Election présidentielle : colère des étudiants toulousains face au refus des candidats de venir à leur rencontre

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Le Parlement des étudiants de Toulouse aurait essuyé des refus de candidats à la présidentielle, de participer à des débats-rencontres avec les jeunes. Un grand nombre d'entre eux se sont pourtant prêtés au jeu à Sciences Po Paris.

Les candidats à la présidentielle mépriseraient-ils les jeunes issus des régions? Après les refus en cascade de huit d'entre eux de venir à la rencontre des étudiants toulousains pour leur exposer leur programme, cette pensée commence doucement à se frayer un chemin au sein du Parlement des étudiants de Toulouse. 

Cette association de loi 1901, implantée dans 15 villes françaises, cherche depuis sa création en 2014 à stimuler la participation des jeunes de 16 à 30 ans au débat politique. Au menu des simulations parlementaires, des visites d'institutions, des conférences, et des temps d'échange avec des hommes et femmes politiques. Et en cette année particulière, quoi de mieux pour faire vivre l'élection présidentielle que d'organiser des débats-rencontres avec les candidats à l'Elysée? 

"4 ou 5 annulations de dernière minute"

Seulement voilà, "après six mois de négociations, 39 heures d'appel, 150 mails et plus de 300 SMS échangés", la section toulousaine du Parlement des étudiants et leurs camarades du Collège supérieur de Droit ont dû se rendre à l'évidence. Alors que la section parisienne enchaîne les rendez-vous intimistes au plus proche des candidats, les principaux intéressés semblent en revanche peu enclins à rencontrer la jeunesse de la Ville rose. 

À la tête de la présidence de l'association à Toulouse, l'expression est lâchée : "on s'est fait ghoster". Mot dérivé de l'anglais "ghost", traduit en français par "fantôme". En somme, se faire "ghoster", phénomène social très présent chez les jeunes, consiste simplement à interrompre une relation et disparaitre de la circulation du jour au lendemain, sans donner d'explications.

"Mélenchon et Pécresse [NDLR: Jean-Luc Mélenchon, candidat LFI et Valérie Pécresse, candidate LR], ils ont tout simplement arrêté de nous répondre" affirme Mathieu Martins, président de la section toulousaine. "On a eu 4 ou 5 annulations de dernière minute, parfois une semaine avant où le jour-même", rajoute l'étudiant en droit et sciences politiques. Se faire ignorer, cela pique toujours. D'autant plus quand la section parisienne, elle, parvient à ses fins. 

Un mépris de la province au profit de la capitale? 

À Sciences Po Paris, l'association a déjà reçu Yannick Jadot, Fabien Roussel, Anne Hidalgo, et Nicolas Dupont-Aignan. La métaphore du triangle amoureux et des prétendants éconduits prête à sourire, mais le problème dénoncé derrière par ces jeunes s'avère on ne peut plus sérieux. "Les frais et la communication étaient déjà engagés [...]. On proposait des salles plus grandes qu'à Sciences Po Paris en plus... Il y a énormément de parisianisme", argue Mathieu Martins. Dernière annulation en date : celle de Valérie Pécresse après son meeting organisé à Toulouse le vendredi 18 mars. Une nouvelle apprise par voix de presse le matin-même de l'événement d'après les organisateurs. "Elle devait venir samedi après-midi, mais on a lu qu'elle avait avancé son départ en train", se désole Mathieu. 

L'impression d'être déconsidérés agace, d'autant plus que Toulouse est souvent élue meilleure ville étudiante de France, et a accueilli 142.000 étudiants en 2021 selon le Crous. "On entend toujours que la jeunesse se désintéresse de la politique, que tout est centralisé à Paris" se lance Mathieu Martins. "Les candidats mettent beaucoup d'effort à nous faire croire qu'ils s'intéressent au reste de la France, mais quand on les invite à Toulouse, on se confronte à leur désintérêt".

Dans une lettre ouverte écrite par deux de ses camarades, Elisa Wolff, responsable des relations institutionnelles du Parlement des étudiants de Toulouse, et Mathieu Lafoux, membre du Collège supérieur de Droit de Toulouse Capitole, les oubliés s'insurgent de la situation. "Ce ne sont pas les jeunes qui ne s'intéressent plus à la politique, mais bien la politique qui ne s'intéresse plus aux jeunes", tranchent-ils. 

C'est ceux qui se sentent le moins considérés qui iront le moins voter.

Elisa Wolff et Mathieu Lafoux, étudiants toulousains

Et si l'abstention de masse reste l'une des plus grandes craintes et inconnues de l'élection présidentielle, il est cependant clair que de nombreux jeunes ne se sentent pas concernés par le fait d'aller aux urnes. Selon une enquête Ipsos-Sopra Steria pour la Fédération des associations générales étudiantes, 66% estiment en effet que les responsables politiques s'attardent "peu" ou "pas du tout"  sur les sujets qui les préoccupent.

À moins de trois semaines du premier tour de l'élection présidentielle, le 10 avril, il devient donc urgent pour les prétendants à l'Elysée de se reconnecter avec cette part négligée, et pourtant fortement stratégique, de l'électorat.