Pibrac : premier Noël en France pour une famille de réfugiés irakiens

Un Noël en paix et en famille. Dans une grande maison de Pibrac, prêtée par des voisins, dix membres d'une même famille de réfugiés irakiens seront réunis ce jeudi soir pour fêter leur premier Noël en France.

La maison est grande, décorée d'un arbre de Noël et d'une crèche. C'est là, à Pibrac, près de Toulouse qu'une famille de chrétiens d'Irak, réfugiée en France depuis octobre va fêter Noël ce jeudi soir. Dix membres de cette famille y seront réunis dans une paix retrouvée pour la première fois depuis des années.

Des voisins​ généreux

"Ce sont des voisins membres de la paroisse de Pibrac qui nous ont donné leur clé pour que l'on puisse se retrouver tous pour cette célébration", explique Balsam, 25 ans. Les voisins sont eux partis à Grenoble dans leur famille, précise-t-il.
Dans cette maison bourgeoise, bien chaude et meublée avec goût, les propriétaires Gérard et Catherine ont installé un beau sapin, des bougies, une crèche et dans la cuisine, autour d'un message souhaitant un "Merry Christmas", quatre très bonnes bouteilles de vin et du chocolat.
"La maison sera assez grande pour nous accueillir tous les dix", se réjouit le jeune homme, un grand sourire reconnaissant aux lèvres.

Des réfugiés arrivés de Mossoul

Ces réfugiés qui ont fui Mossoul, ville de plus de 3 millions d'habitants dans le nord irakien, tombée en juin 2014 aux mains de l'organisation État islamique (EI), ne sont arrivés qu'en octobre dernier en France. Auprès de Nahivea, mère de sept enfants, vit Balsam, le plus jeune, dans une petite
maison à Pibrac. Deux autres de ses fils, Rami et Bachar, mariés et avec chacun deux bambins, habitent à Brax et Saint-Jory, près de Pibrac.
Sa fille, Maysoun, est restée en Irak, à Erbil, en zone autonome kurde, avec son mari et sa fillette. La famille au complet y avait fait une halte pour demander un visa pour la France il y a plusieurs mois. Mais deux autres fils sont partis en Jordanie, où ils attendent un visa pour l'Australie et le Canada.

Une famille éclatée

Pourquoi le choix de la France? Parce qu'un autre fils, Basman, prêtre à l'église Saint-Sulpice à Paris, vit depuis cinq ans dans la capitale française. Il les rejoindra à Pibrac. Cette famille pieuse de rite chaldéen (du nom d'une région d'Irak, mais rattaché au catholicisme) a bénéficié de l'aide de l'AEMO (Association d'entraide aux minorités d'Orient), qui organise l'accueil des réfugiés.
Pour cette famille éclatée après des années de guerre, "ce sera désormais difficile de se revoir tous ensemble", regrette Balsam. "Quand Daech (l'organisation EI, NDLR) est arrivé à Mossoul, le 10 juin 2014, ils nous ont affirmé, à nous chrétiens, qu'ils nous protégeraient", se souviennent
Nahivea et Balsam. "Mon mari allait tous les jours dans son grand garage, et mon fils aîné Fateh (en Jordanie aujourd'hui) dans sa ferronnerie, jusqu'au jour où les miliciens leur ont ordonné de s'enfermer chez eux avec leur famille. Ils leur ont tout volé", dit cette cinquantenaire pleurant à chaudes larmes. "Mon mari, à 65 ans, s'est laissé mourir de chagrin."
"Ils ont détruit toutes les églises et certains se sont mis à pratiquer des enlèvements contre rançon. Ils ont inscrit sur les portes des quelque 1.500 familles chrétiennes un N (pour Nazaréens, terme désignant les chrétiens dans le Coran, NDLR)", raconte Nahivea. Ensuite, "ils nous ont donné deux jours. Soit on se convertissait à l'islam, soit on leur versait 450 dollars mensuels par chrétien (environ 450 euros). Sinon, on pouvait partir et, si on refusait, ils nous tueraient".
"Nous sommes tous partis, rien qu'avec nos vêtements sur le dos", poursuit cette femme, qui ne parle que l'arabe, comme ses enfants. "Nous avons été accueillis merveilleusement bien ici", témoigne Balsam, déterminé à maîtriser "le plus vite possible" la langue de Molière pour pouvoir travailler.

Marie-Thérèse, leur institutrice de français et enseignante à la retraite, confirme : "ils sont très volontaires. Ils ont envie d'y arriver et font tout pour s'intégrer." Dans le village, ajoute-t-elle, "les gens ne s'y sont pas trompés et les ont accueillis à bras ouverts".