On ne présente plus le livre "Misery" de Stephen King. La simple évocation de son adaptation au cinéma donne des sueurs froides. Pierre Matras et le Grenier de Toulouse s'attaquent à un monstre en portant la nouvelle au théâtre. L'agent de Stephen King a adoré ; le public toulousain aussi.
La nouvelle de Stephen King "Misery" portée au théâtre, c'est plutôt rare. Et pour cause ! Qui oserait s'attaquer à un tel mythe, sachant les gens vont surtout au théâtre pour rire ou pleurer mais pas pour flipper.
Le metteur en scène Pierre Matras a osé et la comédienne Muriel Darras rêvait d'incarner le personnage d'Annie Wilkes. "Misery" est sur la scène de L'escale à Tournefeuille depuis le 4 mai. Mi-cinéma, mi-théâtre, la pièce est un véritable succès qu'il est encore possible de voir jusqu'au dimanche 22 mai.
Pierre Matras repéré par l'agent de Stephen King
Il y a 4 ans, le Toulousain Pierre Matras est à Paris pour un "seul en scène" tiré de l'œuvre d'Eric-Emmanuel Schmitt : "Oscar et la dame rose". Dans le public, un spectateur averti : l'agent de Stephen King himself ! Il ne manque pas de féliciter l'acteur à la fin du spectacle. S'en suit alors un dialogue loin du flip des pages de Stephen King :
- "Enchanté, justement nous avons demandé les droits de Misery pour une adaptation...
- Considérez que c'est acquis", lui répond alors l'agent de l'écrivain américain.
Stephen King donne très peu de droits. Il y a bien cette adaptation réalisée à Brodway avec Bruce Willis dans le fauteuil de l'écrivain accidenté Paul Sheldon, lui qui a osé faire mourir l'héroïne Misery Chastain. Une adaptation mais pas cinquante.
"Misery est très complexe à adapter, reconnaît Pierre Matras. C'est un huis clos angoissant. Moi j’adore ça. On sait que c'est très difficile de faire peur au théâtre. C’est un challenge. Je suis très fier et content que les gens me disent aujourd'hui que j'ai fait une pièce de théâtre très cinématographique. J'ai voulu que le spectateur ressente le vent, la neige, les phares des voitures dans les vitres..."
Une adaptation mi-théâtre, mi-cinéma
Misery version Grenier de Toulouse est une véritable immersion : sons, lumières, décors, tout est fait pour que le spectateur ressente l'angoisse au plus profond de la chair. "Techniquement, c'est un travail de régie incroyable. Il fallait recréer ces ambiances." La pandémie est aussi passée par là. La pièce devait être montée en avril 2020, puis retravaillée et annulée encore en 2021. De quoi peaufiner tout ça.
Pierre Matras a donc travaillé avec Alessandro Pagli pour les lumières, George Dyson pour la création des sons, Lorena Acin et Cyril Barrand pour les décors. Ne restait plus qu'à creuser les personnages pour les 3 comédiens.
L'histoire est plutôt connue. L'héroïne des livres de Paul Sheldon (Misery Chastain) est morte. Misery est sa créature, le personnage principal de ses romans. Elle lui rapporte beaucoup d'argent mais l'auteur en a marre. La faire mourir le libère. Maintenant, il peut écrire un nouveau livre. Un accident de voiture le laisse paralysé, aux mains d'Annie Wilkes, l'infirmière qui le soigne chez elle. Une infirmière modèle qui dévore ses livres mais ne digère pas que Paul Sheldon ait fait mourir son héroïne Misery Chastain. Alors, cloué dans sa chaise roulante, Paul Sheldon fait revivre Misery. Contraint et forcé, sous la menace d'Annie Wilkes.

"J'ai voulu travailler la psychologie du personnage. Je ne voulais pas en faire une psychopathe dès le départ, ça n'a pas d’intérêt. Il s'agissait de montrer les failles, de comprendre pourquoi elle devient folle au point de séquestrer l'écrivain et de le tuer. C’est une enfant. Elle ne supporte pas la frustration, ne fait pas la différence entre fiction et réalité. Elle n'est pas que monstrueuse."
Un huis clos que le metteur en scène a d'abord voulu touchant : la lecture a sauvé Misery Chastain de sa misérable vie. La pièce est un véritable flip, une apnée avec des respirations drôles et émouvantes. L'infirmière pense que Misery existe. Quand elle apprend qu’elle est morte, tout va changer et le drame peut commencer.
Un véritable succès public pour la pièce
Depuis le 4 mai, la compagnie Grenier de Toulouse se produit sur scène à Tournefeuille. La salle de L'Escale ne désemplit pas. Le spectacle tient les spectateurs en haleine.
- J'ai eu le plaisir de vous voir sur scène dimanche après-midi, un grand moment, beaucoup d'intensité dans le jeu des comédiens fantastiques, décors, son et lumières au top, une merveilleuse mise en scène, un fantastique spectacle digne du grand Stephen King, merci pour ce moment - Nathalie
- Une mise en scène et des décors qui font penser à des tableaux de Hopper, glauques et glaçants qui servent parfaitement l'intrigue. Un peu de Hitchcock aussi. Frissons garantis. Accrochez-vous à vos fauteuils ! - Catherine
- Bluffant, une performance extraordinaire, une intensité dramatique à couper le souffle. Une mise en scène inventive avec des lumières et sons millimétrés, et tout cela donne une sensation d’oppression et de tension avec un réalisme glaçant. On sursaute, on se ronge les ongles, on est en apnée : un tour de force. Absolument fantastique, courrez vite voir MISERY - Caroline
- Le personnage colle à la peau de la comédienne. Et la mise en scène est top. Je ne sais pas si c'est un compliment pour la compagnie, mais j'ai eu l'impression de voir un film. Une belle pièce dont je me rappellerai - Agnès
Des avis qui font un triomphe à Muriel Darras, au point de faire oublier Kathy Bates qui incarnait Misery dans le film de Rob Reiner. "Muriel est une immense comédienne, avec une grosse côte de sympathie auprès du public toulousain mais pas que. Passer après Katy Battes était un pari osé, il ne fallait pas se tromper. Muriel était une évidence."
Si vous voulez partager ces frissons et voir les prouesses des 3 comédiens, du metteur en scène et de tous ceux qui ont participé à cette création, la pièce se joue encore de mardi à samedi à 20h30 et le dimanche 22 mai à 16h. Allez-y, vous n'en reviendrez pas !