Albi : quand l’ultra droite bascule dans la violence de rue

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Écrit par Laurent Dubois

A Albi, deux syndicalistes étudiants ont été agressés dans la rue, le 25 octobre. Une "première" dans la ville-préfecture du Tarn. Une coordination inter-syndicale dénonce un climat de terreur installé par une groupe d’extrême-droite.

Lundi 25 octobre 2021, vers 22 heures, dans le cœur historique d’Albi, une rixe a opposé deux syndicalistes étudiants à un groupe de trois individus, âgés d’une vingtaine d’années.

Frappé à la tête et roué de coups

Selon une des victimes, Antonin Vaysse a reçu un coup sur la tête qui l’a projeté au sol. Et il a ensuite été roué de coups. L’agression n’a pas occasionné de blessure grave.

Une agression par des militants d’ultra droite 

Syndicaliste étudiant et militant anti-fasciste, Antonin Vaysse affirme que l’agression a un caractère clairement politique. Les trois agresseurs ont "chargé" après avoir qualifié leur "cible" d’anti-Fa. Antonin Vaysse précise avoir également reconnu sans difficulté l’auteur des coups qui lui valent, cinq jours après les faits, une ecchymose à l’oreille. 

Il s’agirait d’un ancien camarade de lycée, proche de l’extrême droite. Antonin Vaysse annonce avoir porté plainte directement auprès du procureur de la République.

Création d’une coordination antifasciste 

Un collectif de neuf syndicats et la Ligue des Droits de l’Homme ont décidé de signer une déclaration commune et de constituer, à cette occasion, une coordination anti-fasciste. 

Pour cette coordination, l’agression de cette semaine traduit la "présence envahissante" de "pratiques fascistes".  Un incident lors d’une manifestion anti pass sanitaire est cité comme exemple d’une "agressivité qui se déploie sans complexe ni entrave".

Une série d’agressions 

 Des  militants de la CGT ont été confrontés aux mêmes trois individus qui seraient à l’origine de l’agression des jeunes syndicalistes étudiants. Une source policière qualifie l’incident en question de simple accrochage, au cours duquel les agresseurs se seraient d’ailleurs retrouvés en difficulté face à... leurs victimes. 

Mais, en quelques semaines, la tension est montée, franchissant même un cap. Comme le précise un des syndicalistes étudiants, "on se croise et on se connaît tous avec l’extrême droite. On se regarde et on passe notre chemin. C’est la première fois que l’on bascule dans la violence et cela aurait pu mal se terminer. Il suffit que je tombe mal sur un bord de trottoir. Je ne peux pas m’empêcher de penser à Méric" (ndlr : militant antifasciste mort suite à une rixe avec un groupe de skinheads en juin 2013).

Pour la coordination intersyndicale, cette montée en puissance de la violence est signée. Il s’agit d’un groupuscule d’ultra droite : Pater Albiges.

Une poussée de l’ultra droite ?

Le mouvement compte 193 abonnés sur Instagram et son activité sur ce réseau social se limite à quatre publications. Mais, pour la coordination syndicale, Pater Albiges est à l’origine d’un pourrissement du climat à Albi et dans le Tarn.

Une figure du Parti Communiste tarnais, Roland Foissac, relativise toutefois : "on peut mesurer (ndlr, une montée en puissance de Pater Albiges) au nombre d’autocollants que l’on croise de plus en plus fréquemment dans les rues d’Albi. Est-ce que cela suffit à mesurer une véritable poussée ?".

Du côté policier, la réponse est clairement négative. Selon une de nos sources, dans le département du Tarn, d’une manière générale, "l’ultra droite n’est pas vraiment active ni très visible". Et, s’agissant précisément de Pater Albiges, "on reste dans les autocollants, et ça ne va pas vraiment plus loin".

Il n’en demeure pas moins qu’un membre est connu pour faire le coup de poing en dehors du Tarn, à Toulouse notamment. L’implication d’un militant de Pater Albiges dans l’agression d’un jeune syndicaliste étudiant pourrait encore noircir le tableau. Le dépôt de plainte, annoncé par Antoine Vaysse, devrait apporter la lumière.