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Procès de l'abattoir du Vigan : “Les gens qui nous forment n'ont jamais mis les pieds dans un abattoir”

Le procès, qui s'est ouvert jeudi devant le tribunal correctionnel d'Alès, fait suite à la diffusion en février 2016 d'une vidéo choc de l'association de défense des animaux L214, tournée en caméra cachée dans l'établissement du Vigan certifié bio et visionnée à l'audience. / © SYLVAIN THOMAS / AFP
Le procès, qui s'est ouvert jeudi devant le tribunal correctionnel d'Alès, fait suite à la diffusion en février 2016 d'une vidéo choc de l'association de défense des animaux L214, tournée en caméra cachée dans l'établissement du Vigan certifié bio et visionnée à l'audience. / © SYLVAIN THOMAS / AFP

"On vit la mort cinq jours sur sept": poursuivi avec deux collègues pour avoir maltraité des animaux dans un procès inédit à Alès, un employé de l'abattoir du Vigan (Gard) a décrit jeudi la pénibilité de leur travail, tout en regrettant sa "brutalité".

Par OLC avec l'AFP

Procès abattoir du Vigan : la pénibilité du travail en question
"On vit la mort cinq jours sur sept": poursuivi avec deux collègues pour avoir maltraité des animaux dans un procès inédit à Alès, un employé de l'abattoir du Vigan (Gard) a décrit jeudi la pénibilité de leur travail, tout en regrettant sa "brutalité". - E. Terpereau, D. Pardanaud
Intervenants:
Sébastien Arsac Porte-parole de l'association L214
Yvon Goutal Avocat communauté de communes du pays Biganais
Caroline Lanty Avocate de l'association L214

Infractions à la règlementation sur l'abattage des animaux

Le procès, qui s'est ouvert jeudi devant le tribunal correctionnel d'Alès, bondé et entouré d'un important dispositif policier, fait suite à la diffusion en février 2016 d'une vidéo choc de l'association de défense des animaux L214, tournée en caméra cachée dans l'établissement certifié bio et visionnée à l'audience. La communauté de communes du Pays viganais, qui gérait l'établissement, est également poursuivie pour des infractions à la règlementation sur l'abattage des animaux.

Accusé de "sévices graves et d'actes de cruauté"

Entré à l'abattoir à 15 ans et demi en apprentissage pour un CAP de boucher, "on m'a tout de suite dit +il te faut tuer+", raconte à la barre Marc Soulier, le principal prévenu, accusé de "sévices graves et d'actes de cruauté" envers des animaux en captivité, des faits passibles de deux ans de prison et 30.000 euros d'amende. "On nous mettait la pression, il a fallu apprendre vite et sur le tas", poursuit le jeune homme corpulent. Il est notamment reproché à Marc Soulier, qui était "responsable de la protection animale" --une fonction "imposée" selon lui--, d'avoir utilisé une pince à électronarcose sur le museau de brebis "pour faire rire" un collègue.

Il ne voit pas les animaux comme des égaux de l'homme


Reconnaissant une "grosse connerie" et regrettant sa "brutalité", l'ex-employé, décrit comme "un fou" par certains collègues, "ne voit pas les animaux comme des égaux de l'homme", poursuit-il. A ses yeux, toutefois, les bêtes ont "du ressenti" et "sentent l'odeur de la mort". Devant le tribunal, Claudia Terlouw, chercheuse à l'Inra, évoque pour sa part les nombreuses incertitudes concernant l'état de conscience de l'animal qui va être saigné après étourdissement, évoquant des "zones grises".

"Métier dangereux"

Pour expliquer son attitude, Marc Soulier met de son côté en cause "les cadences" imposées, "les surcharges de travail". Autre employé jugé pour "mauvais traitements" --un coup de pied à un bovin-- Gilles Estève, titulaire d'un CAP de "tueur dépeceur" depuis 1979, abonde dans son sens: "C'est un métier dangereux, vous savez, les gens qui nous forment n'ont jamais mis les pieds dans un abattoir".

Les gens qui nous forment n'ont jamais mis les pieds dans un abattoir

Selon MM. Soulier et Estève, qui touchaient environ 1.200 euros de salaire et dont le troisième collègue poursuivi était absent à l'audience jeudi, les coups reçus de la part des bêtes ou en se cognant au matériel dans le cadre du travail sont "réguliers", notamment au visage. "Cette histoire m'a détruit, j'ai perdu mon emploi, j'ai été obligé de changer de région, mes grands-parents ont reçu des lettres de menaces", ajoute encore en sanglotant Marc Soulier, qui travaille aujourd'hui dans un atelier de découpe après avoir été licencié de l'abattoir.

Selon lui, la direction "ne voulait rien entendre" sur la question des conditions de travail des employés de l'abattoir, tout comme sur le remplacement d'équipements défectueux. "Tous les travaux qui étaient demandés étaient réalisés pour le bien-être animal et la sécurité des employés", lui répond à la barre Roland Canayer, président de la communauté de communes du Pays viganais. L'élu rejette la faute sur le directeur de l'abattoir, non poursuivi et non présent à l'audience, assurant qu'il n'avait "jamais fait remonter les difficultés".

Les réquisitions sont attendues vendredi matin. 

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