Andorre : le projet de laboratoire P3 de haute sécurité virologique fait naître des inquiétudes

Le groupe pharmaceutique espagnol Grifols, leader mondial des médicaments plasmatiques, a annoncé la création en Andorre, d’ici 2023, d’un pôle de recherche en immunologie, en partenariat avec le gouvernement de la Principauté. Un projet qui fait grincer des dents et inquiète.

Un laboratoire de type P3, c'est à dire "haute sécurité", va être construit en Andorre à horizon 2023. Un pôle à la pointe de l'immunologie certes mais qui suscite l'inquiétude, notamment des habitants de la Principauté.
Un laboratoire de type P3, c'est à dire "haute sécurité", va être construit en Andorre à horizon 2023. Un pôle à la pointe de l'immunologie certes mais qui suscite l'inquiétude, notamment des habitants de la Principauté. © Francois Destoc / MaxPPP

Un laboratoire de haute sécurité P3 dans le petit Etat d'Andorre, c’est un projet qui suscite l’inquiétude au sein de la population de la Principauté comme chez les voisins français et espagnols. Le groupe pharmaceutique espagnol Grifols est à l’origine de ce projet d’implantation, en partenariat avec le gouvernement andorran. Ce dernier sera partenaire du projet à hauteur de 20%.

À la pointe de l'immunologie mais classé P3

Le projet devrait voir le jour à horizon 2023. L’industriel espagnol Grifols veut en faire « l’un des rares centres de recherche dédiés à l'immunologie en Europe et une référence internationale pour le développement de traitements des troubles du système immunitaire ».

Le groupe de Barcelone est leader mondial des médicaments plasmatiques et a annoncé la création du Pyrenees Immunology Research Center (PYIRC) fin avril. Ce laboratoire sera classé « haute sécurité P3 » ou encore pathogène de classe 3 ce qui signifie, dans la classification des risques qu’il est susceptible de provoquer des maladies graves chez l’homme, qu’il présente un sérieux risque pour les travailleurs du site et enfin que la propagation à la collectivité est possible.

Le projet ne fait pas l’unanimité

Un projet ambitieux et des risques clairement énoncés qui est loin de faire l’unanimité et de réjouir les habitants, militants écologistes et certains responsables politiques. Ces derniers pointent de nombreuses zones d'ombres et pressent le gouvernement d'organiser un référendum sur le projet.
La députée Carine Montaner se questionne notamment sur le choix de l'Andorre par le groupe espagnol pour mener à bien ce projet : « un pays qui n'est pas encore doté d'une loi de bioéthique », confie t-elle à l'AFP. Elle ajoute «déplorer que le gouvernement prévoit la mise en place d'un "cadre législatif" seulement après avoir signé l'accord avec Grifols»

Le choix d'Ordino pour y construire le centre de recherche questionne également. En effet, Ordino est classée "réserve de biosphère" par l'Unesco.

Même s’il n’est pas encore clair à ce stade de savoir quel type de matériel infectieux et agents pathogènes ce laboratoire utilisera, le chef du gouvernement Xavier Espot a reconnu qu'avec un tel projet, "le risque zéro n'existe pas" en terme de sécurité, toutefois il s’oppose pourtant à la demande de référendum.    

Daniel Fleta, directeur du département industriel de Grifols, s’est défendu lors d’une réunion publique sur les intentions de son groupe : "Nous ne sommes pas venus en Andorre pour sa législation plus souple. Ou pour faire des choses que nous n'osons pas faire dans d'autres pays", ajoutant que l'investissement pour ce projet est estimé à 25 millions d'euros.

Pour l’instant, la pilule passe mal. « Les Andorrans n’ont jamais été informés en amont de ce projet qui a été conduit sans débat parlementaire préalable alors qu’il engage la principauté et ils l’ont découvert avec ce communiqué », indiquent les élus et citoyens andorrans.
Un projet d’implantation d’autant plus controversé que ces laboratoires haute sécurité ont récemment fait l’actualité. Pour rappel, Wuhan, en Chine, est un laboratoire classé P4.

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