La revanche de la filière textile en Ariège grâce à la fabrication des masques anti-covid

En Ariège, trois sociétés spécialisées dans le textile ont su tirer leur épingle du jeu grâce à la fabrication des masques anti-covid. Aujourd’hui, elles vont encore plus loin en se lançant dans la production de masques antimicrobiens intégrant une technologie unique au monde.

Masque antimicrobiens UNS1 intégrant la technologie Pylote, conçu et fabriqué en Ariège
Masque antimicrobiens UNS1 intégrant la technologie Pylote, conçu et fabriqué en Ariège © Biotex Technologie

L’épidémie de coronavirus a fragilisé et mis au tapis de nombreuses sociétés. Une crise sanitaire qui n’a cependant pas anéanti tous les secteurs. En Ariège, deux entreprises de textiles ont paradoxalement connu une embellie, grâce à la conception et la fabrication de masques en tissu anti-covid.

Une "belle revanche" pour cette filière en perte de vitesse depuis 30 ans, victime des délocalisations massives des industries à l’étranger et de la concurrence des produits importés à prix réduits. Dans la vallée de Lavelanet, jusque dans les années 90,  plus d’une trentaine d’entreprises spécialisées dans le textile employaient jusqu’à 4000 personnes.

Aujourd’hui, elles se comptent sur les doigts d’une main. Deux entreprises, Biotex Technologie et Tissages Cathares ont su résister en évoluant sur des marchés de niche. Des savoirs-faire 100% local qui leur ont permis d’être très réactives en cette période de crise sanitaire ; elles ont pu répondre à des commandes abyssales de masques en textile anti-covid.

Ces deux sociétés ariégeoises ont travaillé en synergie et tenu la cadence des commandes. Ce nouveau marché qui les a propulsé sur le chemin de la croissance et de la création d’emploi, en doublant notamment les effectifs. Depuis mars 2020, Biotex a vu son chiffre d’affaires s’envoler, passant de 3 millions à 40 millions en un an.

Un cap qu’elles comptent bien maintenir en se lançant dans l’innovation en partenariat avec une startup toulousaine Pylote. Ensemble, elles produisent un masque antimicrobiens UNS1, contre les coronavirus et les bactéries,  intégrant une technologie unique au monde. Ces masques ont été commandés par Occitanie Protect, une filière locale d’équipements sanitaires créée par la Région Occitanie.

Biotex technologie et Tissages Cathares, la revanche du savoir-faire ariégeois

Créée en 2011, Biotex Technologie est spécialisée dans l’innovation textile à Lavelanet, en Ariège. Pour exemple, elle conçoit et fabrique des tee-shirts de protection pour les militaires à base de couche anti criblage.

Dès le début de la crise sanitaire, elle a, comme de nombreuses sociétés de textile, fabriqué des masques anti-covid. Mais pour elle, tout a réellement basculé lors d’une commande du service de santé des armées en mars 2020. Grâce à son réseau import, la société a en effet permis de négocier l’achat de 5 millions de masques chirurgicaux en Chine.

Ensuite, tout s’est enchaîné avec de nombreuses commandes arrivant de partout en France et de l’étranger. "L'entreprise s’est mise à concevoir et fabriquer sa propre marque de masques en tissus anti-covid", explique Clara Ouandjili, responsable commerciale. "La Région Occitanie a commandé 500 000 masques et au total l’entreprise a fabriqué 6 millions de masques adultes et 30 000 masques pour enfants".

Un marché qu’elle a souhaité partager avec deux autres entreprises ariégeoises, Tissages Cathares pour la production et Sages Automotive Interiors, fournisseur de tissus textiles recyclables.  

On a su saisir l’opportunité, c’est une belle revanche du secteur de l’industrie textile ; on a doublé nos effectif  en passant de 4 à 18 salariés, revalorisé les salaires. On est passé de 3 millions d’euros de chiffres d’affaires en 2019 à 40 millions d’euros en 2020 !

"On a su créer des synergies avec les entreprises locales pour gagner ces nouveaux marchés et créer de la croissance et de l’emploi grâce à un savoir-faire français et 100% local".

Tissages Cathares, dernier atelier de conception et de fabrication de linge de maison en Ariège a pris le train en marche. Cette entreprise familiale a résisté à la crise du textile des années 1989 qui a vidé l’Ariège de son industrie. "On tisse et confectionne nos produits sous notre marque, du 100 % local, on est sur un marché de production haut de gamme", explique Philippe Bigou, le directeur de Tissages Cathares.

Depuis la crise sanitaire, la société travaille en étroite collaboration avec Biotex Technologies dans la confection et la fabrication des masques en textile anti-covid. Un nouveau marché qui a fait décoller la petite entreprise .

On a doublé nos effectifs grâce à la fabrication des masques, j’ai embauché 10 salariés et revalorisé les salaires des couturières et des recrutements sont toujours en cours.

Tissages Cathare a dû pousser les murs pour répondre à la demande, "on a déménagé l’atelier de confection, on est passé de 300 m2 à 1000 m2 avec un investissement dans une machine de découpage automatique", rajoute Philippe Bigou .

