La vente d'autotests covid en grandes surfaces "n'a aucun intérêt dans la stratégie de santé publique" selon le président du syndicat des pharmaciens de l'Hérault

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Écrit par Sandrine Navas
Les autotests Covid sont en vente dans les grandes surfaces de la métropole de Montpellier
Les autotests Covid sont en vente dans les grandes surfaces de la métropole de Montpellier © France 3 Occitanie

Les pharmaciens de l'Hérault sont en colère contre la vente d'autotests covid par la grande distribution. Pour leur président Frédéric Abecassis, cette vente pose un double problème d'approvisionnement et de santé publique. Au nom des syndicats départementaux de pharmaciens du sud de la France, il a remis une lettre pour dénoncer cela à l'ARS d'Occitanie.

Les autotests ont fait leur apparition dans les rayons des grandes et moyennes surfaces d'Occitanie. Un arrêté publié au Journal Officiel autorise la vente hors des pharmacies "à titre exceptionnel jusqu'au 31 janvier 2022". Une dérogation qui soulève la colère des pharmaciens. Les syndicats départementaux du sud de la France ont manifesté leur opposition et leur mécontentement dans une lettre adressée à l'ARS, agence régionale de santé Occitanie et signée par 12 représentants de la profession de la région.

Aucun gain en terme de santé publique selon les pharmaciens

Selon les pharmaciens d'officines, la vente d'autotests doit s'accompagner de recommandations et de conseils que seuls des professionnels formés peuvent dispenser. Ils réagissent donc très mal "au délit d'initiés de la grande distribution qui a fait main basse sur les tests" déclare l'Héraultais Frédéric Abecassis, pharmacien à Roujan. Ils ont l'impression d'avoir été "lâchés par le gouvernement".

Nous sommes là pour protéger, soigner et orienter. La grande distribution est là pour vendre. A chacun son métier et ses compétences.

Frédéric Abecassis, président Fédération Méditerranéenne des Syndicats Pharmaceutiques

Pour le pharmacien, en terme de santé publique, le risque serait de "lâcher dans la nature des faux négatifs". Car si un patient est symptomatique par exemple, le rôle du pharmacien sera de l'orienter vers un tests PCR plus fiable qu'un autotest. Une prescription, un conseil aux patients qui ne sera pas possible en grande surface. Il craint donc une mauvaise utilisation des autotests vendus en grandes et moyennes surfaces.

Un propos que pondère la responsable du rayon parapharmacie d'une grande enseigne de Saint-Aunès près de Montpellier : "si on est malade et qu'on a les premiers symptômes, vaut mieux évidemment aller faire un test en laboratoire, mais les autotests sont fiables à 92% nous ont dit les autorités".

Les clients aux caisses pour leur part, semblent ne faire aucune différence entre les tests vendus en pharmacie et ceux qui sont fournis en grande surface : "Les cas commencent à se rapprocher autour de nous, c'est quand même plus simple de faire un autotest avant de faire la fête" déclare une cliente. "C'est beaucoup plus intéressant que de les acheter en pharmacie, c'est la même chose en beaucoup moins cher quand même", surenchérit une autre.

Un problème d'approvisionnement est à craindre

Les pharmaciens ont d'autres arguments à faire valoir. Ils ont connu un problème d'approvisionnement en autotests avant Noël et craignent que cela ne se reproduise à cause du "dumping opéré par la grande distribution" sur les autotests. Ils redoutent un désistement des fournisseurs au profit des supermarchés. "Nous sommes pris en traitres et coincés", ajoute le président de la FSPF. L'autotest est actuellement vendu 5 euros environ en pharmacie contre 2 euros en moyenne en grande surface.

Si l'Etat trouve un autre circuit de distribution pour les autotests, alors nous pensons que l'Etat saura également trouver un autre circuit de distribution pour les flacons de vaccins.

ajoute le président de la FSPF

"Ci-dessous la lettre signée par 12 représentants des pharmaciens d'Occitanie et adressée au directeur de l'ARS :

Messieurs,

Suite à la parution au JO permettant la distribution des auto tests en GMS, les syndicats départementaux du sud de la France tiennent à vous manifester leur totale opposition avec cette mesure et leur profond mécontentement. En effet, depuis bientôt 2 ans, les pharmaciens d’officine et leurs équipes se sont totalement investis dans la lutte contre la COVID 19 par leur implication au quotidien que ce soit dans la distribution gratuite des masques aux professionnels de santé, l’approvisionnement et la délivrance des flacons de vaccins à ces mêmes professionnels, l’implication dans les centres de vaccination, la vente de gels hydro alcooliques et de masques à la population, le dépistage massif de la population qui a permis à l’économie française de redémarrer, aux restaurants, boites de nuit… de réouvrir, aux entreprises de fonctionner, aux écoles de rester ouvertes… Les pharmaciens ont été et restent à ce jour, les acteurs essentiels et incontournables de la stratégie de dépistage.

Dans ces conditions quel est le gain en terme de Santé Publique de la vente des auto tests en GMS?
La vente d’un auto test doit s’accompagner de recommandations et de conseils que seuls des professionnels formés peuvent dispenser.

Nous sommes là pour protéger, conseiller, soigner et orienter.
La grande distribution est là pour vendre.
A chacun son métier et ses compétences !

Il va sans dire que si l’Etat trouve un autre circuit de distribution pour les auto tests, si l’Etat n’a plus besoin d’un encadrement de cette délivrance par un professionnel de santé… alors nous pensons que l’Etat saura également trouver un autre circuit de distribution pour les flacons de vaccins. A compter du lundi 03 janvier, il sera donné comme consigne à l’ensemble de nos confrères, de ne plus passer aucune commande de vaccins sur la plateforme.

Il est urgent d’agir et nous vous demandons de faire remonter en haut lieu notre colère.

Nous vous prions de croire, Messieurs, à l’assurance de nos salutations choisies.



Dr Christelle QUERMEL - Présidente du Syndicat de l'Hérault 

Dr Marion FONDERE et Stéphane MAS - Co présidents de l'Ariège
Dr Françoise ROUVE - Présidente du Syndicat des Pyrénées Orientales 

Dr Philippe VERGNES et Jean Marc GASSAN - Co présidents de la Haute Garonne
Dr Charles MAUX - Président du Syndicat des Pharmaciens de l'Aude

Dr Michel BOURROUSSE et Agnès LEYGUE-MAUROUX - Co présidents du Gers
Dr Philippe JAUZION - Président du Syndicat de la Lozère 

Dr Brice LIGNEREUX et Catherine SIMON - Co présidents du Lot
Dr Eric JOSE - Président du Syndicat du Gard 

Dr Robert ASTUGUEVIEILLE et Gilbert JULIA - Co présidents des Hautes Pyrénées
Dr Bernard CHAMPANET - Président du Tarn
Dr Frédéric ABECASSIS - Président de la Fédération Méditerranéenne

Dans la lettre adressée au directeur de l'ARS, les 12 praticiens d'Occitanie annoncent qu'à compter du lundi 3 janvier, il sera donné comme consigne à l'ensemble  de leurs confrères de ne plus passer aucune commande de vaccins sur la plateforme.

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