Nîmes : le procès d'un policier jugé pour avoir abattu son ex-compagne après des mois de menaces est renvoyé

Palais de justice de Nîmes - Archives / © Maxppp
Palais de justice de Nîmes - Archives / © Maxppp

Un policier âgé de 38 ans devait être jugé les 10 et 11 octobre par la Cour d’assises du Gard. Il est accusé d’avoir assassiné en 2016, à Alès, son ex-compagne après des mois de menaces. Mais, à la demande de la défense, le procès a été renvoyé.

Par JM avec AFP

Le 27 février 2016, Jean-Régis Julien se présente au commissariat d'Alès, dans le Gard accompagné de son fils de deux ans, en affirmant avoir tué son ex-compagne avec son arme de service. 
 

L'homme a agi devant les yeux du petit garçon après avoir harcelé et menacé la jeune éducatrice pendant des mois, selon l'enquête.
Sur un rond-point situé près d'un centre commercial d'Alès, les policiers trouvent le corps sans vie de Carine, 24 ans, allongée sur le siège de son véhicule dont la vitre est brisée.
 

Tuée de trois balles en pleine rue


Selon l'autopsie, la jeune mère est morte de trois balles dans la tête tirées à courte distance. Une automobiliste qui se trouvait derrière la Golf de la victime a expliqué aux enquêteurs avoir vu un véhicule doubler toute la file puis bloquer celui de la jeune femme.

Selon ce témoin, un homme en est alors descendu puis a tiré immédiatement sur la vitre de la conductrice sans qu'aucun mot n'ait été prononcé. Le tireur est ensuite revenu vers le véhicule pour en extraire un enfant se trouvant à l'arrière.


Une plainte déposée


Dans la voiture de Carine, les enquêteurs trouvent un récépissé de dépôt de plainte, contre M. Julien datée du 19 février, un peu plus d'une semaine avant le meurtre, pour des appels téléphoniques malveillants. Ils découvrent que la jeune femme, après avoir avoué à plusieurs personnes de son entourage avoir peur pour sa vie, a souscrit, un mois avant d'être abattue, un contrat de prévoyance "protection familiale".


Victime de multiples violences


L'enquête démontre que Carine, dont la petite enfance a été marquée par un père violent et alcoolique, a été victime de multiples violences de la part de son ex-compagnon, qui la harcelait, notamment depuis leur rupture en octobre 2014.

Selon les enquêteurs, Jean-Régis Julien se présentait ainsi au domicile de son ex-compagne à toute heure, la suivait, y compris sur son lieu de travail, et se montrait particulièrement menaçant s'il découvrait qu'elle avait un nouveau compagnon.

Le policier avait appelé Carine à près de 1.700 reprises au cours des deux mois précédant sa mort. Par le passé, cet homme au casier judiciaire vierge a, selon les témoignages d'ex-compagnes, harcelé ou violenté plusieurs d'entre elles. Décrit comme "infidèle, manipulateur et menteur" par une de ses ex-conquêtes, M. Julien a contesté ces violences et s'est souvent posé en victime.


L’homme nie la préméditation


Il nie également toute préméditation de son geste, arguant que, le jour des faits, il a croisé par hasard Carine avant de passer à l'acte subitement "sous le coup de la colère" car il n'avait "pas supporté" qu'elle ait un nouvel homme dans sa vie.

Mais pour le juge d'instruction, la préméditation, qui devrait être au centre des débats, est caractérisée par plusieurs éléments.
Lorsque M. Julien croise Carine en voiture, "il la suit pendant plus de 15 minutes avant de passer à l'acte avec une arme déjà prête à l'usage, puisque la première cartouche était chambrée et sans un seul échange de mot", montre l'enquête.

Selon son avocate, le fils du couple, né en août 2013 et aujourd'hui confié à sa tante maternelle, "à un souvenir très précis des faits bien qu'ayant été très jeune". "Il portera ce fardeau à vie", souligne Me Sylvia Ginane, estimant que la déchéance des droits parentaux de M. Julien serait "la meilleure chose qui pourrait arriver" à l'enfant.
 

Renvoi du procès


L'accusé est passible de la réclusion criminelle à perpétuité. Le verdict était attendu vendredi soir 11 octobre. Mais les avocats de la défense avait déposé une demande de renvoi. Ils contestaient notamment le fait que le procès ne soit prévu que sur deux jours au vu du nombre important de témoins appelés à la barre. Ils ont été entendus. Le procès est renvoyé. 
 

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Christophe Mauny

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