Entre Aude et Lozère, le Gypaète Barbu étend son territoire

C’est l’une des quatre espèces de vautours présentes en Europe, et sans doute la plus surveillée.  Le Gypaète Barbu est une espèce classée « en danger » en Europe et qui fait l’objet de programmes de réintroduction depuis la fin des années 80. Celui-ci vient de franchir un cap.

Le Gypaete Barbu "Cévennes" photographié dans l'Aude
Le Gypaete Barbu "Cévennes" photographié dans l'Aude © Mathieu Vaslin

En  avril 2019, un gypaète barbu du nom de " Cévennes " était relâché sur les grands Causses de Lozère, dans le cadre du programme européen "Life Gypconnect". Un volatile équipé d’une balise GPS afin de suivre ses déplacements.

Le Gypaete Barbu photographié dans l'Aude
Le Gypaete Barbu photographié dans l'Aude © Photo Matthieu Vaslin

Car le gypaète barbu est un animal qui, jeune, voyage parfois sur de (très) grandes distances avant de se fixer sur un territoire. Ainsi, après avoir fréquenté les alentours de son site de réintroduction, " Cévennes " a pris la direction du massif central, au-dessus de Clermont-Ferrand, avant de se rendre sur Bordeaux.

Un Gypaete Barbu suivi à la trace

" Cévennes " s’est ensuite dirigé vers le Haut-Languedoc, en transitant par la Montagne Noire, dans l’Aude. Il a passé deux semaines entre Haute-Vallée de l’Aude et Hautes-Corbières. L’oiseau a pu être observé par un piège photographique : depuis plusieurs années, afin de permettre aux rapaces nécrophages de se nourrir, des placettes d’équarrissage sont disposées en plusieurs endroits du département.

Le Gypaete Barbu, à droite de l'image, au milieu d'autres vautours, sur une placette d'équarrissage
Le Gypaete Barbu, à droite de l'image, au milieu d'autres vautours, sur une placette d'équarrissage © Photo LPO Aude

Les éleveurs peuvent y laisser les carcasses de leurs animaux morts à destination des vautours fauves, percnoptères et moines qui habitent le secteur. Un "piège photographique" y est parfois disposé : cet appareil se déclenche automatiquement, en dehors de toute intervention humaine et permet donc de prendre des clichés des animaux sans les déranger. Pendant trois jours, " Cevennes " est venu se nourrir sur une des placettes d’équarrissage audoise… et se faire photographier.

Le Gypaete Barbu "Cevennes" sur une placette d'équarrissage audoise
Le Gypaete Barbu "Cevennes" sur une placette d'équarrissage audoise © LPO Aude

" La présence de " Cévennes " dans l’Aude est une belle illustration d’un des principaux objectifs du programme Gypconnect Life : reconnecter les populations des différents massifs montagneux ", explique ainsi un communiqué de la section audoise de la Ligue de la Protection des Oiseaux. Car le Gypaète est un oiseau dont la présence est menacée en Europe.

Une espèce menacée

Il avait ainsi complètement disparu des Alpes au début du XXème siècle, avant d’y être réintroduit peu à peu à la fin du siècle dernier. Aujourd’hui, plusieurs centaines d’individus peupleraient les Alpes et les Pyrénées. Mais ces deux populations sont éloignées, limitant les chances de l’espèce d’assurer sa survie, explique Lise Dauverné de la LPO Aude :

« Il s’agit de reconnecter les populations des différents massifs afin de favoriser le brassage génétique au sein de l'espèces et assurer sa pérennité ».

Lise Dauverné, LPO Aude

La présence du volatile sur la montagne noire est une bonne nouvelle pour la LPO car "ce secteur à l’est des Pyrénées est en effet le passage privilégié par les oiseaux pour rejoindre l’ensemble de la chaîne", détaille le communiqué de la LPO aude.

"Calendreto" avant "Cevennes"

Ce n’est pas la première fois qu’un Gypaète Barbu du programme " Life Gypconnect " se manifeste dans l’Aude. Déjà, en 2018, "Calendreto", un individu relâché en 2017, lui en Aveyron, s’était signalé sur le département, avant de rejoindre l’Espagne. " Mais là c’est la première fois qu’un Gypaète réintroduit dans les Grands Causses reste aussi longtemps et utilise une de nos placettes ", rajoute Lise Dauverné.

Sur cette photo, on distingue les bagues fixées sur les pattes qui permettent d'identifier l'individu.
Sur cette photo, on distingue les bagues fixées sur les pattes qui permettent d'identifier l'individu. © Lise Deauverné/LPO Aude

Une bonne nouvelle pour les amoureux de ces animaux singuliers, mais aussi pour la nature. Car le Gypaète occupe une place à part dans la chaîne alimentaire. Il est l’un, si ce n’est le seul charognard capable de digérer les os. Il se nourrit sur les cadavres après les autres charognards et constitue ainsi un excellent nettoyeur.

 

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