Jean Victorin Castel, soldat de la Première guerre mondiale, est mort en août 1918, des suites de ses blessures au combat. Après la guerre, son corps a été rendu à sa famille, et enterré dans un lieu jusqu'ici inconnu. A Trèbes, l'association le Souvenir français vient de retrouver sa tombe.
101 ans après la fin de la Première guerre mondiale, de nombreux corps de Poilus restent sans nom, tout comme de nombreux noms restent sans corps. Mais le Souvenir français travaille à y remédier. A Trèbes, les membres de section locale de cette association, reconnue d’utilité publique, ont justement retrouvé la tombe d’un soldat mort au combat, Jean Victorin Castel, tué à 31 ans, dans les derniers mois de la guerre en août 1918.
Son corps avait été restitué à sa mère, Hermine Dousse, le 25 mai 1922 à Trèbes. Après cela, plus de trace de la dépouille : si le nom du soldat est bel et bien inscrit sur la liste des disparus du mémorial de Trèbes, sa sépulture était jusqu’ici inconnue. "L’endroit où un soldat est enterré ne correspond pas forcément à l’endroit où vivait sa famille quand le corps était restitué", souligne Jean-Claude Hariot, président de la section de Trèbes du Souvenir français. Remonter sa trace était d’autant plus difficile que l’orthographe pouvait être aléatoire à l’époque : ainsi le nom de sa mère a parfois été écrit Douce.
En l’occurrence, Jean Victorin Castel était bel et bien dans la commune. "Mais sa stèle est presque complètement effacée, seul reste le prénom Victor et une date." Pour retrouver la tombe, il a fallu un travail minutieux, "comme une enquête policière", qui a duré "une bonne année" : "Nous avons travaillé à partir des fichiers du ministère de la Défense. Nous avons aussi épluché les états civils. On recoupe, on vérifie. On passe du temps devant l'ordinateur et dans les cimetières. Les registres de recrutement permettent aussi d’avoir accès à tout le parcours militaires d’un soldat", explique Jean-Claude Hariot.
C’est ainsi qu’un site spécialisé, créé par Patrice Leplat, un membre du Souvenir français de Trèbes, est en mesure de retracer la vie de Jean Victorin Castel. Celui-ci, né le 6 février1887 en Ariège, a passé sa jeunesse à Trèbes. Pendant la guerre, il a été mobilisé entre autres en Lorraine, puis en Champagne. Le 9 août 1918 en Picardie, le soldat est blessé par une balle de mitrailleuse qui lui éclate le radius. Conduit dans un hôpital à Dieppe, le jeune homme décède quelques jours après, le 16 ou le 26 selon les fiches.
"Il faut se dépêcher"
Maintenant que la sépulture a été identifiée, le Souvenir français invite les éventuels membres de la famille à prendre contact, pour veiller à ce que la tombe soit rénovée. En l’absence de parenté, la mairie s’est engagée à la remettre en état, et le Souvenir français la fleurira chaque 1er novembre :
C’est notre devoir de mémoire. C’est l’engagement que nous avons envers ces garçons qui sont morts pour nous.
La tombe retrouvée, le travail du Souvenir français n’est pas fini : "On passe à l’enquête suivante, déclare Jean-Claude Hariot. En ce moment, nous sommes à la recherche de cinq corps. On soupçonne la présence de l’un d’eux dans une tombe familiale à Trèbes. Avoir identifié la tombe de Jean-Victor nous donne de l’espoir pour le reste. Mais il faut se dépêcher : un an, un an et demi de plus, et il n’y aurait sans doute plus eu d’inscriptions du tout sur sa stèle. Le temps fait son œuvre."