Trains : des prix trop bas pour Ouigo en Espagne, la filiale low-cost de la SNCF accusée de "concurrence déloyale"

Le gouvernement espagnol envisage de dénoncer Ouigo devant la Commission nationale des marchés et de la concurrence pour "concurrence déloyale". Il accuse la filiale low-cost de la SNCF de pratiquer des prix qui menacent la rentabilité de l'opérateur national.

Le ministre des Transports espagnol, Oscar Puente, a vivement critiqué Ouigo, ce lundi 1er avril. Il a accusé la filiale à bas prix de la SNCF, présente sur le territoire espagnol, de vendre à perte. Selon lui, la stratégie commerciale de Ouigo, qui consiste à réduire les tarifs de manière aussi agressive pour gagner des parts de marché, relève de la « concurrence déloyale ».

Le gouvernement espagnol estime que ces tarifs ne sont possibles que grâce à l’appui de l'Etat français, qui possède l'opérateur low-cost à travers la SNCF. Oscar Puente a indiqué que le gouvernement de Pedro Sanchez étudiait la possibilité de dénoncer Ouigo devant la Commission nationale des marchés et de la concurrence (CNMC).

20% des parts de marché

En mai 2021, la SNCF déployait ses TGV low-cost sur la ligne Barcelone-Madrid, et cassait les prix. Trois ans plus tard, Ouigo Espagne revendique 20% de parts de marché face à trois autres concurrents : la Renfe, opérateur public espagnol, sa filiale low-cost AVLO, et Iryo. Un an et demi plus tard, Ouigo relie Madrid à Valence.

Selon le quotidien catalan La Vanguardia, qui cite un rapport de la CNMC sur les trains à grande vitesse, cette ouverture à la concurrence a fait chuter les prix de 40% par rapport à l'époque où Renfe disposait encore du monopole, il y a trois ans.

Toujours selon les données de la CNMC, le prix moyen du Barcelone-Madrid au cours du dernier trimestre 2023 était de 37,43 euros en Ouigo, contre 62,39 euros avec la Renfe. Avec AVLO, le billet s’élevait à 43,88 euros, et 43,10 euros pour Iryo.

Au micro de la radio espagnole Cadena SER, Oscar Puente a reconnu que la libéralisation du marché avait eu pour effet positif de « baisser les prix », mais a tout de même déclaré : « La concurrence doit être loyale, elle ne doit pas entrer dans des pratiques qui conduisent ou tentent de conduire à l’anéantissement de l’adversaire ».

« C'est la première fois qu'on nous accuse d'avoir des prix bas ».

Alain Krakovitch, président de Ouigo Espagne.

« C'est la première fois qu'on nous accuse d'avoir des prix bas », a déclaré Alain Krakovitch, président de Ouigo Espagne qui se défend de recevoir toute subvention de la part de l’Etat français.

Une crise diplomatique d’autant plus sensible que le lancement de la Renfe sur le marché français a été plus compliqué. L'opérateur espagnol tente aujourd’hui de rallier Paris, mais ne dispose pas encore des autorisations nécessaires. Un manque de réciprocité dénoncé par Oscar Puente.