Panne d'un moteur d'A380 : les premières pistes d'un accident inédit

Le moteur du super jumbo A380 d'Air France photographié par l'un des passagers du vol Paris-Los Angeles
Le moteur du super jumbo A380 d'Air France photographié par l'un des passagers du vol Paris-Los Angeles

L'incident survenu samedi sur l'un des quatre moteurs d'un A380 entre Paris et Los Angeles - une partie du réacteur qui s'est décrochée en plein vol - est particulièrement grave et totalement inédit pour le géant des airs d'Airbus. Qu'en pensent les experts? Voici les premières analyses. 

Par Cécile Frechinos avec AFP

Les images du réacteur prises samedi à bord de l'A380 qui reliait Paris à Los Angeles, sont impressionnantes. On y va voit un des moteurs totalement amputé de sa partie avant et de son capotage. Il s'agit d'un incident "rare", ont indiqué les experts consultés par l'AFP. "Sur cette nouvelle génération de moteur (de l'A380, ndlr) c'est inédit", souligne Xavier Tytelman, consultant en sécurité aérienne et membre d'une communauté de professionnels de l'aérien. 

En novembre 2010, un Airbus A380 de la compagnie australienne Qantas avait dû atterrir en urgence sur l'aéroport de Singapour, après l'explosion
d'un de ses quatre moteurs Rolls-Royce, quelques minutes après le décollage.
Pour l'heure, l'origine de l'incident de samedi reste indéterminée. Selon de premiers témoignages de passagers, une sorte de détonation a été entendue. "Le réacteur n'a pas explosé", a toutefois affirmé à l'AFP Eric Prévot, commandant de bord sur Boeing 777 et porte-parole chez Air France.

Trois hypothèses


Il y a eu "une forte embardée due à cette avarie sur le réacteur numéro 4", le plus éloigné du fuselage, à droite, a-t-il précisé.
L'équipage a "eu le souci de contrôler la trajectoire", puis a appliqué les procédures prévues par le constructeur", en mettant en sécurité les systèmes endommagés et en préservant ceux qui ne le sont pas, avant d'analyser la situation, a-t-il expliqué.

L'appareil est certifié pour voler avec seulement trois réacteurs, mais en raison des dégâts structuraux très importants, l'équipage a pris "une décision qui ménageait la plus grande marge de sécurité" et a rejoint Goose Bay en une heure trente environ,
a ajouté M. Prévot, saluant "la grande maîtrise de l'équipage". 

"Les pilotes sont entraînés quatre fois par an au simulateur pour faire face à cette situation improbable (mais qui arrive, nous venons de le constater...). Cela permet de réduire le stress de la situation, en sachant qu'elle est surmontable", a expliqué à l'AFP François Desenfants, pilote d'A380 à la retraite depuis quelques mois.
"Avec 3 moteurs, le 380 vole sans problème, mais à une altitude plus basse, due à la perte de poussée. C'est la raison pour laquelle les pilotes ont mis l'avion en descente tout de suite", a-t-il ajouté. Les pilotes sont même entraînés pour se poser avec deux moteurs en panne du même côté, a-t-il précisé.

M. Desenfants émet trois hypothèses : "un défaut de conception", cependant peu probable, car il "aurait été détecté avant". Ou une "pièce moteur qui aurait eu un défaut et, avec la fatigue, aurait fini par casser". Ou "une rencontre aviaire",qu'on ne peut pas totalement écarter, malgré la très haute altitude. En revanche, la rencontre avec un drone semble improbable à 10.000 mètres, selon lui.

Des équipes du Bureau d'enquêtes et d'analyses de l'aviation civile française (BEA), du constructeur Airbus, du motoriste, d'Air France
et du National Transportation Safety Board (NTSB) - l'agence américaine de sécurité des transports, car le motoriste est américain - devaient arriver sur place lundi. 

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