Toulouse : Météo France s'équipe de deux nouveaux supercalculateurs pour affiner ses prévisions

A Toulouse, Météo France révolutionne ses techniques de prévisions. Grâce à deux nouveaux supercalculateurs, les alertes météorologiques seront plus fiables et plus ciblées. Ces bijoux technologiques permettront également de mieux anticiper les scénarios des changements climatiques à venir.

Toulouse : Météo France s'équipe de deux nouveaux supercalculateurs pour affiner ses prévisions - juin 2021.
Toulouse : Météo France s'équipe de deux nouveaux supercalculateurs pour affiner ses prévisions - juin 2021. © Météo France

Ils s'appellent Bélénos et Taranis. Les deux supercalculateurs flambant neuf déployés à Toulouse par Météo France portent des noms issus de la mythologie celtique gauloise. L'un était dieu du soleil, l'autre du ciel et de l'orage. Pas étonnant de les retrouver associés dans ce projet qui révolutionne la science de la prévision météo.

Une à deux heures gagnées sur les alertes de vigilance

Bélénos et Taranis sont donc deux ordinateurs surpuissants qui doivent permettre aux quelque 1.100 agents de Météo France basés à Toulouse d'améliorer la qualité et la fiabilité de leurs prévisions. Grâce à ces "supercalculateurs", Météo France espère "gagner une à deux heures" sur ses alertes de vigilance et améliorer encore leur précision, explique François Lalaurette, directeur des opérations pour la prévision de Météo France.

Des "pétaflops" d'opérations informatiques à la seconde

La puissance de calcul de ces deux mastodontes entrés en service depuis février 2021 laisse songeur. Bélénos, installé dans une salle protégée de Météo France, et son jumeau Taranis hébergé lui sur le campus de l'université interne réalisent en effet chaque seconde 21,48 "pétaflops" (millions de milliards) d'opérations à la seconde. Une prouesse informatique qui permet de mieux gérer l'augmentation du nombre de données à traiter pour établir des prévisions météo.

En trente ans, des capacités de calculs démultipliées

Grâce à leurs superpouvoirs, Bélénos et Taramis relèguerait presque leurs prédécesseurs au rang de simple calculette : la puissance des nouvelles stars est en effet 10 millions de fois supérieure à celle de la première machine mise en place il y a trente ans par Météo France. "Ce calculateur-là, c'était 2 milliards d'opération par seconde", explique Alain Beuraud, chef de projet supercalculateur à Météo France. Cela parait déjà spectaculaire mais en fait aujourd'hui, si vous avez un smartphone un peu élaboré, vous avez davantage de puissance de calculs dans votre poche qu'on en avait il y a trente ans.".

Alain Beuraud chef de projet du supercalculateur, devant l'une des machines à Météo France
Alain Beuraud chef de projet du supercalculateur, devant l'une des machines à Météo France © MaxPPP

Avec la mise en service de ces nouvelles machines, la France gagne quelques places dans le top 10 des nations spécialistes de la météo et du climat dominé par les Etats-Unis et la Grande-Bretagne.

Des millions d'observations analysées, un ciblage kilométrique resserré

Ces deux nouveaux supercalculateurs vont permettre d'encore mieux gérer les millions d'observations individuelles quotidiennes recensées par Météo France. Pour un modèle de prévision mondiale, plus de 40 millions d'observations peuvent ainsi être traitées au quotidien. Pour la seule France métropolitaine, entre 0,8 et 1,8 million de données sont analysées.

Les supecalculateurs permettrons d'améliorer les capacités de prévision des phénomènes dangereux, à une échelle de 1,3 km contre 2,5 km auparavant, avec un gain d'anticipation de une à deux heures, selon Météo France. En comparaison, le premier supercalculateur de Météo France travaillait en 1992 sur des carrés de 35 kilomètres de côté.
Les territoires d’Outre-mer bénéficieront également d’une "maille" plus fine, avec une amélioration des prévisions des fortes précipitations sur les îles, ou une meilleure appréhension de l'intensité des cyclones tropicaux.

La course contre le temps

En marche normale, un des supercalculateurs sera dédié à la prévision, l'autre à la recherche, notamment sur le changement climatique. Les deux seront interchangeables très rapidement. Car la prévision météo, aux forts enjeux de sécurité civile, n'est pas un domaine qui supporte la panne. "La course contre le temps est fondamentale. Les prévisions de la semaine dernière n'intéressent personne," martèle François Lalaurette.

Mieux anticiper les épisodes météorologiques à risque

Grand public, sécurité civile, navigation aérienne, défense, agriculture, transport, ou BTP... La liste est longue des secteurs de la société à l'affût de prévisions météorologiques toujours plus fiables. Grâce à ses nouveaux outils, Météo France espère aussi encore mieux anticiper les catastrophes qui frappent régulièrement le territoire. Les ingénieurs ont ainsi recréé avec ces calculateurs les cartes de prévision de "l'épisode méditerranéen" meurtrier qui avait ravagé les Alpes-Maritimes en octobre dernier. 

Météo France avait alors donné l'alerte bien en amont, mais en repartant des données de l'époque, le nouvel équipement est en capacité d'estimer avec beaucoup plus de précision l'intensité et la localisation des précipitations qui s'étaient abattues sur les vallées de la Roya et de la Vésubie.

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