Canaux d’irrigation entre Vinça et Millas : le tribunal administratif tranche en faveur de France Nature Environnement

France Nature Environnement avait demandé auprès du tribunal administratif une hausse des débits minimums d’eau à laisser dans les canaux d’irrigations dans le barrage de Vinça et dans la Têt afin de préserver la biodiversité. Elle a obtenu gain de cause, les agriculteurs de la région s’en trouvent vivement impactés.

Pour les agriculteurs concernés, "c’est la goutte de trop". Le tribunal administratif de Montpellier vient de se positionner en faveur d’une hausse des débits d’eau dans les canaux d’irrigation entre Vinça et Ille, tel que demandé par l’association France Nature Environnement (FNE). Ce n’est pas une surprise, l’avis rendu par le rapporteur public allait dans ce sens, il y a un mois.

Suite à cette décision, le préfet des Pyrénées-Orientales est sommé de prendre un nouvel arrêté.

Les débits réservés doivent être fixés aux « prises d’eau des canaux d’Ille, de Thuir, de Peu-del-Tarres, de Régleille, de Perpignan et de Millas-Néfiac à une valeur située entre 1 800 (voir 1 500) l/s à 2 200 l/s ».

Décision n°2100138 du Tribunal administratif de Montpellier

Dans un précédent arrêté, la préfecture avait décidé d'abaisser ce seuil à 1 200 l/s pour les canaux d'Ille et de Thuir et à 600 litres pour ceux de Perpignan et Millas-Néfiach.

"On a montré cet été que les réglementations fonctionnaient"

Les arguments avancés par l'association de défense de l'environnement faisaient écho au code de l’environnement. Pour Simon Popy, président FNE Languedoc-Roussillon « un cours d’eau a besoin d’un minimum d’eau pour vivre. Un cours d’eau qui fonctionne bien assure plusieurs services comme la dilution des eaux d’épuration donc on essaye d’éviter de descendre sous un certain seuil ».

Mais pour les agriculteurs qui prélèvent de l’eau dans ces canaux, cette décision est perçue comme une condamnation à mort. Près de 6 000 hectares d'arbres fruitiers pourraient disparaître :

Cette décision montre qu’on va devoir laisser de l’eau pour les poissons et les milieux naturels au lieu d’en prélever une partie pour l’agriculture et les besoins du territoire. Pourtant on a montré cet été que les réglementations en vigueur fonctionnaient et permettaient à la fois de préserver l’agriculture et les milieux naturels mais on remet tout en question et on met en péril l’agriculture local…

Bruno Vida, maraîcher arboriculteur et président de la fédération départementale des exploitations agricoles.

L’irrigation permise par ces canaux permet de produire « une grosse partie de nos fruits d’été » explique Bruno Vida. « Aujourd’hui sans eau on ne peut rien faire dans les Pyrénées orientales donc où est ce que l’on va produire l’alimentation de demain ? » argue-t-il.

6 000 hectares d'arbres fruitiers impactés

Les agriculteurs questionnés sur le sujet répondent tous déjà économiser autant que possible la ressource en eau, outils indispensable à la pérennité de leurs productions. Plus de 15 millions d’euros ont déjà été investis pour rénover ces canaux selon la chambre d’agriculture du département. 

« Le monde agricole reçoit une bonne claque une fois de plus. On fait tous les efforts possibles pour respecter les normes qu’on nous impose. Là c’est vraiment la goutte d’eau qui fait déborder le vase. On voit l’avenir de manière très pessimiste » s’inquiète Pierre Hylari, président des Jeunes Agriculteurs des Pyrénées-Orientales.

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Sans irrigation, ce verger de pêches et de nectarines pourrait être amené à disparaître, selon son maraîcher. ©Marie Petitjean / France Télévisions

Pour lui, le problème est ailleurs car à terme, des décisions comme celle du tribunal administratif pourraient causer la fin de l’agriculture française. « On est perdus car on se bien compte qu’il y a un changement climatique mais une fois de plus c’est nous qu’on attaque. Par contre on ne s’inquiète pas de voir que 50% de nos fruits et légumes sont importés de l’étranger, sans se poser de comment et par qui ils sont produits ».

Le nouvel arrêté doit être promulgué d'ici 3 mois... Mais la bataille n'est pas terminée. Les agriculteurs demandent à la préfecture de faire appel de la décision.