Agde : une jeune fille torturée pendant des semaines, une famille en garde à vue

C'est une sordide histoire que révèle ce vendredi le parquet de Béziers. Une jeune femme de 19 ans originaire de Châteauroux dans l'Indre a été séquestrée, battue et forcée à manger des excréments de chats par un jeune agathois, dans l'indifférence générale de la famille où elle vivait.

Le palais de justice de Béziers, dans l'Hérault
Le palais de justice de Béziers, dans l'Hérault © SYLVAIN THOMAS / AFP

Le 2 novembre dernier au matin, un homme circulant en vélo avait découvert une jeune femme inconsciente en bordure d'une route isolée, près du Canal du Midi, sur la commune de Vias, dans l'Hérault.

Très faible et légèrement vêtue malgré de basses températures, cette jeune femme était en état d'hypothermie.
Très maigre, pesant moins de 40 kg, elle avait aussi le visage tuméfié.

Hospitalisée en état d'urgence absolue à Montpellier, la jeune victime était sortie du coma sept jours plus tard, mais n'avait pas pu prononcer un mot pendant plusieurs semaines, selon le communiqué de presse de Raphaël Balland, procureur de la République de Béziers, qui avait une information judiciaire pour tenter d’identifier cette jeune femme et d’établir les causes de ses blessures.


Sinistre parcours


Les gendarmes de la section de recherches de Montpellier et ceux de la compagnie de gendarmerie de Pézenas sont parvenus à identifier la jeune femme et retracer son triste parcours.

Âgée de 19 ans, originaire de Châteauroux, dans l'Indre où "elle avait souffert d’importantes difficultés sociales et familiales", elle était arrivée dans le département de l’Hérault au cours de l'été 2019 pour rejoindre un homme de 22 ans, rencontré sur les réseaux sociaux.

Elle était hébergée à Agde, dans la résidence de ce dernier où vivait également l’un de ses frères, âgé de 24 ans.
 

La famille interpellée


Le 24 février 2020, les enquêteurs interpellaient les deux frères, leur mère âgée de 44 ans et son compagnon âgé de 32 ans, ainsi qu’un troisième frère âgé de 25 ans, qui vivait dans un autre logement.

Selon les déclarations recueillies en garde à vue par les enquêteurs, les relations entre la jeune fille et le frère de 22 ans se seraient dégradée rapidement. Les choses tournent au cauchemar à partir de septembre.


Il l’aurait maltraitée, enfermée dans un cagibi cadenassé, attachée, bâillonnée, régulièrement battue, maintenue dans un état de saleté permanent, privée d’aliments et de soins et même parfois forcée à manger des excréments de chats.


Il l’aurait également obligée à lui reverser ses prestations sociales, notamment pour s’acheter des jeux vidéos.

L'autre frère âgé de 24 ans aurait également commis des violences sur la victime, mais dans une moindre mesure.


Indifférence coupable


La mère et son compagnon auraient eu connaissance de cette situation mais sans chercher à y mettre un terme.

Selon le parquet, le 1er novembre 2019, le frère de 22 ans "aurait commis de nouvelles violences qui aggravaient l’état de santé de la jeune femme".
 

Il aurait alors décidé, avec son frère âgé de 24 ans et leur mère, d’extraire la victime du logement mais de ne pas la conduire dans un hôpital, de peur d’être dénoncés, explique encore le communiqué du procureur.


Ils la transportaient alors en véhicule pour l’abandonner, de nuit, à l’endroit de sa découverte par le cycliste le lendemain matin.
Le troisième frère de 25 ans aurait appris cet abandon de la victime sans prévenir les secours.


Mises en examen et détention provisoire


A l’issue des interrogatoires, les trois frères, la mère et son compagnon ont été placés en garde à vue puis présenté au magistrat instructeur le 26 février.

Les deux frères de 22 et 24 ans ont été mis en examen pour séquestration en vue de faciliter des actes de torture et de barbarie et des extorsions des moyens de paiement de la victime.

Leur mère et son compagnon, eux, sont poursuivis pour "abstention volontaire d'empêcher un crime de séquestration aggravée"; la mère était également mise en examen pour "modification de l'état des lieux d'un crime pour faire obstacle à la manifestation de la vérité.".

Ces 4 inculpés dans cette affaire ont été placés en détention provisoire.

Enfin, l'aîné de la fratrie, âgé de 25 ans, a également mis en examen pour abstention volontaire d'empêcher un crime ou un délit contre l'intégrité des personnes et il a été placé sous contrôle judiciaire.


Une tentative d’assassinat pour le parquet de Béziers


Le parquet de Béziers a également demandé au magistrat instructeur de mettre en examen les deux frères et leur mère du chef de tentative d’assassinat (tentative d’homicide volontaire avec préméditation) consistant à :
 

L'abandon en pleine nuit de la victime, agonisante et très légèrement vêtue, malgré des températures hivernales, dans un lieu isolé et dans le but qu'elle ne les dénonce pas, celle-ci n’ayant survécu que grâce à la fois à sa résistance physique, à sa découverte à l’aube par le cycliste et à l’intervention rapide des secours.


Mais cette demande a été rejetée le 5 mars par le magistrat instructeur qui estime que l’intention homicide n’est pas rapportée.

Le parquet a fait appel. C'est désormais à la chambre de l’instruction de la Cour d’appel de Montpellier de décider.  
Les deux frères encourent une peine maximale de 30 ans de réclusion criminelle pour séquestration aggravée.

A ce jour, selon le parquet, la jeune castelroussinne est toujours hospitalisée dans un centre de rééducation et son état psychologique n’a toujours pas permis de l’entendre sur sa version des faits.
 
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