Aveyron : dépossédé de son nom, le village de Laguiole en appelle à François Hollande

Le 19 septembre 2012, les habitants de la commune démontent symboliquement la plaque Laguiole. / © AFP/JOSE A. TORRES
Le 19 septembre 2012, les habitants de la commune démontent symboliquement la plaque Laguiole. / © AFP/JOSE A. TORRES

La cour d'appel de Paris a donné raison à un entrepreneur qui a déposé le nom Laguiole en 1993. Le maire du village aveyronnais a décidé d'en appeler au Président de la République. 

Par Fabrice Valery

Le village de Laguiole (Aveyron) a saisi le président de la République après une nouvelle décision de justice l'empêchant de retrouver l'usage de son nom, propriété d'un entrepreneur qui le commercialise pour vendre des couteaux importés d'Asie et d'autres produits.

"Dans les prochains jours, nous souhaitons nous rendre à la capitale afin de vous demander audience M. le Président de la République et vous remettre la plaque de notre commune dont nous sommes dessaisis", écrit Vincent Alazard, maire DVD de Laguiole dans un courrier dont l'AFP a eu copie.

Le 4 avril, la cour d'appel de Paris a débouté la commune de 1.300 habitants qui souhaitait voir la justice reconnaître "une spoliation", une pratique commerciale "trompeuse" et une "atteinte à son nom, à son image et à sa renommée".

Cible du village : Gilbert Szajner, un particulier du Val-de-Marne, qui a déposé en 1993 la marque Laguiole pour désigner non seulement la coutellerie, qui a fait la réputation mondiale du bourg, mais aussi du linge de maison, des vêtements briquets, barbecues... En tout 38 classes de produits.
Dans son arrêt que l'AFP a pu consulter, la cour d'appel estime qu'il résulte du code de propriété intellectuelle que "peuvent constituer une marque de fabrique, de commerce ou de service les +noms patronymiques et géographiques". Elle estime aussi que la commune de Laguiole "ne démontre pas" que l'usage fait de son nom serait "de nature à porter atteinte aux intérêts publics ou à préjudicier à ses administrés".

Conséquence : le chef d'entreprise peut continuer à accorder, contre redevance, des licences à des entreprises françaises ou étrangères qui peuvent commercialiser sous le nom Laguiole des produits d'importation.

A contrario, les habitants de la commune ne peuvent plus, eux, utiliser le nom de leur village pour fabriquer des produits manufacturés portant le label "Laguiole", en dehors du fameux couteau rehaussé d'une abeille qui était déjà produit en dehors du village.

Dans cette bataille commerciale et identitaire, le chef d'entreprise est même allé jusqu'à interdire au village d'utiliser un nouveau logo. L'affaire est en appel devant l'OHMI (Office de l'harmonisation dans le marché intérieur), l'agence européenne chargée de gérer les marques.

Sur le même sujet

Les + Lus