Les filles de l'Air : Sabine Magisson, ingénieur du contrôle de la navigation aérienne

Elles sont souvent entrées en aviation comme on entre en religion … par passion !
A travers plusieurs portraits de "filles de l'air", on constate que dans l'aéronautique aussi, les femmes ont trouvé leur place…. Et cela ne date pas d'hier !

Par Erick Haas

8 années d'études pour une passion

Fan d'aéronautique depuis sa plus tendre enfance, Sabine voulait au départ être pilote.
Le sort en a décidé autrement. Après 2 années de "prépa" puis Maths Sup, elle se présente au concours mais échoue. L'année suivante, en Maths Spé. elle s'aperçoit que beaucoup de ses collègues qui avaient réussi le concours étaient en attente d'un emploi. Elle ne se représente pas et décide de passer le concours de contrôleur aérien à L'ENAC (Ecole Nationale de l'Aviation Civile), à Toulouse.
En 1998, après 3 années d'étude, elle obtient son diplôme d'ingénieur du contrôle de la navigation aérienne (ICNA) avec 2 possibilités d'emploi selon son rang de sortie dans la promotion : soit dans des tours de contrôle, soit dans des "centres-route" (il y en a 5 en France - voir l'encadré)
Sabine choisit d'être affectée au CRNA Nord (Centre en Route de la Navigation aérienne) à Athis-Mons. mais pour être qualifiée, elle doit encore travailler 40 mois en doublure. En Octobre 2000 elle obtient son habilitation "Centre Route".

Aujourd'hui, je ne regrette pas mon choix, je suis contente d'être contrôleur et de ne pas être pilote, pour la qualité de vie …





 

Le contrôle aérien, une activité à la fois complexe et stressante

 / ©

Q : Quel est votre rythme de travail ?
"C'est un peu du 3x8 particulier que nous faisons car nous sommes sur des cycles de 12 jours. Nous travaillons 3 jours, nous nous arrêtons 3 jours et le dernier jour de ces 12 jours ... est une nuit !
C'est progressif. Au début du cycle, je commence tôt le matin, de 6h à 14h  et pour le dernier cycle je travaille de 14h à 23h30".

Q : Est-ce facile à gérer ?
"D'un point de vue rythme, ce n'est pas évident car il faut pouvoir se recaler par rapport aux heures de sommeil et de repas. Il faut avoir une vie saine pour supporter ces horaires décalés, mais on a des moments de repos qui nous permettent de récupérer".
Q : Et la vie de famille ?
"Il y a du positif et du moins bon ! Le positif, c'est que l'on est beaucoup plus disponible pour sa famille et notamment ses enfants. Quand on travaille le matin, on est là l'a/midi pour aller les chercher à l'école. Pour les courses, c'est pratique, notamment en région parisienne. On peut les faire quand il y a moins de monde. Les points négatifs, c'est que lorsque l'on vit avec quelqu'un qui a des horaires réguliers, on est amené à travailler les WE et les jours fériés. Sur 5 WE, par exemple, on travaille 3 WE".

 / ©

Q : l'univers du contrôle aérien se féminise ou pas ?
"Oui, il se féminise énormément. AU CRNA Nord, nous sommes 40% de femmes !"
Q : les relations avec vos collègues hommes ?
"Il n'y a aucune différence. On travaille en équipe. On est entre 10 et 14 contrôleurs par équipe et je ne ressens aucune différence".
Q : et pour le salaire, il y a-t'il des différences avec vos collègues hommes ?
"Comme nous sommes fonctionnaires, nous avons des grilles indiciaires et nous avons exactement le même statut et le même salaire que nos collègues masculins".
Q : Votre activité est très stressante et nécessite une surveillance à la fois de vos compétences et de votre état de santé. Comment cela se passe ?

 / ©


"Question santé, (physique et psychologique) c'est  très strict. Nous avons un check up tous les 2 ans et un tous les ans après 40 ans. Il y a une limite d'âge pour exercer ce métier qui est de 57 ans. Ensuite, on est en retraite car on fait partie des professions pénibles.
En ce qui concerne les compétences, nous sommes soumis à des contrôles très stricts. On a une qualification valable 3 ans et on doit faire un nombre d'heure minimum d'activité de contrôle pour la garder ainsi que des stages obligatoires de maintien de compétence plus des stages d'anglais car on doit aussi avoir un niveau minimum d'anglais".

Q : comment voyez-vous votre avenir ?
"Pour l'instant, je n'envisage pas de changer car le métier me plait. Par contre, je pense que je ne finirai pas ma carrière dans une salle de contrôle car la pression, le stress sont importants et je ne sais pas si je pourrai encore le supporter dans quelques temps. Donc j'envisagerai un travail plus régulier dans des bureaux, près de la salle de contrôle, mais on a des possibilités dans des domaines voisins de notre activité d'origine".


Athis-Mons, un des plus importants centre de contrôle aérien en Europe

Le CRNA d'Athis-Mons (Essonne) est le 4ème centre européen avec près de 380 contrôleurs aériens. Il est installé à proximité de l'aéroport d'Orly et gère tout le trafic aérien en transit et en survol pour toute la partie Nord de la France. Il "couvre" tous les aéroports d'Ile-de-France, (Orly, Roissy, Vélizy-Villacoublay, Le Bourget), ainsi que ceux de Lille et de Beauvais.
24h sur 24, les contrôleurs aériens se relaient pour assurer le contrôle d'environ 1 million 300 000 vols par an et jusqu'à 4 000 les jours de pointe. 
Sabine Magisson précise d'ailleurs : "Athis-Mons est un centre un peu particulier. En fait, c'est 2 centres en 1. Comme sa zone de couverture est très dense, il est divisé en 2 zones et on est qualifié uniquement  pour une zone (Est ou Ouest). On ne peut pas faire les deux. Tout ça parce que c'est trop complexe ... Il y a beaucoup de secteurs dans chaque zone et ce n'est pas possible de tous les connaître parfaitement et d'être qualifié pour tous".

 / ©
/ ©
plusieurs

Les 5 Centres en route de la navigation aérienne (CRNA) en France ?

Les CRNA dépendent de la Direction de l'aviation civile (DGAC). Ils sont au nombre de cinq en France :

  • CRNA Nord, à Athis-Mons (près d'Orly en région parisienne) ;
  • CRNA Est, à Reims ;
  • CRNA Ouest, à Loperhet (près de Brest) ;
  • CRNA Sud-Est, à Aix-en-Provence ;
  • CRNA Sud-Ouest, à Mérignac (près de l'aéroport de Bordeaux).

Le CRNA contrôle tous les aéronefs volant dans l'espace aérien qui lui est affecté. Ce contrôle porte sur les appareils qui sont "en route", c’est-à-dire qui ne sont pas en phase de décollage ou d'atterrissage et qui eux, sont pris en charge par les tours de contrôle des aéroports.
Exemple pour le CNRA NOrd : les avions provenant de Londres et volant en direction de Rome passent sous son contrôle lors de leur traversée de l'espace aérien du Nord de la France . Idem pour les avions en provenance et à destination des aéroports parisiens pour qui il s'agit d'assurer la sécurité et la bonne séparation en organisant leurs séquences d'arrivée mais aussi les montées vers leurs niveaux de croisière.

A lire aussi

Sur le même sujet

Les + Lus