Réactions mitigées sur la plateforme de signalements des points de deal voulue par Gérald Darmanin

Est-ce une arme de plus dans la lutte anti-drogue ? Depuis le 3 mars, une nouvelle plateforme en ligne permet aux citoyens de signaler un point de deal près de chez lui à la police ou à la gendarmerie. Les associations de quartier et la police doutent de son efficacité. 

69 contrôles ont été menés dans le quartier Pissevin-Valdegour à Nîmes de 15 à 16h30 ce 10 novembre.
69 contrôles ont été menés dans le quartier Pissevin-Valdegour à Nîmes de 15 à 16h30 ce 10 novembre. © DDSP30

La chasse aux dealers est ouverte et elle doit passer par les citoyens pour le ministre de l'intérieur Gérald Darmanin pour lutter contre les trafics de drogue. Au 1er décembre, le ministère avait identifié et recensé dejà près de 4 000 points de vente sur toute la France. Une carte que le gouvernement compte bien compléter grâce aux efforts des citoyens.

Comment ça fonctionne?

N’importe quel citoyen peut signaler un point de deal près de chez lui à la police sur « mon commissariat.fr » ou à la gendarmerie sur « ma brigade numérique ». Ces plateformes sont accessibles 24 heures sur 24 et les signalements sont anonymes. Ces informations sont ensuite traitées par les forces de l’ordre. L’objectif est de briser l’omerta de locataires ou de témoins qui subissent des trafics de drogue et qui ont peur de les signaler, par crainte de représailles, comme on l’a vu dernièrement dans le secteur des Hauts de Massane, à Montpellier (Hérault) où des bénévoles du comité de quartier ont été violemment pris à parti par des dealers.

Des associations de quartier dubitatives

L’association 1000 couleurs qui travaille sur le quartier populaire Pissevin à Nîmes (Gard) et qui gère un centre social connaît bien ce fléau. Dans le secteur, les prix de la drogue sont même affichés comme au supermarché ! Depuis le premier confinement, l'association constate une recrudescence du trafic et a interpellé les pouvoirs publics à ce sujet. Selon le directeur de l'association Raouf Azzouz, "cela ne remplacera pas la police en sous-effectif et le manque d'éducateurs de rue". Sur le quartier Pissevin tout comme celui de Valdegour voisin, il y a seulement un temps plein et demi d'éducateur pour 18 000 habitants ! 

Cette plateforme va dans le bon sens mais je doute de son efficacité. Si les forces de l'ordre ont beaucoup de signalements, comment les traitera t-elle alors que la police manque de moyens et comment interviendront-t-elles alors que les points de deal sont très mouvants?

 Raouf Azzouz, directeur du centre social 1 000 couleurs

Le directeur ajoute qu' "il faudra aussi faire un gros travail de pédagogie auprès des habitants qui ne sont pas à l'aise avec les outils numériques et qui voudront être rassurés quant à leur anonymat."

Un outil peu utile pour la police

Côté police, le syndicat SGP-FO de l’Hérault pense que "c’est un outil supplémentaire mais qu’il n’éclairera pas les forces de l'ordre dans leur travail car les points de vente sont connus". Les enquêteurs ont besoin en effet d’entrer en contact directement avec ceux qui donnent les renseignements pour approfondir les enquêtes qui demandent du temps et des moyens d'investigation. "Cette plateforme, c'est un peu comme si on ajoutait un caméra de vidéosurveillance dans un quartier, c'est utile mais ce n'est pas suffisant" selon Bruno Bartocetti, SGP-FO Police 34. Selon le syndicat, "on ne repoussera ce phénomène qu’en donnant à la justice les moyens d’appliquer des peines plus sévères".

Quand les dealers engrangent jusqu'à 30 000 euros par jour et qu'ils peuvent aller seulement 2 ou 3 ans en prison, leur calcul est rapidement fait. Ils se disent que ce sont les risques du métier et que ça vaut le coup

 Bruno Bartocetti, SGP-FO Police 34

Pour le moment la brigade des stupéfiants de l'Hérault n'a reçu aucun signalement de citoyens. 

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