Des glaciologues toulousains scrutent à la loupe l'état alarmant de la fonte des glaciers andins

En 20 ans, partout dans les Andes, les glaciers ont perdu de la masse, un amincissement important proche d’un mètre par an / © Patagonia- Crédit : Etienne Berthier
En 20 ans, partout dans les Andes, les glaciers ont perdu de la masse, un amincissement important proche d’un mètre par an / © Patagonia- Crédit : Etienne Berthier

Une équipe de glaciologues toulousains, grenoblois et argentins vient de publier une étude qui montre les fortes pertes des glaciers andins au cours des dernières décennies. Grâce au satellite ASTER, ils ont cartographié les variations d’épaisseur et de masse pour chacun des 19 000 glaciers.
 

Par Corinne Carrière


En 20 ans, partout dans les Andes, les glaciers ont perdu de la masse, un amincissement alarmant, près d’un mètre par an. Les Andes sont ainsi l’un des massifs où l’amincissement des glaciers est le plus rapide sur terre.
Le constat est édifiant : partout dans les Andes les glaciers perdent de la masse depuis les années 2000.
Selon les résultats de l’étude, l’amincissement des glaciers est de 0,85 m chaque année. Cela correspond à 10% de la contribution globale des glaciers à la hausse du niveau des mers, alors que les Andes contiennent moins de 5% des glaciers du globe.
 
Fonte des glaciers andins / © Etienne Berthier
Fonte des glaciers andins / © Etienne Berthier

L’étude a été lancée en 2012, elle a  fait l’objet d’un partenariat entre les équipes de glaciologues de Toulouse, Grenoble et d’Argentine.
Inès Dussaillant, chercheuse au Legos, est la première auteure de l’étude, doctorante à l’Université Paul Sabatier de Toulouse.
La chercheuse précise que

plus de la moitié de ces pertes se produisent aux fronts des glaciers qui se terminent dans les lacs ou les océans.

Pour Etienne Berthier, directeur de thèse,"ces taux de fonte sont parmi les plus rapides observés sur la planète".
 

Patagonie : amincissement record de 44 mètres par an entre 2000 et 2018

Selon les chercheurs c'est en Patagonie et dans les Andes tropicales que les amincissements sont les plus rapides et quasiment continus depuis 2000.
L'amincissement est cependant plus modéré dans la partie centrale de la chaîne, plus aride.
Mais les glaciers stables entre 2000 et 2009 ont connu des pertes d’épaisseurs très fortes  après 2009. Un phénomène qui s’explique par une intense sécheresse au cours de ces dix dernières années.
Comparatif amincissement des glaciers andins / © Louis Liboutry/ Marc Turrel
Comparatif amincissement des glaciers andins / © Louis Liboutry/ Marc Turrel

Une disparition de ces glaciers à l'horizon 2100

Par conséquent cette fonte rapide accroît l’apport d’eau aux rivières.
Ainsi les glaciers limitent les effets négatifs de la sécheresse sur les écosystèmes et les habitants.
Mais ces glaciers andins sont condamnés, ils auront totalement disparus en 2100.

Malheureusement, ils ne pourront plus jouer leur rôle de château d’eau naturel, ce qui aura de graves conséquences sur l’équilibre de nos écosystèmes

explique Ethienne Berthier.

Un phénomène qui aura un impact sur les populations locales qui utilisent les ressources en eau pour boire et développer leurs exploitations agricoles.
La fonte de ces glaciers tropicaux qui couvrent 29 000 km2 et qui représentent moins de 5% des glaciers de montagne du monde représente une préoccupation majeure pour ces populations, premières victimes du phénomène.
 

Particularité de l’étude

C’est la première fois que des chercheurs mesurent de façon si précise et individuelle, la  perte de masse de ces glaciers. Les dernières études mesuraient elles, un espace plus global correspondant à une dizaine de glaciers.

Les chercheurs ont construit des topographies à partir de plus de 30 000 couples d’images stéréoscopiques acquis par le satellite ASTER.
Ils ont ainsi cartographié les variations d’épaisseurs puis déduit le changement de masse de 95% des 19 000 glaciers des Andes, entre 2000 et 2009 d’une part et entre 2009 et 2018 d’autre part.
Les résultats de cette étude viennent d’être publiés dans Nature Geoscience. Cette étude est le fruit d'un partenariat entre  l'équipe de glaciologues du Laboratoire d'études en géophysique et océanographie spatiales de Toulouse, l'institut des géosciences de l'environnment à Grenoble et un laboratoire Argentin (IANIGLA).
 

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