Toulouse : crowdfunding de la discorde autour des clarinettes de l'Orchestre du Capitole

L'opération de financement participatif lancée pour acheter des clarinettes rares par Aïda, l'association des mécènes de l'Orchestre du Capitole, passe mal auprès des 125 musiciens et de leur chef, qui, financés par des fonds publics, ne veulent pas "passer pour des mendiants".

L'Orchestre National du Capitole à Saint Pétersbourg en 2008
L'Orchestre National du Capitole à Saint Pétersbourg en 2008 © AFP
C'est une fausse note en mode majeur qui fait désordre dans l'univers habituellement plutôt feutré de l'Orchestre National du Capitole de Toulouse.

Nos confrères de France Bleu Toulouse révèlent comment depuis le 17 septembre,  Aïda, l'association des mécènes de l'Orchestre a déclenché une petite tempête parmi les 125 musiciens et leur chef Tugan Sokhiev en lançant sur le site Culture Time une campagne de crowdfunding à hauteur de 10.000 euros appelant aux dons pour réunir une partie de la somme (35.000 euros) destinée à acheter des clarinettes rares (clarinette basse ou clarinette en ré), utilisées seulement dans certaines oeuvres. Plus de 7.000 euros ont ainsi déjà été récoltés auprès de 54 donateurs censés recevoir en échange qui une photo dédicacée du chef d'orchestre, qui le droit d'assister à une répétition de l'orchestre ou de se promener dans ses coulisses.

Ce crowdfunding, d'un objectif de 10.000 euros, très modique au regard des 14 millions d'euros annuels de budget de l'Orchestre, financé par Toulouse Métropole, l'Etat et la Région, a aussitôt provoqué des réactions de vive hostilité de la part des musiciens de l'Orchestre et de son chef.

"Cette opération de financement participatif nous fait un peu passer pour des mendiants", s'indigne le violoniste Yves Sapir, délégué syndical de l'Orchestre du Capitole et président national de l'Union des syndicats d'artistes musiciens de France.

"On a voulu faire une opération de com comme il s'en fait beaucoup, explique-t-il, mais c'est un coup de com maladroit car en imaginant faire du crowdfunding avec le renouvellement du parc instrumental on est allé sur un terrain qui relève de la responsabilité de nos financeurs publics". 


Comme ses musiciens, le chef russe Tugan Sokhiev a lui même très mal vécu que l'association Aïda, présidée par Francis Grass, l'adjoint à la culture de la ville de Toulouse, sorte de ses plates-bandes habituelles : le rayonnement international de l'Orchestre, ses tournées et ses disques. Pour eux, l'achat d'instruments relève soit des musiciens dont la plupart se sont endettés pour acquérir leur outil de travail (45.000 euros pour un violon, jusqu'à 50.000 euros pour une flûte en or), soit du budget de fonctionnement de l'Orchestre pour les instruments les plus volumineux ou les plus rares. "Là où on a un problème, poursuit Yves Sapir, c'est lorsqu'on imagine qu'un budget de fonctionnement pourrait être pris en charge par du crowdfundind ou du mécénat.

Dans ses petits souliers, l'association Aïda, qui n'a pas souhaité répondre à nos questions, pourrait faire marche arrière en stoppant la campagne de crowfunding et en remboursant les généreux donateurs. Pour la plupart déjà contribuables. Et, à ce titre, financeurs de l'Orchestre du Capitole.







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