Expulsées, elles sont à la rue : près de Toulouse, l'histoire compliquée de Colette 82 ans et de sa fille handicapée

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Colette Grochocki, 82 ans et sa fille handicapée, Stéphanie, 39 ans, ont été expulsées de leur logement. Aidées par une habitante de Revel (31) après avoir vécu dans leur voiture, elles cherchent une nouvelle maison. Mais l'histoire n'est pas aussi simple qu'il n'y paraît.

Depuis quelques jours, la presse défile chez Nawel Hmimsa, à Revel (Haute-Garonne). Tous sont là pour rencontrer Colette, 82 ans et sa fille Stéphanie, une femme handicapée de 39 ans. L'une et l'autre sont accueillies dans le logement de la Reveloise, sans emploi, depuis quelques jours.

Installées toutes les trois sur le canapé du salon, elles font face à leurs visiteurs afin de raconter leur histoire. Tout commence par cette vidéo, largement relayée sur les réseaux sociaux, où Colette et Stéphanie Grochocki expliquent qu'elles ont été expulsées de chez elles il y a un mois. Elles ont trouvé refuge dans leur voiture, stationnée sur un parking à Revel.
 

Une entraide entre précaires

Cette vidéo, c'est Nawel Hmimsa qui l'a réalisé. "Je suis allé les voir tous les jours afin de savoir si elles avaient besoin de quoi que ce soit, explique-t-elle. J'y ai trouvé une dame très agréable, très sympathique, accueillante qui ouvre sa porte, qui est très sociable. On s'est lié d'amitié et 5 jours après je lui ai proposé de venir à la maison. J'ai un vrai sentiment d'injustice. Elles sont en situation de précarité et je le comprends car je le suis aussi. Entre précaire, on se serre les coudes".
 
Une main tendue que n'a pas hésité à saisir Colette Grochocki :

C'est la seule qui nous ait aidé. J'ai été expulsé sans tambours ni trompettes. Je ne pouvais plus payer mon loyer car on m'a volé. Cela a été très dur mais j'ai assumé car j'avais mes animaux et ma fille. je suis forte de caractère et je ne me laisse pas abattre. C'est ça qui me sauve.

Colette Grochocki, 82 ans

15 000 euros de loyers impayés

Michel Hugonnet est lui désemparé. Le nouveau maire de Palleville (Tarn) où logeaient Colette et Stéphanie Grochocki, a tenté également de les épauler. Sans succès. La situation s'est révélée particulièrement complexe : 
 

Cela faisait 3 ans que Madame Grochocki ne payait pas ses loyers. Il y en avait pour au moins 15 000 euros d'impayés. Il y a quelques années auparavant, elle avait été également expulsée de Haute-Garonne car elle avait laissé une ardoise de 12 000 euros de loyers

Michel Hugonnet, maire de Palleville (Tarn)


A ceci s'ajoute de nombreux conflits avec le voisinage "elle a l'insulte facile. Depuis l'an dernier, les gendarmes sont venus une dizaine de fois. Des interventions délicates avec une femme de 80 ans".

Un dialogue de sourds

Une femme de 80 ans avec du caractère.  "C'est une dame parfois assez manipulatrice estime Michel Hugonnet. Elle m'a souvent dit que personne ne l'aidait alors que les services sociaux venaient la voir constamment".

Selon plusieurs témoignages, Colette Grochocki aurait ainsi refusé de remplir un dossier de demande de logement social au moment de son expulsion, décalée une première fois en raison du premier confinement. "Elle a des chiens et voulait une maison individuelle. Nous aurions pourtant pu lui obtenir un logement en rez-de-chaussée avec un petit bout de jardin mais elle n'en a pas voulu". 

"Ce sont des menteurs" clame l'octogénaire. "Ils ne m'ont jamais rien proposé. Ils m'ont suggéré de me loger à la clinique Monié, près de Villefranche de Lauragais, avec ma fille mais sans mes animaux (un chat et deux chiens)". Colette Grochocki le reconnait : "je veux une maison dans laquelle je mettrais mes meubles et mes affaires que je veux récupérer". Elle précise avoir les moyens de payer ces loyers.

Des inquiétudes concernant Stéphanie

Le maire de Palleville se sent impuissant. Son inquiétude se porte aujourd'hui sur Stéphanie. "Est ce que Madame Grochocki est toujours apte à s'occuper de sa fille ? Elle a besoin d'être suivie et d'être soignée. Sa fille a besoin d'être protégée. C'est elle désormais la prioritée".   
  Cette histoire, complexe, rappelle celle d'Ali, 70 ans, expulsé en octobre dernier de son logement social à Toulouse. Pour sortir de ce qui ressemble de plus en plus à une impasse, Nawel Hmimsa a décidé de lancer une cagnotte. L'argent récolté servira selon elle a "offrir un an de loyer à Colette et Stéphanie, dans un maisonnette où elle pourra également prendre ses animaux".