En 2020, des habitants de l'Aveyron encore exclus du réseau d'eau potable

Un hameau isolé sur la commune aveyronnaise de Pousthomy. / © Fabienne Meunier
Un hameau isolé sur la commune aveyronnaise de Pousthomy. / © Fabienne Meunier

L'histoire pourrait être extraite d'un roman de Marcel Pagnol, pourtant en ce début 2020, elle est toujours d'actualité. Dans une petite commune du sud Aveyron, à Pousthomy, certains habitants des coteaux, isolés du village, n'ont jamais eu accès à l'eau potable du réseau municipal.

Par Nathalie Fournis

Les "écarts", c'est le nom usuel donné aux lieux-dits situés sur les collines, à l'extérieur du village de Pousthomy (12), pour les distinguer du village en contre-bas.
Dans ce village de moins de 200 habitants, seuls les villageois du bourg ont accès à l'eau potable.

Au cœur du Parc Régional des Grands Causses, les bien nommés "écartés", représentent une trentaine d'habitations, non desservies en eau potable depuis des décennies et qui doivent se ravitailler à la source ou au ruisseau le plus proche, pour l'eau du quotidien.

De l'eau potable seulement pour 2/3 du village

Depuis plus de 15 ans, ils réclament en vain d'être rattachés au réseau municipal.
Pourtant, d'importants travaux ont été réalisés dans le village pour moderniser et raccorder le réseau à celui du SIAEP (Syndicat Intercommunal d'Alimentation en Eau Potable) des Rives du Tarn.
Un budget de 600.000 euros pour les 60 habitations du village qui bénéficiaient déjà de l'eau potable. 
Rien n'a été prévu pour étendre le réseau aux 30 maisons des coteaux isolés de la commune.

Des ressources en eau qui s'appauvrissent

Il y a 50 ans, l'eau des nappes phréatiques était régulièrement renouvelée et propre. Les habitants des hameaux s'accommodaient de cette eau gratuite et de bonne qualité.
Depuis la sécheresse de 2003, l'eau qui n'avait jamais manqué est devenue rare et les sources se tarissent.
En quelques années, la situation des habitants des hameaux s'est aggravée. L'eau des nappes phréatiques est épuisée et polluée.

Fabienne Meunier vit au lieu-dit Le Plô, à 5 kilomètres du centre de Pousthomy. Excédée et résignée par cette situation, elle nous dépeint un tableau surréaliste. 
Sa maison isolée du village ne dispose pas du réseau d'eau potable municipal.

Pour avoir de l'eau au robinet, c'est tout un système de pompes, de cuves, de surpresseur et de canalisations qu'il a fallu installer depuis la source, située à 50 mètres de son habitation.
Un système économique qui lui convenait, jusqu'à ce que la sécheresse de 2003 l'alerte sur la fragilité et la qualité de la ressource.
"Je dépense 95 euros par an pour faire analyser par un laboratoire d'Albi l'eau de la source et les résultats montrent une pollution bactériologique qui la rend impropre à la consommation humaine," nous confie Fabienne Meunier.

On est soumis aux aléas de la météo et aux épandages des agriculteurs. Quand on a de l'eau, elle est polluée par les exploitations agricoles. J'ai toujours un doute sur la qualité de l'eau, je ne sais jamais si l'eau que je consomme est potable.

Toute l'année, les habitants doivent acheter l'eau en bouteilles plastiques et faire bouillir l'eau pour cuisiner et se brosser les dents.

Sur les 60 personnes des lieux-dits, une quinzaine est prête à payer pour être raccordées au réseau communal.
Les personnes âgées disposant du minimum vieillesse sont angoissées par ce projet.

Ça coûtera une fortune, environ 200.000 euros, mais la mairie n'a jamais finalisé un projet ni demandé des subventions, alors ...

Alors c'est le statu quo depuis 15 ans et rien ne bouge pour ces habitants.

"J'espère que les services de l'Etat vont se réveiller, déclare Fabienne, car c'est un projet trop gros à mener pour une petite municipalité qui a déjà dépensé 600.000 euros pour moderniser son réseau et le raccorder à celui de Saint-Sernin-sur-Rance, chef-lieu de canton."
 

Le maire reconnaît une situation compliquée

Le maire de Pousthomy, Sébastien Villeneuve, nous explique que la situation est compliquée : "On travaille sur le sujet, c'est une région très vallonnée, une zone difficile pour poser un réseau donc cela va coûter très cher (...) Mais il faudra bien trouver une solution, dit-il."

L'élu estime que cela pourrait coûter dans les 700 000 euros pour raccorder chaque maison. Un budget beaucoup trop lourd pour un petit village. Il espère pouvoir partager les frais avec le SIAEP (Syndicat Intercommunal d'Alimentation en Eau Potable) des Rives du Tarn.

Il reconnaît aussi qu'il a "levé le pied" sur ce problème depuis qu'un collectif d'habitants a porté l'affaire devant la justice. Une association a saisi le tribunal administratif de Toulouse après la signature du schéma de distribution d'eau potable.

Le maire attend donc que la justice se prononce pour se pencher à nouveau sur ce problème de raccordement.
 

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