Victime de violences conjugales, elle a tué son mari : "C’était soit moi qui mourrais soit lui qui mourrait”

Pendant des années, cette mère de famille du Gard a vécu dans la terreur d’un mari alcoolique et violent. Jusqu’au jour où elle a décidé de le tuer pour mettre fin à son calvaire.
 
Manifestation à Paris, le 25 novembre 2020 contre les violences faites aux femmes.
Manifestation à Paris, le 25 novembre 2020 contre les violences faites aux femmes. © Le Pictorium/Maxppp
Cinq ans après les faits, la peur et la culpabilité se lisent toujours dans les yeux de Nathalie*. Recroquevillée dans son siège, les mains tremblantes, cette femme de 48 ans fait le récit de trente années de violences conjugales qui l’ont poussée à commettre l’irréparable, un soir de septembre 2015. “Il m’a souvent menacée avec un couteau sous la gorge, un fusil, un pistolet sur la tempe... Cette terreur là, c’est une seconde peau. Elle fait partie de vous...”

Il m’a souvent menacée avec un couteau sous la gorge, un fusil, un pistolet sur la tempe... Cette terreur là, c’est une seconde peau. Elle fait partie de vous...

Nathalie

Nathalie rencontre celui qui deviendra son mari alors qu’elle n’a que 14 ans. D’emblée, l'homme instaure un climat de peur et de domination auquel elle n’arrivera plus à s’échapper. Les coups pleuvent, ainsi que les humiliations et les intimidations. La première fois que son mari l’a menacée de mort, elle venait à peine d’accoucher de leur premier enfant. Elle avait 19 ans. “Jamais je n’ai imaginé porter plainte, il me disait “si tu portes plainte, je te tue”. Je sais qu’il était capable de le faire. Et j’avais peur pour mes enfants, j’avais peur qu’il s’en prenne à eux.”

Sa voix se brise à l’évocation de ces derniers.“J’ai souvent eu des idées suicidaires mais je ne me serais jamais pardonnée si je les avais laissés avec lui.”

La mécanique de l’emprise

Tout comme Nathalie, beaucoup de victimes de violences ne parviennent pas à quitter le foyer conjugal, parfois jusqu’au drame. Ce mécanisme, c’est celui de l’emprise, “l’emprisonnement qui conduit à la négation de soi”, indique Maître Khadija Aoudia, l’avocate de Nathalie. Une notion complexe et cyclique encore trop méconnue et qui se décline en plusieurs étapes, de la séduction aux violences psychologiques et physiques, jusqu’à l’isolement et la culpabilisation.  “L’auteur va amener sa victime à penser que s’il agit de la sorte, c’est à cause d’elle,” poursuit l’avocate. “Et après un bref moment d'accalmie, le cycle se répète jusqu’à ce que la victime perde toute notion de libre-arbitre : elle ne vit plus par elle-même”.

Je pesais mes mots pour ne pas attiser sa colère, je ne savais plus comment réagir

Nathalie


Je pesais mes mots pour ne pas attiser sa colère, je ne savais plus comment réagir”, confirme Nathalie la voix tremblante. "À son regard, je pouvais deviner si j’allais passer un bon ou un mauvais moment. Je n’étais plus une femme, j’étais son objet. Je n’étais plus rien. Aujourd’hui j’arrive enfin à dire que j’étais une victime et qu’il était mon bourreau.”

Informer le plus grand nombre

Pour Khadija Aoudia, informer au plus grand nombre sur les mécanismes de l’emprise permettrait un éveil des consciences et un grand pas dans l’endiguement des violences conjugales. “C’est une notion que l’on retrouve systématiquement chez toutes les victimes”, déclare l’avocate. “Il faut donc donner les outils de compréhension dans les sphères familiales, éducatives et en entreprise pour pouvoir alerter, renseigner et dénoncer”.

La peur m’a poussée à commettre cet acte, je veux payer pour cela. Mais je sais aussi que ce jour-là j’ai sauvé ma vie, et celle de mes enfants

Nathalie

Après avoir passé quatre ans en prison, Nathalie a été libérée dans l'attente de son procès en 2021 pour le meurtre de son bourreau. “La peur m’a poussée à commettre cet acte, je veux payer pour cela. Mais je sais aussi que ce jour-là j’ai sauvé ma vie, et celle de mes enfants.”

*le prénom a été modifié
 
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