Témoignage. À 5 mn du collège, Martin fera pourtant 50 mn de bus pour l'école à cause de la carte scolaire

Publié le Écrit par Elina Weil

Il s'appelle Martin, a 11 ans et dans quelques jours, entre en classe de 6e à 50 minutes du logement à Muret (Haute-Garonne) où il habite avec sa maman. Une affectation du fait de la carte scolaire qui pose question. Martin et sa maman résident en effet à 5 minutes à pied du collège de leur quartier.

C'est Marie, 73 ans, grand-mère de Martin, qui nous a écrit, pour nous faire part d'une situation qu'elle, son époux et la maman de son petit-fils vivent comme très injuste. 

Martin est l'un de ses 8 petits-enfants et s'apprête à démarrer le collège dans quelques jours. Il va le faire à 50 minutes de chez lui à Frouzins (Haute-Garonne), alors qu'il vit à Muret (Haute-Garonne) avec sa maman, Laure. Le collège de son quartier se situe pourtant à 5 minutes à pied de chez eux.

En avril dernier, Laure demande, lors des voeux d'affectation, à ce que Martin soit scolarisé au collège Louisa Paulin à Muret, à proximité de leur domicile. Elle reçoit une notification d'affectation indiquant que Martin est affecté au collège Pablo Picasso de Frouzins, ce que la maman ne comprend pas. Ce collège est précisément à 14 mn en voiture de leur domicile. Mais Martin devra y aller en bus, soit 50 minutes quotidiennement. L'établissement Louisa Paulin n'est pourtant qu'à 2mn en voiture (ou 5 mn à pied).

Deux demandes, deux refus 

Laure effectue une demande de dérogation, qui est rejetée. Elle formule alors une demande au principal d'un autre collège de Muret, le collège Bétance, qui se trouve à proximité du domicile de ses parents, ce qui peut simplifier la situation, d'une autre manière. Demande qui lui est également refusée. Laure travaille à Labège (Haute-Garonne), entre 25mn et 1h15 de Muret suivant la circulation et à près d'une heure du futur établissement de son fils. Pas simple s'il s'agit d'aller le chercher en urgence ou s'il est malade.

Laure élève Martin seule, la logistique est donc particulièrement importante. Martin est suivi médicalement tout au long de l'année, un autre facteur qui aurait pu peser dans son dossier. Apparemment non.

Suite aux deux demandes de Laure à l'administration de l'Education Nationale concernant la scolarité de son fils pour les quatre années à venir, elle ne s'est pas résignée, mais a essayé de faire taire sa colère pour que Martin puisse faire sa rentrée dans les meilleures conditions possibles et armé de la meilleure énergie possible.

Nous lui donnons la parole à ce sujet ainsi qu'à sa mère, la grand-mère de Martin, qui nous a écrit à ce sujet : 

Laure, la maman de Martin : 

" On m'a expliqué que si Martin était porteur d'un handicap, on pourrait l'intégrer de suite, car les élèves concernés, le cas échéant, sont prioritaires. Certaines personnes m'ont conseillé de bluffer, de mentir, d'inventer des choses qui n'étaient pas pour que mon fils n'aie pas besoin de faire 50 minutes tous les matins et tous les soirs pour aller au collège. J'élève seule mon enfant, je travaille à 50 minutes de chez nous, mon fils est suivi médicalement régulièrement, ça n'a apparemment pas compté.

Deux autres enfants de la même école que mon fils sont dans cette situation, ils habitent le même quartier que moi, sont à vol d'oiseau à 3 minutes à pied du collège de quartier et vont être amenés également à aller à Frouzins à la rentrée. Il y en a sans doute d'autres, mais ce sont les seuls dont j'ai connaissance. Pour l'un d'eux, sa mère a demandé un rdv avec le maire. Elle a été reçu par une responsable chargée des questions éducatives qui lui a dit qu'elle comprenait, mais ne pouvait rien faire.

" Je me suis ravisée sans me résigner "

Au départ, j'étais très en colère, car c'est une façon de mettre des bâtons dans les roues supplémentaires dans l'organisation des parents isolés. J'étais aussi en colère car j'avais déjà  préparé mon fils psychologiquement à sa nouvelle vie au collège près de chez nous, qu'il aurait sa clé pour rentrer etc... Maintenant, j'ai laissé tomber la colère, je me suis ravisée sans me résigner. Cette colère n'était pas bonne pour que mon fils puisse faire une rentrée sereine. C'est sûr que ce serait plus confortable pour nous, rassurant, tranquilisant, qu'il soit  scolarisé à Muret, mais pour l'instant, c'est comme ça. J'ai même cherché à déménager pour être  " du bon côté du collège, mais financièrement, ce n'est pas possible ". 

Marie, la grand-mère de Martin, anciennement documentaliste dans l'Education Nationale, à la retraite :

" La carte scolaire pose question. Je ne comprends pas cette situation. Mon petit-fils n'aurait qu'à traverser l'avenue d'où il vit. La continuité pédagogique, ce serait soit le collège à proximité de chez eux, soit près de chez nous. Mon petit-fils aura des journées à rallonge en partant le matin à 7h30 pour rentrer le soir à 18h. Je trouve ça très contraignant. Aussi, les institutions paient les transporteurs, ce n'est pas donné et ça pollue, donc je ne vois pas un seul intérêt à l'envoyer loin de chez lui. L'inspection académique et le rectorat font la pluie et le beau temps avec la vie des gens. 

Où est la logique ?

Je pense qu'il doit y avoir des logiques d'effectifs (...), avec des collèges où il faut les réduire, d'autres où ils veulent les augmenter, tout ça pour faire valoir ensuite " la mixité sociale ".  C'est ce qui a dû se passer dans le cas de mon petit-fils. J'imagine qu'ils envoient une partie des enfants du secteur où habite ma fille à Frouzins pour " rééquilibrer " et faire du  " brassage scolaire ". C'est mon analyse, car du fait de cette carte scolaire, je ne vois pas où est la logique d'envoyer un enfant qui habite à 5 minutes d'un collège dans un autre à 50 minutes de chez lui dans une autre ville. Je trouve ça scandaleux, les administrations sont dans les bureaux, ce sont des gens qui ont des papiers, des crayons, des doubles décimètres, ils coupent, tranchent, dessinent, mais la vie des gens, ce n'est pas dessiner des cercles sur une carte pour étaler ensuite " la mixité sociale ".

Contacté sur le sujet de ce cas particulier qui ne serait pas un cas isolé, voici la réponse du rectorat de l’académie de Toulouse :

" Le Directeur académique des services de l’Éducation nationale de la Haute-Garonne affecte bien les élèves mais en se conformant strictement à la carte scolaire élaborée par le conseil départemental. Chaque secteur est couvert par un transport scolaire. Nous étudions toutes les demandes de dérogations parvenues dans les délais conformément à la procédure départementale et aux critères établis au niveau national. Cette procédure et ces critères sont clarifiés à tous sur le site académique et communiqués par les écoles aux parents d’élèves.

Martin mettra donc 50 minutes en bus chaque matin et chaque soir pour aller au collège et sa mère Laure refera une demande de dérogation pour la rentrée prochaine.

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