deux modèles.


Pause Guitare n'est pas le seul événement musical du Sud-Ouest à avoir été sondé. Certains ont même accepté d'être vendus. Olympia Production, filiale de Vivendi Universal, est devenu en avril 2018 coproducteur des Déferlantes et de Live au Campo, deux des principaux festivals d’été en Roussillon. Quelques semaines plus tôt, Brive Festival s'associait également avec Vivendi. Selon la presse, le géant du divertissement négocierait le rachat de Garorock de Marmande
Alain Navarro ne veut pas être le porte-drapeau d'une fronde contre ces grands groupes économiques qui rachètent à tout và mais le créateur de Pause Guitare s'interroge :

"Ce qui va forcément se poser, c'est la concurrence de ces groupes, peu importe lequel, qui cherchent de plus en plus à occuper des territoires. Le marché à beaucoup changé. Là où il nous fallait 70 % de taux de remplissage pour arriver à l'équilibre budgétaire il y a quelques années, aujourd'hui il nous faut atteindre la barre des 90 %. Mes collègues responsables de festivals ont de plus en plus la trouille par rapport à leur avenir. Notre survie, à Pause Guitare, va dépendre de notre capacité à réagir et à nous poser d'autres questions et pas aller au combat par rapport à des grands groupes. C'est aux élus à prendre conscience de la menace que représente cette "non diversité" des grands groupes qui sont dans une démarche lucrative. Les régions ne savent pas se situer par rapport à cette problématique." 

Par exemple, la Région Occitanie, par l'intermédiaire de la marque Sud de France, a versé une subvention au festival Les Déferlantes, désormais sous le pavillon Vivendi.  

"J'ai soulevé le problème à la région, assure le conseiller régional du Tarn, Bernard Gilabert (PS). Il y a une approche générale de ces grands groupe d'essayer de s'approprier un vrai fond culturel, comme Pause Guitare qui compte aujourd'hui 1100 bénévoles à sa réussite. C'est un problème et un vrai sujet. Aujourd'hui, il y a des approches locales, globales, mondiales. Il faut trouver les bons équilibres. La région Occitanie est très en observation de ce phénomène et réfléchit à en minimiser les impacts tout en défendant les valeurs locales et citoyennes des festivals, comme Pause Guitare."

Reportage Sylvain Duchampt - Véronique Galy - Xavier Marchand :

durée de la vidéo: 01 min 52
A Albi, le festival Pause Guitare refuse de se vendre à Vivendi ©France 3 Tarn


 

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