Monoprix interdisait l'entrée de son magasin de Toulouse aux SDF

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Le directeur du magasin de la rue Alsace-Lorraine a demandé à ses vigiles de ne pas laisser entrer les sans-abris, en arguant d'un accord avec la mairie. La direction nationale de la chaîne a retiré cette consigne ce lundi.

Par Fabrice Valery

De novembre 2017 à ce lundi 5 février 2018, les agents de sécurité du Monoprix de Toulouse ont eu pour consigne de leur direction d'empêcher les SDF de pénétrer dans le magasin. Après diffusion de la note interne sur les réseaux sociaux, la direction nationale a mis fin à cette discrimination. 

C'est l'association Droit au Logement (DAL 31) qui a diffusé le courrier sur sa page facebook : une note interne que le directeur du magasin Monoprix de la rue Alsace Lorraine de Toulouse a adressé à son "chef de poste" et aux agents de sécurité, avec comme objet "la problématique SDF". 

"En accord avec la mairie"

Le directeur y explique qu'il a pris l'engagement de "ne pas accepter l'entrée du magasin aux SDF qui stationnent dans la rue aux abords car ils troublent l'ordre public". Surtout, il précise que cette décision a été prise "en accord avec le maire adjoint chargé de la sécurité pour la ville de Toulouse et le chargé de sécurité au cabinet du maire".

Il demande donc à ses agents de sécurité de se "tenir aux entrées du magasin lorsque des SDF sont présents aux abords, et ne pas autoriser leur entrée dans le magasin".

Fournissant même un "prétexte" à fournir aux SDF : "Atteinte à l'ordre public sur la voirie suite à des plaintes des clients du magasin"
Dans ce courrier, le directeur du magasin indique donc qu'il a pris l'engagement auprès de la mairie de ne pas laisser entrer les SDF. Contacté par France 3, Olivier Arsac, adjoint au maire chargé de la sécurité, conteste avoir donné ce type de recommandation et ne se souvient pas que le directeur du Monoprix ait pris devant lui cet engagement.

La mairie réfute avoir donné cet ordre

"Il est vrai que nous avons rencontré la direction du magasin vers la fin 2017, explique Olivier Arsac, notamment pour signaler la multiplication des plaintes de riverains par rapport au groupe de SDF alcoolisés à proximité du magasin. Il fallait donc prévenir l'enseigne que nous allions intensifier nos patrouilles de police municipale dans le secteur. Et leur rappeler que la vente d'alcool est de leur responsabilité. Mais nous en sommes restés là, nous n'avons pas demander d'interdire l'accès du magasin à telle ou telle population". 

La direction de Monoprix condamne une "initiative isolée"

Alors, la direction de Monoprix à Toulouse a-t-elle fait du zèle en prenant "l'engagement de ne pas accepter l'entrée du magazin aux SDF", au point d'ailleurs de se mettre en situation de refus de vente ? Nous aurions souhaité poser la question au directeur du magasin, qui était malheureusement injoignable ce lundi.
Mais la direction nationale de Monoprix n'a pas tardé à réagir. "Il s'agit d'une note interne affichée dans le local des agents de sécurité, explique-t-on, mais surtout personne chez nous n'était au courant de cette initiative isolée. Nous avons appris son existence dimanche soir et la note a été immédiatement retirée. Ce type de discrimination n'est pas acceptable". La direction explique que le directeur du magasin de Toulouse aurait mal interprété les propos de la mairie de Toulouse. 

Des dispositifs ou des consignes "anti-sdf"

La gestion de l'espace public, notamment à proximité des débits de boissons, est un casse-tête pour la mairie de Toulouse, dont la police municipale tente de faire respecter l'arrêté de 1994 sur l'occupation prolongée du domaine public.

En centre-ville, de nombreuses enseignes prennent des initiatives pour empêcher les SDF de s'installer durablement devant les vitrines. Des militants de gauche ont d'ailleurs récemment lancer un recensement des dispositifs anti-SDF à Toulouse (voir ci-dessous).  Une carte qui recense le mobilier urbain ou les aménagements destinés à empêcher par exemple de s'allonger ou de s'asseoir. 

 

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