Aveyron : la grève des infirmiers anesthésistes se poursuit à l’hôpital de Rodez

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Écrit par Corinne Carrière
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En grève depuis le 8 novembre dernier, les infirmiers anesthésistes de l’hôpital de Rodez en Aveyron poursuivent cette semaine leur mouvement. En dehors des urgences, les blocs opératoires tournent au ralenti. Ils réclament la reconnaissance de leur pratique avancée et une meilleure rémunération.

C’est un mouvement national qui a débuté le 2 novembre dernier à l’appel de plusieurs organisations. l’Union fédérale des médecins ingénieurs cadres et techniciens (UFMICT-CGT), l’Association nationale des étudiants infirmiers anesthésistes et les collectifs d'infirmiers anesthésistes diplômés d'Etat (IADE) avaient en effet appelé les IADE à cesser le travail. La profession méconnue du grand public réclame une reconnaissance de sa pratique avancée infirmière. Une grève reconductible jusqu’au 18 novembre.

En  Aveyron, les infirmiers anesthésistes de l’hôpital de Rodez comme ceux de Millau, de Villefranche-de-Rouergue et de Saint-Affrique sont entrés dans la danse. Au total dans ce département, ils sont une trentaine à exercer le métier d'infirmier anesthésiste, dont 19 à l’hôpital de Rodez.

"Depuis le 8 novembre dernier, nous sommes en grève et nous poursuivons la grève cette semaine avec 100% de grévistes. Une grève qui prendra une autre forme que la semaine dernière avec beaucoup de débrayages", explique Brice Ramondenc, infirmier anesthésiste à l’hôpital de Rodez.

Les interventions non urgentes déprogrammées

Rassemblés ce matin sur le parvis de l’hôpital, les infirmiers anesthésistes expliquaient aux usagers les motifs de leur mobilisation. "Il y a des déprogrammations au niveau des blocs opératoires. Les interventions urgentes sont faites mais les autres interventions programmées sont réalisées à minima", précise Brice Ramondenc, responsable du collectif du syndicat national des infirmiers anesthésistes. " Nous expliquons aux usagers les motifs de notre profond malaise et on s’excuse aussi de la gêne occasionnée".

Reconnaissance statutaire des spécificités de leur mode d’exercice

Le métier d’infirmier anesthésiste est peu connu en France et regroupe au total 11 000 professionnels. Un infirmier débute sa carrière au niveau Bac +3 alors qu’un infirmier anesthésiste doit décrocher un master 2, un diplôme d’Etat, pour exercer son métier. Avant de se présenter au concours d’entrée d’infirmier anesthésiste, il faut avoir travaillé au moins deux ans comme infirmier.

"Quand on fait le compte, il faut au moins sept ans pour devenir infirmier anesthésiste. Au quotidien on travaille au SAMU et en réa, mais notre acticité principale elle est au bloc opératoire. On travaille en étroite collaboration avec le médecin anesthésiste, responsable pour chaque intervention, il adapte une stratégie pour assurer la sécurité des patients. L’infirmier anesthésiste va mettre en place des actions de façon autonome et superviser l'ensemble pour répondre à ces objectifs", précice Brice Ramondenc

L'infirmier anesthésite affirme avoir le soutien des médecins anesthésistes de l’hôpital. Selon lui le maillage médecin anesthésiste et infirmier anesthésiste réduit considérablement les accidents anesthésiques.

Le Ségur de la santé : la goutte d’eau qui a fait déborder le vase

Selon Brice Ramondenc, le gouvernement ne reconnait pas cette autonomie professionnelle, "aucune reconnaissance dans le Ségur de notre pratique avancée infirmière. La profession réclame une reconnaissance statutaire entre le métier de base d’infirmier et la profession médicale pratiquée avancée. Mais, explique Brice Ramondenc, "le gouvernement fait la sourde oreille, on aurait souhaité qu’il gomme cette incohérence législative mais là on a une fin de non-recevoir, alors la grève se poursuit".

Peur d'une "perte d’attractivité de la profession"

Autre conséquence du Ségur de la santé, "la plus-value financière n’existe plus", selon les collectifs et organisations syndicales.

"Un master 2 en poche, 7 ans d’études et au final être payé 13 euros de plus qu’un infirmier, est-ce que cela est sérieux? s’interroge Brice Ramondenc. Après 10 années d’expérience au sein d'un établissement hospitalier, un infirmier anesthésiste est rémunéré 2500 euros net.  "Prendre autant de responsabilité, de risque, d’autonomie dans la prise de décision et des actes… 13 euros d’écart, la pilule a du mal à passer", rajoute t-il, "pas sûr, que les jeunes aient envie de passer le concours d'entrée."

Une grève peu visible mais qui s’étend sur le territoire d’Occitanie

Les infirmiers anesthésistes de l’hôpital d’Auch eux aussi sont en grève et les blocs opératoires marchent au ralenti. A l’hôpital de Castres Mazamet, ils étaient 80% à 90% de grévistes vendredi 12 novembre et depuis ce lundi 15 novembre, le mouvement se poursuit avec des débrayages.

"Le contexte est tendu, on demande un statut adapté à l’exercice de notre profession, il va y avoir une perte d’attractivité de notre profession en lien avec le Ségur, mais nous sommes mobilisés", explique Benjamin Denis anesthésiste à l’hôpital de Castres-Mazamet depuis deux ans.

Les infirmiers anesthésistes du CHU de Toulouse étaient eux aussi en grève ce matin.

L’ensemble des professionnels semble être entendu par leur direction qui a reçu des délégations et écouté leur demande. Des revendications et des soutiens de médecins et autres professionnels qui seront transmis à l'Agence régionale de la santé (ARS).

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