"Il me répétait cette phrase : tu vois, ça ne fait rien": une jeune femme accuse un prêtre de multiples viols

Une enquête a été ouverte par le parquet de Cahors (Lot) suite au dépôt de plainte de Juliette Mazet. Cette jeune lotoise, aujourd'hui âgée de 29 ans aurait été violée à plusieurs reprises par l'ancien curé de Gourdon. Ce dernier nie totalement les faits et évoque une relation consentie.

Il était connu, reconnu et apprécié de la famille Mazet. "Franz venait manger à la maison au moins toutes les semaines. Mes parents estimaient que c'était un curé moderne, comme il en aurait fallu davantage au sein de l'église" se souvient Juliette Mazet. 

Un "curé moderne", qui selon Juliette, avait l'habitude de masser les jeunes filles et de faire des blagues sexuelles lors des JMJ (Journées mondiales de la Jeunesse). 

Mais pas de quoi attiser les soupçons de cette dernière durant son adolescence. " On le trouvait drôle. Il nous faisait rire. Ça n'allait pas plus loin". 

Des rires, la jeune fille dit être passée aux larmes. Elle a déposé plainte contre l'ancien curé de Gourdon, comme l'a révélé le site d'informations Mediacités.

Huis clos du presbytère 

En 2013, elle est à la recherche d'un job auprès d'enfants pour valider un futur séjour de jeune fille au pair aux États-Unis. Franz de Boer lui propose alors un poste d'animatrice d'aumônerie. Juliette accepte et devient l'assistante de l'abbé durant les séances de catéchisme. 

Des séances préparées en amont dans le huis clos du presbytère de l'église Saint-Pierre à Gourdon.  "Un jour, il m'a fait visionner des photos sur son ordinateur. Des dizaines de clichés ont défilé sous mes yeux jusqu'à cette vision de Franz entièrement nu sous la douche" relate Juliette. 

La situation aurait laissé la jeune fille sans voix. "J'étais sidérée, choquée. Je n'avais pas de mots. Alors, je me suis tue". Un silence que le curé aurait brisé d'un "tu vois, ça ne fait rien". 

Une phrase devenue ensuite un mantra. 

" Je vais t'apprendre à masturber un homme" 

Quelques semaines après cet épisode, Franz de Boer raccompagne Juliette chez elle après le catéchisme. 

Au milieu de la campagne lotoise, à l’abri des regards, l'homme d'Église aurait arrêté le véhicule, saisi la main de Juliette et prononcé ces mots : " Je vais t'apprendre à masturber un homme". 

Tétanisée, Juliette aurait ainsi subi sa première agression sexuelle. "J'avais l'impression que mon âme quittait mon cerveau" se remémore-t-elle. 

Je me sentais sale, dégoutante, comme un objet.

Juliette Mazet

La suite est une escalade selon elle. Après la masturbation imposée, Juliette aurait subi plusieurs viols. Quatre en 6 mois. "Et souvent, il me répétait cette même phrase. " Tu vois, ça ne fait rien."

Au début je disais non. Mais comme ça n'avait aucune incidence, je me suis plongée dans le silence

Juliette Mazet

Après des années de silence, de troubles alimentaires, de dépression, Juliette Mazet décide de porter plainte en septembre 2023. 

" C'était la meilleure décision de ma vie. Quand on grandit, qu'on devient adulte, on a besoin de se construire et je me suis rendu compte des dégâts qu'il avait causés sur moi", explique la Lotoise.

En plus des agressions sexuelles et des viols, Juliette Mazet dénonce aussi l'emprise et l'abus d'autorité de l'homme d'Église sur la jeune fille qu'elle était. 

Parole contre parole 

Des faits totalement niés par le mis en cause. Selon Médiacités, qui a recueilli le témoignage de Franz de Boer, les rapports sexuels qu'il entretenait avec Juliette Mazet étaient consentis.

Dans cette affaire, la Justice dispose donc de deux versions des faits totalement opposées. 

Joint par France 3 Occitanie, Alexandre Rossi, procureur de la République du Lot insiste sur le respect de la présomption d'innocence. 

" Pour l'heure, nous n'avons pas entendu tous les protagonistes dans cette affaire. La balance ne penche d'aucun côté. À l’issue de l'enquête, je déciderai de classer sans suite ou d'ouvrir une information judiciaire. Rien est joué pour l’instant", tempère le magistrat. 

Enquête devant le tribunal pénal canonique 

L'enquête ouverte par le parquet de Cahors et instruite par la gendarmerie de Gourdon devra donc principalement répondre à ces questions : Juliette Mazet a-t-elle manifesté son opposition à Franz de Boer lors de leurs rapports sexuels ? Quels éléments ont permis à Franz de Boer d'évaluer que les rapports sexuels étaient consentis ?  Y a-t-il eu abus d'autorité de l'abbé sur la jeune fille ? 

En attendant, l'évêque de Cahors assure avoir mis en retrait l'abbé de Boer. Dans un communiqué de presse, il indique aussi : " Au vu des informations rapportées, j’ai immédiatement saisi le Tribunal Pénal Canonique National afin qu’il engage aussi une enquête préliminaire canonique de la plainte devant la justice canonique".

Bonne foi ou effet d'annonce ? Selon nos informations, plusieurs religieux étaient informés des faits avant que l'affaire ne fuite dans la presse. 

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