Canicule marine : la Méditerranée, une mer en surchauffe

Les températures de la mer relevées au large sont bien au-dessus des normales de saison. Ces quelques degrés de plus mettent en danger les écosystèmes et favorisent l’apparition de phénomènes atmosphériques violents. Notamment au large du Gard et de l'Hérault.

Dans l’eau aussi, les températures explosent. Comme sur terre, il existe des normales de saison dans les mers et les océans. "Typiquement, fin juillet au large de Marseille, on devrait avoir 21°C", explique Samuel Somot, chercheur au Centre national de recherches météorologiques. La semaine dernière, le thermomètre au large affichait près de 28°C. Un record.

La canicule marine

On entre en période de canicule marine lorsque les températures dépassent largement les seuils normaux sur une période d’au moins cinq jours. C’est le cas en ce moment sur tout l’ouest de la Méditerranée, des côtes espagnoles jusqu’aux côtes italiennes.

Les chercheurs n’avaient détecté que deux épisodes caniculaires en Méditerranée dans les années 1980, sept dans les années 1990 et environ un par an dans les années 2000. Les chiffres détaillés pour la période 2010-2020 ne sont pas encore connus, "mais c’est sans doute encore plus". "Si le climat continue à se réchauffer, alors on aura des canicules marines de plus en plus longues et de plus en plus intenses", alerte Samuel Somot.

Chaleur, absence de vent et de nuages

"Ce qui cause une canicule marine, ce sont des températures chaudes dans l’atmosphère, pas de vent et pas de nuages", résume Samuel Somot. Lorsqu’il n’y a pas de nuages, les rayons du soleil frappent directement la surface de l’eau, la réchauffant plus vite. De son côté, le vent refroidit la mer en mélangeant les couches d’air chaud et d’air froid.

On observe des canicules marines depuis les années 1980, et actuellement on est dans une canicule vraiment exceptionnelle.

Samuel Somot, chercheur au Centre national de recherches météorologiques

"Si la côte languedocienne est un petit peu moins concernée que la Côte d’Azur, c’est parce qu’il y a eu du vent en juillet, précise Samuel Somot. Il suffit d’un coup de mistral ou de tramontane pour mélanger les couches."

Biodiversité en péril

Une eau trop chaude décime les espèces marines. "Les espèces les plus en danger sont les espèces ancrées, qui ne peuvent pas bouger vers des eaux plus froides", explique le chercheur. Les coraux, les gorgones, ou encore les posidonies sont donc particulièrement vulnérables.

Les poissons cherchent à s’adapter et se déplacent vers des zones où l’eau est plus fraîche, mais ces mouvements de migrations déstabilisent les écosystèmes et perturbent les activités de pêches. Le réchauffement des eaux favorise également la prolifération d’algues toxiques, qui rendent impossible la baignade.

Outre les effets directs sur la biodiversité, l’augmentation de la température de l’eau favorise des phénomènes atmosphériques violents. "Ça peut nourrir tout ce qui est épisodes de pluie, orages, précipitations et épisodes méditerranéens", liste Samuel Somot.

C’est l’un des meilleurs signes local, l’un des plus visibles, du réchauffement climatique.

Samuel Somot, chercheur au Centre national de recherches météorologiques

La canicule maritime de cet été annonce-t-elle des épisodes de pluies très intenses à l’automne ?

Pas forcément, répond le chercheur. "La canicule maritime est l’un des ingrédients, mais pas le seul, qui nourrit les épisodes méditerranéens", explique-t-il, rappelant que ces phénomènes sont très difficiles à prévoir. "Au plus tôt, ils commencent fin août, la Méditerranée a tout le temps de se refroidir d’ici-là, mais si elle est toujours aussi chaude, ça peut devenir inquiétant.".

La canicule maritime en cours en Méditerranée devrait durer jusqu’aux alentours du 5 août.