Déconfinement Gard : la réouverture des établissements scolaires le 11 mai inquiète enseignants et parents d'élèves

La réouverture possible des écoles, collèges et lycées le 11 mai provoque un grand nombre d’interrogations parmi enseignants et parents d’élèves. Les conditions de sécurité sanitaire seront-elles réunies ? Comment organiser l’accueil des enfants ?
 
Dans quelles conditions et avec quelles précautions sanitaires faire rentrer les élèves à compter du 11 mai si le déconfinement scolaire annoncé est confirmé ?
Dans quelles conditions et avec quelles précautions sanitaires faire rentrer les élèves à compter du 11 mai si le déconfinement scolaire annoncé est confirmé ? © BELPRESS/MAXPPP
Depuis l’annonce par le Président de la République d’un début de déconfinement le 11 mai prochain, les réunions se multiplient entre l’administration de l’Education nationale, les collectivités locales, les syndicats enseignants et les associations de parents d’élèves. Personne ne sait aujourd’hui si tous les établissements pourront alors rouvrir leurs portes ce jour-là ou une partie d’entre eux seulement. Et si les enfants scolarisés seront en totalité concernés par cette rentrée des classes inédite.

Des parents d’élèves inquiets

La Fédération des Conseils de Parents d’Elèves du Gard réclame un maximum de garanties pour les personnels et pour les écoliers. La FCPE se demande bien comment faire respecter les mesures de distanciation sociale pour les plus petits, surtout dans les cours de récréation ou à la cantine. "Des demi-groupes sont envisagés mais que faire pour les autres élèves ? , interroge sa présidente Béatrice Leccia. Leurs parents pourront-ils les garder chez eux ? Leurs employeurs le permettront-ils ?" Pour la FCPE du Gard,

Il ne faut forcer personne. A chaque parent de prendre la décision.

L’association ne voit aucun intérêt à reprendre les cours pour assurer un 3ème trimestre dans de telles conditions, sauf à devoir répondre à une pression économique des entreprises. Un questionnaire envoyé aux familles a permis d’identifier les élèves pour lesquels une continuité pédagogique n’a pas pu être assurée. "Mais aujourd’hui, les parents sont beaucoup trop inquiets. Ils ne doivent en aucun cas être contraints d’amener leurs enfants en classe."
 
© Béatrice Leccia/FCPE Gard

Enseignants volontaires, mais déterminés sur les conditions


Dans le primaire, les professeurs des écoles se disent en souffrance et pressés de retrouver leurs élèves. "Enseigner à distance est très compliqué, raconte la directrice de l’école maternelle Paul Langevin à Alès, Dany Bénézet. Nous n’avons plus aucun contact avec certains de nos élèves depuis le début du confinement. Mais pas question de reprendre sans protéger les personnels et les familles."

Que dire à un enfant qui pleure ? Comment le tenir à distance ?

s'interroge le SNUipp-FSU du Gard
 Ecole maternelle Paul-Langevin à Alès (Gard)

"Le geste barrière est impossible, affirme Dany Bénézet, également co-secrétaire départementale du SNUipp-FSU, le syndicat majoritaire des instituteurs et professeurs des écoles. Nos élèves se précipitent déjà sur nous le lundi ou après les vacances. On ne pourra pas les en empêcher. Et comment gérer un enfant qui pleure ? Faut-il le tenir à distance et le priver de bisous ?"

Comment gérer les effectifs ?


Dans le secondaire, les enseignants sont plutôt favorables à une reprise mais fixent comme condition impérative des mesures de protection drastiques : distanciation sociale et port d’un masque. "Mais, à 36 élèves en moyenne par classe en lycée, cela semble impossible, pour Maya Amer Moussa, enseignante du lycée Philippe Lamour à Nîmes et co-secrétaire départementale du SNES, le syndicat le plus représentatif. Il faudrait mettre en place un système de roulement ou des groupes allégés. Car les salles sont déjà bondées. Il n’est pas rare de devoir aller chercher un bureau ou une chaise dans la salle d’à côté." 

Nous sommes en train de perdre des élèves. Il faut recréer du lien physique

pour le SNES du Gard

Les enseignants se disent très soucieux des inégalités qui se creusent au sein de leurs classes. "La situation est dramatique pour ceux qui ne peuvent bénéficier d’une continuité pédagogique, ajoute cette professeure. Travailler à distance ne sera jamais aussi riche qu’un enseignement en présentiel. Recréer un lien sur place dans l’établissement est indispensable."
 Lycée Philippe-Lamour à Nîmes (Gard)
   

Maires soucieux opposés à la reprise.


Si les grandes villes mettent en place des plans de reprise de l’activité comme une désinfection systématique des établissements et la distribution de masques ou de gel, les petites communes dans leur majorité ne se sentent pas prêtes à rouvrir leurs écoles. L’Association des maires du Gard a été alertée par un grand nombre d’élus de villages de moins de 3 000 habitants expliquant ne pas être en mesure d’assurer la sécurité des personnels et des élèves : "Comment d’ailleurs procéder à la désinfection de toutes les classes sur les 353 communes du département d’ici au 11 mai, sachant que les sociétés spécialisées sont déjà extrêmement sollicitées ?’’

Les gestes barrières sont incompatibles avec l’organisation en maternelle et même en élémentaire,

estime l’association des maires du Gard
 

Les élus présents à une réunion organisée vendredi dernier avec les services de l’Etat et ceux de l’Education nationale ont été nombreux à demander le report de la réouverture des classes. "Dans les petites communes, explique Pilar Chaleyssin, présidente de l’Association des maires du Gard, les infrastructures ne sont pas adaptées pour faire respecter le mètre minimum entre deux élèves. Chez moi à Aubais, il ne faudrait pas dépasser 9 enfants par classe au lieu de 27 ou 28 et il faudra prévoir quatre services au lieu de deux à la cantine."
 
Pilar Chaleyssin présidente association maires du Gard
Pilar Chaleyssin présidente association maires du Gard © Pilar Chaleyssin/Association maires du Gard

Eviter tout contact sera également compliqué pour les plus petits : "Ils ne comprendront pas pourquoi les habituels gestes d’affection sont désormais bannis. Ils auront besoin d’exprimer la joie de se retrouver.’’ Et les élus craignent que les personnels présents pour les surveiller soient insuffisants.
 
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