Projet Pegasus : des élus d'Occitanie, Robert Ménard, Philippe Martin et Nicole Belloubet ciblés par le logiciel espion

L'affaire Pegasus touche toute la classe politique française. Le maire de Béziers (Hérault), Robert Ménard, le président du Conseil départemental du Gers, Philippe Martin et l'ancienne Garde des sceaux, Nicole Belloubet ont été la cible de ce logiciel espion élaboré par la société israélienne NSO.
Le président du département du Gers, Philippe Martin, l'ancienne vice-présidente du Conseil régional d'Occitanie et Garde des Sceaux, Nicole Belloubet et le maire de Béziers, Robert Ménard ont été ciblés par le logiciel espion Pegasus.
Le président du département du Gers, Philippe Martin, l'ancienne vice-présidente du Conseil régional d'Occitanie et Garde des Sceaux, Nicole Belloubet et le maire de Béziers, Robert Ménard ont été ciblés par le logiciel espion Pegasus. © MaxPPP

Les révélations sur l'affaire Pegasus provoquent un peu plus chaque jour l'effarement. Des chefs d'Etats, comme Emmanuel Macron, des politiques, comme l'ancien Premier ministre Edouard Philippe et quatorze membres de son gouvernement, des journalistes, comme Lénaïg Bredoux et Edwy Plenel de Médiapart ont été espionnés.
Les personnes visées par ce logiciel de piratage de smartphones, élaboré par l'entreprise israélienne NSO et semble-t-il utilisé par les services de renseignement du Maroc, sont particulièrement nombreuses.

Depuis 2016, 50 000 numéros de téléphone auraient été sélectionnés par les clients de NSO pour une surveillance potentielle. L'Occitanie n'est pas épargnée. Les portables de trois élus de la région appartiennent à cette liste.  

Stupeurs et tremblements

L'ancien président de Reporters sans frontières (RSF) et actuel maire de Béziers (Hérault), Robert Ménard a été informé par la cellule investigation de Radio France de faire partie des personnalités visées par le logiciel Pegasus. "A priori, ce serait lié au Maroc, aux services marocains. Et lorsque l'on évoque ces services, on pense au Front Polisario. J'ai pris position dans ce dossier là lorsque j'étais le patron de Reporters sans frontières. Mais cela remonte à des années, est-ce que c'est pour ça, est-ce que c'est pour une autre raison ?" a réagi l'élu proche de l'extrême-droite au micro de France Bleu Hérault. Dès mercredi 21 juillet, Robert Ménard a annoncé son intention de déposer plainte. 

Le nom de Philippe Martin est également concerné par cette affaire. Le président du Conseil départemental du Gers ne cache pas son étonnement d'être mêlé à ces révélations. L'ancien ministre de l’écologie de 2013 à 2014 affirmé à la Dépêche du Midi n'avoir "aucune relation avec le Maroc, je crois même que je n’ai jamais mis les pieds dans ce pays” et a cru "à une mauvaise blague".

Egalement évoquée dans les révélations du consortium de journalistes créé par Forbidden Stories, l'ancienne Garde des Sceaux et ex-vice-présidente de la région Occitanie, Nicole Belloubet, n'a pour l'heure exprimé aucune réaction à cette histoire digne d'un roman d'espionnage.

Récupérer et identifier le maximum de contacts de personnes d'intérêts

Même si elle a surpris les principaux concernés, la présence de ces personnalités, sans lien direct avec le Maroc, n'étonne pas Baptiste Robert, chercheur toulousain en cybersécurité.

C'est une question de cible, de personnes d'intérêts et de son cercle restreint. Par exemple, si je veux contaminer le téléphone portable d'Emmanuel Macron ce qui va m'intéresser, c'est Emmanuel Macron, mais surtout les personnes avec qui il discute, avec qui il échange des textos le soir, avec qui il téléphone le plus. Quand on contamine le téléphone d'une personne d'intérêt, une des premières choses qui va être faite, c'est d'aller chercher les numéros de téléphone de son carnet de contact et surtout les différents "journal d'appel" et les messages eux-mêmes. Qu'il y ait des personnes de second plan, ce n'est pas étonnant en soi, car ce sont des personnes qui discutent avec des personnalités.

Baptiste Robert, chercheur toulousain en cybersécurité

Vous pouvez visionnez ci-dessous l'intégralité de l'entretien accordé à ce sujet par Baptiste Robert à FranceInfo : 

Mais comme cet expert en cybersécurité le précise, "Pegasus n'est pas de la surveillance de masse. Cela reste de la surveillance extrêmement ciblée sur des individus particuliers. Il y a extrêmement peu de chances que Monsieur et Madame tout le monde soient touchés par Pegasus".

Mais pour les spécialistes de ce domaine, la question des logiciels utilisant les failles des smartphones n'est pas un sujet "tout blanc ou tout noir". "Les services de renseignements quels qu'ils soient, recherchent eux-même des failles de sécurité, celles inconnues du grand public, qu'on nomme "Zero Day", et les utilisent dans le cadre d'opérations" explique Baptiste Robert.
Des intérêts diplomatiques et géopolitiques peuvent se cacher derrière des sociétés comme NSO et le développement de logiciels comme Pegasus. 

Pour le hacker toulousain "NSO a été un outil incroyable pour les Israëliens pour normaliser leurs relations diplomatiques. Notamment avec les Emirats-Arabes Unis. Benyamin Netanyahou a utilisé cette technologie pour aller voir les pays avec qui ils ne s'entendaient pas et leur proposer leurs services". "Quand on va chercher des failles de sécurité sur les dernières versions des Iphone, il ne faut pas se faire d'illusions, ce n'est pas pour combattre le crime" estime-t-il. 

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