En Occitanie l’arrivée des trains Railcoop fait des émules, les cheminots voient rouge

La coopérative Railcoop s'occupe de l’exploitation d’une ligne de fret de 150km entre Toulouse et l’Aveyron depuis ce mardi 16 novembre. Si la société bénéficie d’une bonne presse, les syndicats de cheminots toulousains craignent une concurrence déloyale.

Ca y est, le tout premier opérateur ferroviaire sous le statut de coopérative d’intérêt collectif (SCIC) vient de débarquer en France. Après deux années de préparation, l’entreprise Railcoop basée à Figeac dans le Lot a débuté ce mardi 16 novembre l’exploitation d’une ligne de fret, reliant Saint-Jory près de Toulouse, à Capdenac (Lot) et Viviez-Decazeville, dans l’Aveyron.

La petite coopérative veut concurrencer la grosse machine de la SNCF. Et cette nouvelle entrée sur le marché du rail ravive la colère des cheminots… « On voit mal comment l’entreprise Railcoop peut arriver à redresser la situation du fret en France, compte tenu de son déclin depuis plus de 20 ans » argumente Gilles Tillet, cheminot, et secrétaire syndical de la CGT à Capdenac (Lot).

La dégringolade du secteur du fret

Le fret a plusieurs années d’avance sur les lignes commerciales, car il est possible d’y concurrencer la SNCF dans le transport de marchandises depuis 2006. Avec l’ouverture à la concurrence Fret SNCF, deuxième filiale du groupe ferroviaire, a perdu 45% de parts de marché. Déjà en perte de vitesse et plombé par les dettes, elle a également connu une année difficile avec la crise sanitaire, avec un chiffre d’affaire en 2020 réduit de de 12% par rapport à 2019.

Secteur en déclin constant, l’Etat veut miser sur la multiplication d’opérateurs ferroviaires de proximité pour limiter la casse. « L’ouverture à la concurrence n’a rien solutionné, les dégâts sont visibles et chiffrables. On doit mettre en place des politiques d’investissements publics, et ne pas allouer nos moyens à des entreprises qui sortent de nulle part », s’agace Gilles Tillet.

Les syndicats réclament plus de moyens

Les délégués syndicaux réclament des investissements plus importants afin de relancer la machine. « Quand on voit qu’on accorde des moyens à une entreprise pour faire ce que nous savons faire, on se sent insulté. C’est notre métier, et on nous enlève la possibilité de le faire », lâche-t-il.

Le modèle économique de Railcoop s’inscrit pourtant dans une logique assez différente des autres acteurs privés, avec plus de 9615 sociétaires à son actif. "On est une entreprise privée mais citoyenne" souligne Olivia Wolanin, chargé de communication chez Railcoop. Pour eux, difficile de parler de d'une quelconque concurrence déloyale, puisqu'ils ne travaillent pas sur les mêmes lignes que Fret SNCF. "Notre coopérative se positionne sur des lignes qui ne sont pas exploitées, c'est pour offrir une offre complémentaire de ce qui se fait aujourd'hui" explique Olivia Wolanin. 

Un projet inédit dans le secteur ferroviaire, qui ne calme pas pour autant les craintes des cheminots de la SNCF de faire face à un dumping social, lié à l’arrivé d’un concurrent pour le trafic ferroviaire. 

De son côté, Railcoop poursuit sa route. La libéralisation de l’intégralité des marchés ferroviaires décidée en décembre 2020 avec l’ouverture de l’ensemble des lignes à la concurrence – à l’exception de certaines liaisons RER - est son deuxième cheval de bataille. D’ici 2023, l’intégralité du réseau ferré devrait être ouvert à la concurrence et la coopérative de Figeac n’entend pas se limiter au fret. Railcoop veut rouvrir au grand public la ligne Lyon-Bordeaux fermée en 2014 par la SNCF, avec une inauguration prévue pour décembre 2022. La coopérative prévoit de multiplier par quatre ses effectifs, avec la création de près de 75 emplois une fois la ligne lancée.

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