Les ouvriers des chantiers de Toulouse Montaudran Aérospace en grève pour dénoncer les suicides dans leurs entreprises

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Écrit par Vincent Albinet

Après le suicide de 4 ouvriers des entreprises Cofely, Eiffage Construction et Socotrap, leurs collègues des chantiers du futur quartier Toulouse Montaudran Aérospace  se sont mis en grève à l'appel de la CGT qui entend "transformer les souffrances individuelles en colère collective".

Orange, le CHU de Toulouse, et maintenant, les chantiers de constructions.

C'est le suicide de Jean-Paul, ouvrier d'Eiffage Construction Midi Pyrénées, le 20 septembre, qui est à l'origine de la mobilisation de ses collègues. Ils sont une centaine, la plupart intérimaires chez Eiffage Construction mais aussi à la Socotrap, rejoints en signe de solidarité par ceux de l'entreprise voisine Bourdarios, à s'être mis en grève ce jeudi sur le chantier du futur quartier Toulouse Montaudran Aérospace (TMA).

Le suicide de Jean-Paul a sans doute été "le suicide de trop"'. Il intervenait  5 jours après celui de Daniel, retrouvé pendu dans le local technique de son entreprise Cofely à Toulouse. Il intervenait aussi 2 mois après le suicide à Toulouse de Jean-Marc, ouvrier de la Socotrap. Il intervenait encore après le suicide l'an passé d'un collègue d'Eiffage Construction de Jean Paul, qui avait mis fin à ses jours en se rendant au travail. Quatre suicides en quelques mois.

Mais pour la direction d'Eiffage Construction, qui n'a pas souhaité répondre à nos questions, le travail n'a rien à voir avec ces drames. Selon la CGT, trois jours après le suicide de Jean-Paul, le Comité d'hygiène, de sécurité et des conditions de travail d'Eiffage a traité de la mort de son salarié "comme un simple point d'information, en 2 minutes". "La réponse des patrons est toujours la même", explique le syndicat, "la souffrance au travail s'explique par un problème familial, une question de vie privée".

Les ouvriers en grève ce lundi à Toulouse ont voulu signifier à leur direction que les conditions de travail sont loin d'être étrangères aux suicides de leurs collègues. "La majorité des patrons sont devenus des financiers et des comptables et non plus des professionnels", développe la CGT.

"Notre travail est dévalorisé, nos activités sont désorganisées par des restructurations, des licenciements et de la sous-traitance en cascade. Il faut toujours aller plus vite et bâcler sous les ordres d’imbéciles arrogants qui ne connaissent rien au métier. Pour faire accepter cette situation, la majorité des entreprises ont choisi de manager par une politique de la peur, de la pression permanente",

ajoute le syndicat.

Toujours selon la CGT, le secrétaire du CHSCT d'Eiffage", après 23 ans d’ancienneté, a démissionné de l'entreprise en 2015, après 3 tentatives de suicide, en mettant sa direction en cause.
Deux salariées ont pour leur part attaqué l’entreprise devant les tribunaux pour harcèlement.

Jean Paul avait lui 16 ans d’ancienneté. Il était surendetté. Eiffage n’avait pas augmenté sa qualification depuis 10 ans. 

Voir le reportage de Corinne Lebrave et de Marc Raturat :
durée de la vidéo: 01 min 36
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