L'association SOS Chrétiens d'Orient dans le collimateur pour "complicité de crime de guerre"

Le parquet national antiterroriste vient d'ouvrir une enquête préliminaire visant l'association SOS Chrétiens d'Orient. Elle se définit comme apolitique mais elle est cataloguée à l'extrême-droite. En 2021, Jean-Luc Moudenc se disait "fier de recevoir pour Toulouse le label Ville de cœur de SOS Chrétiens d'Orient".

Sur le papier et sur son site officiel, "SOS Chrétiens d’Orient est une association d’intérêt général, apolitique et agit depuis 2013, en toute légalité, au cœur des zones sinistrées sécurisées du Proche-Orient". Dans la pratique, l'association est dans le collimateur du parquet antiterroriste qui vient d'ouvrir une enquête préliminaire pour crimes de guerre suite à différents articles de Médiapart.

Le soutien de SOS Chrétiens à des milices pro Bachar al-Assad responsables de crimes de guerre

Depuis 2013, l'association œuvre sur le terrain pour soutenir les Chrétiens d'Orient sur un plan matériel et surtout humain. Rapidement, l'association noue des liens en Syrie, en pleine guerre civile et certains de leurs partenaires sont désormais accusés par des ONG syriennes d'avoir pillé des villages, bombardé des civils et entraîné des enfants au combat. En 2020, le journal Médiapart publie une enquête "Les liaisons dangereuses de SOS Chrétiens d’Orient avec les milices d’Assad" qui démontrent très clairement le soutien de certains membres de SOS Chrétiens d'Orient à des milices partisanes du régime de Bachar-al-Assad.

Hier, jeudi 17 février 2022, Médiapart publie un nouvel article indiquant que le parquet antiterroriste de Paris vient d'ouvrir une enquête préliminaire visant SOS Chrétiens d'Orient pour "complicité de crimes de guerre".

Toulouse "Ville de cœur" de SOS Chrétiens d'Orient, Jean-Luc Moudenc répond

En 2020 la Ville de Saint-Jean (Haute-Garonne) s’est vue décerner le label "Ville de Cœur"  par l’association SOS Chrétiens d’Orient, pour avoir accueilli sur son sol des familles de réfugiés syriens. Plus récemment, Toulouse a eu droit à la même distinction, ce dont se réjouissait Jean-Luc Moudenc en juillet 2021.

Sollicité par France 3 Occitanie, voici la réponse du maire de Toulouse.

L’association SOS Chrétiens d’Orient a été reçue le 9 juillet 2021 dans un cadre strictement protocolaire, pour la remise du label “Ville de cœur” qui rassemble plusieurs dizaines de communes françaises et européennes pour leur soutien répété aux Chrétiens d’Orient. Tâchons de respecter la présomption d’innocence et de ne pas oublier la souffrance de tout un peuple qui, dans une des zones les plus dangereuses au monde, subit les pires discriminations et les pires violences. 

Jean-Luc Moudenc, maire de Toulouse

Les liaisons politiques de SOS Chrétiens d'Orient

Plus étonnant, cette association était labellisée "partenaire de la défense nationale" du ministère des Armées par un décret signé en 2017 par Jean-Yves Le Drian. Le 31 janvier 2022, le ministère des armées a annoncé la radiation de SOS Chrétiens d'Orient du partenariat.     

Selon Médiapart, l'association a aussi organisé des visites à Damas (Syrie) pour des politiques comme Valérie Boyer (sénatrice LR et soutien à Valérie Pécresse, le député ex-Modem Jean Lassalle, Jean-Frédéric Poisson (ancien candidat primaire LR en 2016 et désormais soutien d'Eric Zemmour) ou encore Thierry Mariani (eurodéputé RN). 

L'association a été fondée par 2 membres très actifs des Manifs pour tous de 2013, Charles de Meyer et Benjamin Blanchard. Ils ont fait leurs premières armes comme assistants parlementaires de Jacques Bompard, l'actuel maire d’extrême droite d’Orange qui vient de parrainer Eric Zemmour. Charles Meyer président de SOS Chrétiens d'Orient est actuellement assistant parlementaire de Thierry Mariani (eurodéputé du rassemblement National). Quant à son directeur Benjamin Blanchard, il est toujours animateur vedette de Radio Courtoisie classée extrême-droite. 

Dans l'organigramme de l'association que nous avons consulté, on trouve aussi François-Xavier Gicquel exclu du Front national en 2011 après la publication d’une photo où il faisait un salut nazi. Au conseil d'administration, figure également Charlotte d'Ornellas, journaliste à Valeurs Actuelles et chroniqueuse sur CNews. 

Très clairement, SOS Chrétiens d'Orient est dans la lignée classique des traditionnalistes chrétiens qui se situent à l'extrême droite. On y retrouve naturellement des soutiens politiques comme Philippe de Villiers ou Christine Boutin. Médiapart rappelle que l'association était partenaire de la Convention de la droite organisée en 2019 par Marion Maréchal-Le Pen. Plusieurs membres ont rejoint le candidat Eric Zemmour qui, toujours selon le journal, avait aidé à récolter 20 000€ lors d'une vente aux enchères de SOS Chrétiens d'Orient toujours en 2019.

SOS Chrétiens d'Orient fait l'objet d'une enquête préliminaire du parquet national antiterroriste. Le dossier a été confié à l'Office Central de la lutte contre les crimes contre l'humanité et les crimes de haine (OCLCH).