ENTRETIEN. Jacques Tassin, biographe de Maurice Genevoix : "il était le porte-voix de l'ensemble de ceux de 14"

Ce mercredi 11 novembre, l'écrivain Maurice Genevoix entre au Panthéon avec "tous ceux de 14". Jacques Tassin, écologue à Montpellier et biographe de Maurice Genevoix, nous parle de cet homme qui a inspiré sa vie. 
Maurice Genevoix le 5 juin 1974
Maurice Genevoix le 5 juin 1974 © PHOTOPQR/REPUBLIQUE DU CENTRE/MAXPPP
Ecrivain, prix Goncourt en 1925, académicien, et surtout porte-parole des combattants de la Grande Guerre, Maurice Genevoix entrera au Panthéon avec "tous ceux de 14" ce mercredi 11 novembre. Jacques Tassin est chercheur écologue au Centre de coopération internationale en recherche agronomique pour le développement (CIRAD) à Montpellier. Il est surtout le biographe de Maurice Genevoix. 

Quand est née cette passion pour Maurice Genevoix ?
Jacques Tassin : J'avais une douzaine d'années quand j'ai pris en main "Tendre bestiaire" qui était dans la bibliothèque de mon père. Et là, j'ai découvert une écriture dans laquelle je me retrouvais moi aussi. Je n'ai jamais perdu Genevoix des yeux et c'est pour ça que je n'ai cessé d'écrire et de lire sur lui. C'est une passion mais c'est aussi une profonde admiration en vers quelqu'un qui avait un style admirable et qui rendait compte merveilleusement du vivant.
 
Ce mercredi 11 novembre, Maurice Genevoix entrera au Panthéon. C'est un 11 novembre particulier ?
Jacques Tassin : C'est un 11 novembre qui permet de célébrer à la fois la mémoire du soldat inconnu : c'est le 100ème anniversaire. Mais aussi celle de Maurice Genevoix qui était le porte-voix de l'ensemble de ceux de 14. L'ensemble du peuple qui a combattu la Grande Guerre entre aussi au Panthéon. Ils rentrent très nombreux. Et c'est effectivement peu semblable à ce qu'il se passe d'habitude dans les cérémonies de Panthéonisation.
 
Maurice Genevoix a vécu des grands traumatismes pendant la guerre. Cette Panthéonisation est-elle un message de résilience pour les français ?
Maurice Genevoix était rendu à la vie après avoir été mutilé à 100%. Et il a retrouvé cet élan au contact des autres êtres vivants. C'est d'abord cela, cette résilience, ce courage et ce goût du vivant qu'il s'agit de faire valoir aujourd'hui.

Quelle image la plus méconnue de lui avez-vous voulu faire découvrir aux lecteurs ?
Jacques Tassin : J'ai voulu montrer que Maurice Genevoix était en avance. Et qu'il nous proposait des pages de l'écologie que lui avait finalement déjà écrites. Et moi qui suis écologue, je suis bien au fait de la manière dont l'écologie avance et progresse aujourd'hui. Maurice Genevoix avait pressenti cela. Il ne parlait pas d'environnement mais d'un engagement. 

Maurice Genevoix est une figure historique romanesque mais on connait moins le côté écologiste. Des valeurs que l'on met en avant aujourd'hui. Il était moderne ? 
Jacques Tassin : Du fait de cette Panthéonisation, de cette cérémonie mémorielle, on ramène Genevoix vers le passé donc vers la Grande Guerre. Mais Genevoix était aussi un visionnaire. Il était humaniste, il était brillant. Il avait le sens des choses et le sens des événements. Et il avait la mesure des grands changements de notre civilisation occidentale. Il est reconnu comme le meilleur écrivain de guerre. Non pas seulement parce que son témoignage était exact et authentique mais aussi parce qu'il a su rendre compte de tout ce qu'il se passait dans la guerre. Par exemple les chevaux, Henri Barbusse ou Roland Dorgelès n'en parlent que une ou deux fois dans leur ouvrage. Lui dans "Ceux de 14", il en parle une trentaine de fois. Cela montre à quel point il était attentif et c'est bien cette attention qui le caractérise à l'égard de l'ensemble du vivant.

C'est une figure inspirante aujourd'hui ?
Jacques Tassin : Genevoix, c'est une personne qui est non seulement moderne mais qui est intemporel. Ce qui m'a toujours intéressé c'est ce qui relève de l'universalité et de l'intemporel. C'est dans ce sens-là qu'il y a une dimension politique de son œuvre puisqu'il nous convie à nous raccrocher non pas à des mirages mais à ce qui est essentiel. Ce fut la vie des combattants avec qui il fut au front et des hommes qui étaient sous ses ordres.

Avec "Ceux de 14", Maurice Genevoix est devenu, aux côtés d'Henri Barbusse et Roland Dorgelès, un écrivain témoin de la Grande Guerre. Pourtant, il n'a eu pas le succès d'Henri Barbusse. Pourquoi Maurice Genevoix plutôt qu'Henri Barbusse au Panthéon ? L'historien Jean-Yves Le Naour donne sa version : "C'est peut-être parce que Barbusse s'est engagé politiquement. Son ouvrage a effectivement à une dimension révolutionnaire. Donc il y a une grande différence. Maurice Genevoix, lui, était modéré, issue d'une bourgeoisie provinciale, qui se méfie de la ville, qui a un petit côté passéiste". 

La cérémonie d'entrée au Panthéon se déroulera à partir de 18h. Une édition spéciale est à retrouver à partir de 18h50 sur France 3 Alsace-Lorraine. 
 






 
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