Ariège : un projet de cabanes touristiques autour du lac de Montbel toujours controversé

Cinq associations d'opposants au projet d'implantation de cabanes touristiques autour du lac de Montbel manifestent ce 17 septembre 2021 à Foix (Ariège). Ils entendent alerter sur l'impact écologique provoqué par ces constructions destinées à promouvoir un tourisme vert.

En Ariège, le projet de construction de cabanes sur les bords du lac de Montbel reste controversé. Cinq associations, dont France Nature Environnement, A Pas de Loutre ou encore Le Chabot, appellaient à une manifestation ce 17 septembre 2021, dans le centre-ville de Foix. Deux cents personnes se sont ainsi retrouvées devant la préfecture de l'Ariège, dénonçant l'impact écologique que pourrait engendrer, selon les opposants, l'implantation de ces hébergements touristiques autour de ce lieu naturel préservé.

Un lac mis en eau en 1985

Le lac de Montbel est artificiel, mis en eau en 1985 lors de la construction du barrage de Montbel. À cheval entre l'Ariège et l'Aude, cet espace naturel préservé est l'un des joyaux touristiques de la région. Il attire toute l'année les simples promeneurs, les pêcheurs ou les adeptes d'activités nautiques. Mais depuis plusieurs mois, il est devenu l'enjeu d'un débat passionné entre les défenseurs de l'environnement et les porteurs d'un projet de constructions de cabanes d'hébergement le long de ses rives.

25 cabanes en location au coeur d'un site naturel

Une institution interdépartementale est propriétaire du foncier agricole sur lequel ce projet doit voir le jour. L' I.I.A.B.M (Institution interdépartementale d'aménagement du barrage de Montbel) a confié en location une partie de son espace à la société Coucoo, une entreprise spécialisée dans la construction de cabanes sur des sites éco-touristiques. En tout, ce sont 25 cabanes de luxe qui devraient sortir de terre en 2022.

"On est loin d'un projet touristique avec mobile-home, chalets, accueil massif de populations, on parle de 25 cabanes, de 200 personnes par année, explique Ginny Ribeiro, collaborateur d'Alain Toméo, président de la Communauté de communes du pays de Mirepoix en charge du dossier. Tout est pensé et réfléchi pour que cette présence humaine, qui est déjà effective sur ce site, ait un impact qui soit le plus faible possible. Si le projet peut se faire, on aura pour la première fois en Ariège un chantier piloté par un écologue, qui fera office de chef de chantier. C'est une preuve pour nous que l'entreprise qui est derrière le projet est dans une démarche responsable".

Une étude d'impact environnemental

Une étude d'impact environnemental a été confiée par la communauté de communes du pays de Mirepoix à un cabinet d'expertise de Haute-Garonne. Cette étude vise entre autres à attester de la présence de loutres sur le site, par la pose de pièges photographiques notamment. Elle a déjà permis de confirmer la présence dans cet écosystème de nombreuses chauves-souris. D'où l'abandon d'ailleurs, par la société Coucoo, du projet initial de construction de cabanes perchées dans les arbres qui bordent le lac.

Un enjeu écologique pour les opposants au projet

Du côté des associations environnementales opposées au projet, c'est bien la préservation de ce site et de ses "occupants" qui est en jeu. En mars dernier, une manifestation d'opposants avait rassemblé près de 400 personnes sur les rives du lac Montbel. Parmi eux, le naturaliste Olivier Buisson. Il rappelait alors que ce site représente une zone de quiétude pour un certain nombre d'espèces : "On trouve ici des chauves-souris, des oiseaux, des amphibiens ou des reptiles. Par exemple, les éclairages de ces logements poseraient un problème pour les grandes aigrettes qui ont leur dortoir à proximité."

Début septembre, en marge du Congrès mondial de l’Union Internationale pour la Conservation de la Nature (UICN) de Marseille, ce collectif d'associations environnementales a adressé une lettre ouverte à Bérangère Abba, secrétaire d'État auprès de la ministre de la Transition écologique. Il alertait :

"Le lac de Montbel dans sa partie la plus sauvage, celle du lac de niveau constant (79 ha), doté d'une biodiversité exceptionnelle, une zone humide permettant tous les fonctionnements écologiques et processus naturels à grande échelle, bénéficiant d'une quiétude totale depuis 35 ans, pourrait être amputée de toutes ses fonctionnalités et soumise à de nombreuses nuisances par un projet immobilier de loisir : bruit, pollution lumineuse, déambulation à toute heure, circulation, défrichage régulier, aménagement de pontons et de passerelles là où il n'existait que la nature."

Un permis de construire accordé

Le projet controversé autour du lac de Montbel, qui pourrait générer selon la Communauté de communes du pays de Mirepoix quatre emplois en CDI et une dizaine d'emplois saisonniers, a bénéficié d'un accord de permis de construire. Mais les recours en contentieux engagés auprès du tribunal administratif par les collectifs d'opposants pourraient potentiellement suspendre le démarrage des travaux.

 

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