Illustration, entreprise ariégeoise "Tissages Cathares", linge de maison
Illustration, entreprise ariégeoise "Tissages Cathares", linge de maison © Tissages Cathares

La croissance est indéniable, le chiffre d’affaires est en constante progression soit 870 000 euros de chiffre d’affaires enregistré en 2020 contre 500 000 euros en 2019,  avec une perspective d’1,6 millions d’euros pour l’année 2021.

"On cherchait à se diversifier, et Biotex a été un moteur pour nous. En mars 2020, au début de la crise sanitaire on a fabriqué nos propres masques en tissus sous notre marque que l’on fabrique toujours d’ailleurs, de l’ordre de 150 000 jusqu’au mois de  juillet. Ensuite on a collaboré avec Biotex notamment pour la fabrication de masques pour enfants".

Une collaboration qui a permis à la petite entreprise familiale de faire connaître son savoir-faire en lui ouvrant les portes de nouveaux marchés.

C’est un marché de niche à notre dimension certes mais cela permet de créer des emplois, de les pérenniser et de les valoriser. Je crois à un retour de la production en France, on a un réel savoir-faire et la qualité est là ; les consommateurs l’ont bien compris et c’est tant mieux. J’ai l’impression que la relocalisation des entreprises de textile en France est en marche et c’est un très bon signal pour notre économie surtout sur nos territoires. Ça a du sens.

Innovation : les masques antimicrobiens

Avec la société toulousaine Pylote, Biotex Technologie, Textile Cathare et la société Sage Automotive Interiors elle aussi basée en Ariège, ont conçu et fabriqué un masque antimicrobien de haute qualité intégrant une technologie unique au monde. Une technologie développée par la startup Pylote. Ces masques en tissus protègent du coronavirus et des bactéries ; ils sont destinés à des professionnels en contact avec le grand public et répondent à des tests les plus exigeants ; les performances ont été mesurées par des laboratoires de la DGA (Direction générale de l'Armement). Ils sont lavables et réutilisables 50 fois avec une durée de validité avant péremption de 7 ans.

Des masques commandés par Occitanie Protect, une filière locale d’équipements sanitaires créée par la Région Occitanie.

"Au nom de tous les collaborateurs de Pylote, je suis extrêmement fier de cette opportunité de participer activement à la lutte contre cette pandémie et de contribuer à protéger les populations. Cette commande de masques de protection contre les transmissions virales et bactériennes, intégrant notre technologie antimicrobienne unique au monde, est un nouveau succès commercial pour notre technologie après sa première mise sur le marché sur des applications de films adhésifs. Au-delà, la volonté de la Région de favoriser une ré industrialisation locale représente une opportunité pour Pylote de diversifier les applications de sa technologie au-delà des masques de protection sur d’autres types de produits en tissus",  précise Loïc Marchin, PDG de Pylote.

Une synergie locale qui fonctionne : l’entreprise Sage fournit le tissu en intégrant la technologie Pylote, Biotex Technologie a confectionné le prototype et Tissages Cathares gère la fabrication.

Une innovation source de croissance et de bénéfices, pour le moment 10 000 masques ont été commandés mais les perspectives de développement sont conséquentes. "Nous sommes prêts", explique Clara Ouandjili, responsable commerciale de Biotex Technologies, " nous serons réactifs à toutes les demandes et ce grâce à notre partenariat avec Sage et Tissages Cathares".

C’est un partenariat fait en bonne intelligence mêlant les savoir-faire d’un territoire, on y croit très fort. J’ai connu la fin de la période faste du textile en Ariège et son déclin, je suis malheureusement l’un des derniers avec Sage et aujourd’hui je vis quelque part une revanche de cette période, il y a matière à faire quelque chose en France.

Philippe Bigou, directeur Tissages Cathares

 

Le groupe Sages attend les commandes de la Région Occitanie pour relancer son activité

En revanche pour le groupe Sage Automotive Interiors partenaire dans cette innovation, le ciel est beaucoup moins bleu, même si l’entreprise est prête à rebondir.

Basé en Ariège, le groupe Sages spécialisé dans la production de tissu textile de revêtement recyclable pour automobile emploie 200 salariés. La crise sanitaire avait mis à l’arrêt l’entreprise en mars 2020, le site a été fermé durant 4 semaines et les salariés ont été placés au chômage partiel.

"On a rebondi avec la fabrication de tissus pour les masques mais cela n’a pas été suffisant pour maintenir l’activité . En revanche, on n'a pas baissé les bras et nous avons mis au point un produit qui pourrait nous permettre de relancer la machine, la surblouse médicale recyclable", explique Mathias Daynie, responsable commercial.

 

C’est un produit homologué, nous sommes prêts. Seulement voila, le CHU de Toulouse préfère commander des blouses jetables en Inde et au Pakistan en les payant plus cher. Notre surblouse coûte 18 euros et est réutilisable 50 fois et 100 % recyclable pour produire à nouveau une blouse, ce qui revient à 36 centimes si on la compare à la blouse Pakistanaise jetable à 1 euro 50 centimes.

"Nous sommes partenaires sur l’innovation du masque antimicrobien, nous intégrons la technologie Pylote aux tissus. C’est une technologie que l’on peut aussi intégrer dans la fabrication des surblouses. Nous sommes prêts, nous attendons que la Région Occitanie passe commande. Si les 850 EHPAD passent commandent alors c'est gagné, tous les salariés reprendront du service et l’activité pourra redémarrer. C’est une question de volonté politique, y a plus qu’à".

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