Comment les “antifas” surveillent et s'informent sur les groupes d'extrême-droite toulousains ?

Toulouse compte cinq groupes antifascistes comptant à chaque fois entre 10 et 20 membres. / © Ben Art'Core
Toulouse compte cinq groupes antifascistes comptant à chaque fois entre 10 et 20 membres. / © Ben Art'Core

Une véritable guerre souterraine se joue à Toulouse et dans sa région. D'un côté, l'extrême droite. De l'autre, les antifascistes. Ces derniers se consacrent en grande partie à surveiller et à s'informer sur les groupuscules d'extrême droite qui depuis quelques mois réinvestissent la rue.  

Par Sylvain Duchampt

Placé à l'angle d'une rue du centre-ville de Toulouse, dos au mur, roulant entre ses doigts une cigarette, l'homme observe discrètement la scène située à une cinquantaine de mètres de lui.

Sur le perron d'une salle municipale, un individu casquette sur la tête, mains dans les poches de son blouson, guette les alentours et contrôle les personnes rentrant à l'intérieur du bâtiment. Un peu plus loin, deux autres personnes habillées comme des supporters de football tournent dans le quartier comme s'ils faisaient une ronde.

En cette fin de journée, les passants ne se doutent pas de ce qui est en train de se jouer ici : une opération de surveillance menée par un groupe antifasciste local. "Il y a une conférence de l'ancien vice-président du Front National, Bruno Gollnisch, organisée ce soir par un groupe d'extrême droite dénommé le Cercle des Capitouls, explique l'homme à la cigarette, un dénommé Comics, militant antifasciste au sein de l'Union Antifasciste Toulousaine. On a trouvé le lieu un peu en retard. En temps normal, on aurait organisé un contre rassemblement pour empêcher que la conférence ait lieu."  Actuellement, Toulouse compte cinq groupes antifascistes composés de 10 à 20 membres. 
 
L'ancien vice-président du Front National, Bruno Gollnisch, est venu animer une conférence à Toulouse à l'invitation du Cercle des Capitouls. / © Capture d'écran Facebook
L'ancien vice-président du Front National, Bruno Gollnisch, est venu animer une conférence à Toulouse à l'invitation du Cercle des Capitouls. / © Capture d'écran Facebook

La réapparition de l'extrême droite

L'objectif ce soir des "antifas" est donc de compter et d'identifier les participants à l'évènement. Au total, plus d'une trentaine de militants, la plupart issus de différents groupuscules d'extrême droite. Des groupes nés il y a deux ans de la disparition du Bloc Identitaire dans la ville rose, comme Génération Identitaire, l'Action Française, la Dissidence. Les informations récoltées permettront ensuite d'alimenter les sites comme Information Anti Autoritaire Toulouse et Alentours (Iaata). Mais aussi les réseaux sociaux antifascistes dédiés à ce sujet. 
 

Un autre "antifa" rejoint son compère Comics dans l'opération de surveillance du jour. Casquette sur la tête, foulard autour du cou prêt à être remonté "au cas où", il observe les allées et venues, tête baissées, l'air de rien.  "L'extrême droite est réapparue à Toulouse depuis un peu plus d'un an, presque deux, explique Grincheux, lui aussi membre de l'Union antifasciste toulousaine. Ils s'étaient désagrégés. Toujours présents mais désagrégés. Au niveau national, il y a eu le retour de l'Action Française, un mouvement royaliste, qui a réussi à ramener à lui pas mal de gens. Il y a eu aussi les Identitaires qui par quelques coups d'éclats ont repris un peu de visibilité. Cela a relancé une dynamique à Toulouse."
 

Cette dynamique s'est notamment traduite ces derniers mois dans les rues de la ville rose où des militants d'extrême-droite s'en sont pris à des membres de l'extrême-gauche. Cela a été le cas lors d'une manifestation des Gilets jaunes contre le cortège du NPA, où lors de la marche des fiertés en juin dernier.
 

Hors de Toulouse

Cette tendance est également apparue, à 80 kilomètres de là, dans le Tarn. Connue pour être une terre de gauche, ce département ne cesse de voir l'extrême droite gagner du terrain, dans des communes comme Graulhet et Carmaux.

L'an dernier à Albi, un groupe de l'Action Française s'est formé à l'université Champollion. En réponse, Antonin, jeune militant  de la CGT, et un groupe de lycéens ont décidé de créer une section locale anti fasciste, Albi Solidaire Antifasciste Populaire (Asap).

C'est d'ailleurs dans un bureau de la bourse du travail à Albi qu'il nous reçoit pour nous raconter la création de l'Asap :  "L'idée, face à la résurgence d'organisations d'extrême-droite, fascisantes ou royalistes qu'il y a sur Albi et le Tarn, c'était de rassembler à la fois ceux qui ne voulaient pas voir apparaître ce genre de militantisme, mais aussi de les empêcher de s'implanter à long terme à l'aide d'initiatives populaires, de masse et aussi d'actions directes quand il le faut."  

Echapper à la caricature

Une conception très politique de l'antifascisme qui se veut loin d'un certain folklore, loin du style Dr Martens aux lacets rouges, polos Fred Perry, concerts et bières :

Il y a les antifas, le cliché actuel, c'est-à-dire le lycéen de 14 à 18 ans qui moralement a appris que le racisme c'est mal et qui n'a pas beaucoup de conscience politique, assure le jeune Tarnais. Ce sont des jeunes qui sont un peu dans le subversif, dans la transgression. Ils vont mettre deux-trois badges sur un manteau en cuir, tout en faisant des grands discours antifascistes. Mais ils s'arrêteront là. Il y a aussi l'antifascisme qui est porté par des organisations, comme l'UAT et la Jeune Garde de Lyon, qui font des actions quotidiennes de tour de table, d'information, d'organisation de débats. Ils visent ceux qui sont le plus touchés par le discours fasciste, comme les habitants des quartiers populaires. C'est de leur dire: même patron, même galère, pas de frontières entre nous. La Révolution, ce n'est pas le "Grand Soir". C'est quelque chose qui se construit sur les lieux d'apprentissage, de travail. C'est un travail de fond. 


Ainsi, le combat des antifascistes se joue également sur le terrain social et culturel. C'est pourquoi l'Union Antifasciste Toulousaine a ouvert avec d'autres organisations un local dans un quartier populaire de Toulouse.

Reportage Sylvain Duchampt - Thierry Villeger - Johan Touleron
 

Sur le même sujet

Meurtre de Priscillia à Estagel : un jeune homme de 18 ans en garde à vue

Les + Lus