A Seysses, près de Toulouse, un élevage d'engraissement d'agneaux veut agrandir son site. Eventuelle pollution aux nitrates de la nappe phréatique, non respect du bien-être animal, un collectif de citoyens monte au créneau.
Un site d'engraissement d'agneaux, crée il y a deux ans à peine, sur la commune de Seysses près de Toulouse souhaite s'agrandir. Il a reçu un avis favorable de la chambre d'agriculture, le permis de construire a été déposé en mairie mais un collectif de citoyens s'inquiète d'un tel élevage et multiplie les recours.
En effet, situé à côté d'un plan d'eau qui affleure une nappe phréatique, la gestion des effluents ne respecterait pas les normes environnementales selon ces citoyens et pourrait polluer le réseau hydraulique de cette zone avec des taux de nitrate trop élevés.
Nous sommes dans une zone agricole plutôt préservée. Les règles environnementales y sont strictes. Or cet élevage ne respecte pas la distance entre l'élevage et un plan d'eau qui est à côté et qui affleure une nappe phréatique. Quant aux effluents, ils sont non loin d'un cours d'eau. Bref tous les signaux sont au rouge pour d'éventuelles pollutions.
Lorena Saldarriaga, collectif "Elevage respectueux" et membre de la Confédération paysanne
De 600 à 1000 agneaux par an
Lorena Saldarriaga, maraîchère, cultive un hectare et bénéficie du label AB bio, non loin de cet élevage. Elle s'inquiète de la pollution qu'il engendre sur les eaux et les sols. Ce site engraisse actuellement 600 agneaux par an dans un hangar de 450 m2. Cet agriculteur veut réaliser une extension de 398 m2, presque un doublement de sa superficie, pour accueillir 1000 têtes dans de meilleures conditions.
" Moi en tant que maraîchère et productrice bio, je m'inquiète de cet agrandissement. Je veux qu'on protège la ressource hydraulique. On le sait avec le réchauffement climatique, l'eau se raréfie, si la nappe phréatique est polluée, cela va devenir compliqué. Je suis pour les élevages mais si ils respectent les normes environnementales en vigueur.", poursuit cette maraîchère.
Des citoyens inquiets
Avec une quinzaine de riverains, elle a publié un communiqué pour alerter les seyssois.
" Concentration animale avec maltraitance et mortalité élevée, pollution et nuisances pour les riverains par la production de déchets, mais aussi impact planétaire sur la chute de la biodiversité et la déforestation. Alors certains s'inquiètent de la présence d'un tel élevage intensif synonyme de cruauté et de pollution au sein d'une commune qui met en avant sa ruralité, d’autant plus qu’une demande d’agrandissement a été acceptée par la Mairie ", explique ce communiqué.
Le permis respecte le PLU
Ces citoyens inquiets et très mobilisés ont été reçus par le maire fin janvier. Depuis, Jérôme Bouteloup a alerté plusieurs services de l'Etat.
Nous avons reçu une demande de permis d'une extension sur un hangar agricole. Cette demande respectait les règles du plan local d'urbanisme, nous n'avions aucune raison juridique de nous y opposer. Quant à l'exploitation animale, elle a reçu un avis favorable de la chambre d'agriculture. L'objectif de cette extension est de stocker des fourrages ainsi que d'améliorer le logement des animaux, de permettre aussi à cet agriculteur en difficulté de sauver son exploitation.
Jérôme Bouteloup, maire de Seysses
La police de l'eau a été saisie
Concernant les alertes sur une éventuelle pollution de l'eau et de la nappe phréatique, l'élu dit prendre les choses au sérieux.
" Dès le 1er février, j'ai contacté l'office français de la biodiversité (OFB), la police de l'eau. Un contrôle sera réalisé sur la nappe phréatique dès qu'il y aura un épandage. Nous devons les alerter quand se sera le cas pour vérifier une éventuelle pollution. Si tel est le cas, des mesures seront prises bien évidemment. Quant au bien être animal et aux conditions d'élevage, j'ai aussi saisi la DDPP (Direction Départementale de la Protection des Populations) , elle est au courant du dossier. Ils m'ont dit faire le nécessaire pour que les conditions d'élevage soient améliorées et mises en conformité avec le règlement sanitaire départemental " , explique l'élu de la commune.
Les riverains attendent les résultats
La commune saisie fin janvier prévoit de recevoir à nouveaux les membres de ce collectif pour les tenir informé des avancées dans ce dossier. " Je les ai reçus le 28 janvier. Depuis tous les services de l'Etat concernés ont été informés. Nous sommes le 11 février, nous ne pouvons pas aller plus vite", explique le maire de Seysses.
De leurs côtés, pétition, tract, ces riverains continuent de se mobiliser. " Il s'est engagé à effectuer des prélèvements avec la police de l'eau pour vérifier la qualité de l'eau aux abords de cet élevage. On attend les résultats", poursuit Lorena.
Le collectif n'exclut pas de déposer un recours devant le tribunal administratif de Toulouse.