Pour éviter des incendies, un maire veut défricher sur sa commune, une tortue l'en empêche

Rivesaltes, dans les Pyrénées-Orientales, a été le théâtre d'un incendie, mercredi, sur les berges de l'Agly, un cours d'eau à sec. Si le feu a été maîtrisé, le maire de la commune s'inquiète de la présence d'une végétation dense à haut risque incendie. Il souhaite la défricher, mais un animal l'en empêche. Explications.

Trois hectares partis en fumée, mercredi 3 juillet 2024, sur la commune de Rivesaltes. Le feu s'est déclenché sur les berges de l'Agly, où de la végétation a poussé sur ce cours d'eau à sec depuis trois ans. "Le feu a été contenu rapidement grâce au peu de végétation à cet endroit. Mais si l'incendie avait pris en aval du passage à guet de la commune, cela aurait pu être dramatique", commente André Bascou, le maire de Rivesaltes, au lendemain de l'incendie qui a mobilisé tout de même 122 sapeurs pompiers et un hélicoptère. 

Le maire veut défricher

Contacté, le maire de Rivesaltes ne digère pas. "Il y a de la végétation trop haute sur les berges et dans le lit de l'Agly. Les habitants me demandent et s'agacent : pourquoi ne la coupe-t-on pas ? Et je les comprends. "

Asséché depuis 2021, l'Agly a vu pousser sur ses berges des arbres et arbustes, notamment peupliers et cannes de Provence. Deux variétés qui prennent facilement feu, surtout lorsqu'on les combine au climat sec du Roussillon.

"Les habitants s'inquiètent et moi aussi, j'aimerais que l'on puisse défricher cette végétation", confirme André Bascou. Mais malgré sa volonté, le maire se retrouve aujourd'hui bloqué. La raison ? Une petite tortue de vingt centimètres...

Tortue "émyde lépreuse"

La tortue émyde lépreuse est classée espèce protégée en France depuis 2007, et n'est présente qu'en Languedoc-Roussillon dans l'Hexagone. Malheureusement pour le maire de Rivesaltes, certaines tortues lépreuses ont trouvé un logement confortable entre les cailloux de l'Agly et sa végétation florissante, rendant interdit le défrichement. "Je pense que nous pourrions trouver un compromis. Par exemple, couper la végétation à moins de 80 centimètres pour au moins réduire les risques incendies" propose le maire. Mais les choses ne sont pas si simples.

Enjeux multiples

C'est le Syndicat mixte du bassin-versant de l'Agly qui est compétent pour intervenir sur l'Agly et ses affluents. Son directeur tempère : "Cette zone-là précise, autour de l'Agly sur la commune Rivesaltes, comporte tous les enjeux casse-tête pour nous. Entre les espèces protégées, les soucis de sécheresse et de risques crues, nous sommes en mesure de n'intervenir que deux mois par an, entre septembre et octobre. Avant, seuls quelques légers défrichements sont permis". 

Et malgré des craintes "légitimes" selon le syndicat, le maire de Rivesaltes n'est pas au bout de ses peines, car la tortue émyde lépreuse n'est pas la seule problématique ici. "Même si cela peut étonner en ce moment, cette zone autour du passage à guet peut être très sensible aux crues. Et couper la végétation pourrait créer un effet accélérateur des eaux en cas de fortes pluies, et mettre en danger les populations plus en aval", détaille le directeur du syndicat.

Ajoutez à cela une végétation - comme la canne de Provence - qui repousse très rapidement après la coupe, et vous obtenez ce qui ressemble à une situation inextricable, qui oblige le syndicat à marcher sur des œufs toute l'année.  En somme, le défrichement à Rivesaltes n'est pas pour tout de suite. 

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