Coronavirus - Les femmes enceintes craignent d'accoucher seules : «ça gâche notre bonheur »

En Ile-de-France, les maternités s’organisent pour accueillir les futures mamans et les bébés mais aussi limiter la propagation du coronavirus. (Illustration) / © PHOTOPQR/LE TELEGRAMME/MAXPPP
En Ile-de-France, les maternités s’organisent pour accueillir les futures mamans et les bébés mais aussi limiter la propagation du coronavirus. (Illustration) / © PHOTOPQR/LE TELEGRAMME/MAXPPP

L'épidémie impacte aussi le fonctionnement des maternités. Des mesures restrictives comme l'interdiction totale des visites ont dû être prises pour limiter la propagation du virus.

Par Morgane Prevost

« Le stress principal, c’est la présence ou pas du père le jour J. » A huit mois de grossesse, Mélodie Ardouin n’a plus qu’une préoccupation: savoir si le papa sera autorisé à l’accompagner en salle de naissance. Aujourd’hui Necker, la maternité où elle est suivie l’autorise si le conjoint est asymptomatique. Mais en pleine crise du coronavirus, les mesures pourraient devenir plus restrictives pour empêcher la propagation du virus. « Je ne me vois pas faire sans lui », s’inquiète la future maman.  Au stress d’une première grossesse s’ajoute celui de l’accouchement en pleine crise du coronavirus.


A la maternité Notre-Dame du Bon Secours dans le 14 e arrondissement de Paris où chaque année naissent 3500 bébés. Les conditions d’accueil ont dû être revues, comme dans la très grande majorité des maternités. « L’accès global est fermé à tous, exception faite des papas en salle de naissance », explique le professeur Elie Azria, chef de chef du service obstétrique, d’habitude les pères peuvent rentrer dans les salles de bloc mais là, ce n’est plus possible, ils peuvent voir leur bébé en salle de naissance mais ils ne peuvent plus monter en suite de couches. Tous les services sont fermés aux visiteurs. » 

Chaque établissement s’organise à sa façon. Dans quelques maternités comme à Bichat, les pères ne peuvent plus rentrer à l’hôpital.. « Le système de soins évolue quotidiennement » explique Caroline Brochet, sage-femme à l’APHP et présidente de l’association professionnelle des sages-femmes. « Malheureusement, on ne peut pas transiger avec la sécurité » .

Accoucher parfois sans le papa

Certains papas devront attendre plusieurs jours avant de voir leur bébes. Marlene Fitzek sait déjà qu’elle devra accoucher seule.  « Je vais accoucher à la Garenne Colombes de mon 2e en avril par césarienne sans pouvoir avoir le papa à mes côtés ni au bloc ni du séjour», nous raconte t-elle. Le père ne pourra voir son bébe qu’à la sortie de la maman, en géneral au bout de quatre jours pour une césarienne.« Le fait de devoir laisser mon nouveau né a peine sorti à quelqu'un que je ne connais pas m angoisse terriblement. Cette situation gâche ce bonheur» poursuit -elle. Mais la future maman comprend malgré tout les mesures. 
 
Bonnie est née le 17 mars, au premier jour du confinement. / © DR
Bonnie est née le 17 mars, au premier jour du confinement. / © DR

 

Une situation difficile pour les mamans, alors les soignants redoublent souvent d’attention. A Notre-Dame du Bon secours, les équipes ont été renforcées pour les épauler.  
Lorraine a mis au monde une petite Bonnie le 17 mars, le jour même du confinement. ''Les sages femmes et tout le personnel soignant portent des masques donc on ne les voit pas en entier ce qui est au début un peu perturbant» raconte la jeune maman. Au final, elle garde une bonne expérience de ce séjour à la maternité en confinement. Elle est rentrée chez elle depuis mais  personne n’a pu lui rendre visite. « On a présenté Bonnie à la famille par facetime », nous raconte t-elle. 

Un dispositif pour les femmes enceintes contaminées

La maternité Notre-Dame du Bon Secours a reçu les premieres patientes Covid 19 au début du confinement, elles sont chaque jour plus nombreuses. « La plupart du temps ce sont des infections bénignes mais il y a aussi des formes graves », explique le Pr Arias. Une unité spécifique pour accueillir les femmes enceintes suspectes ou infectées a été créée au sein de la maternité. Les soignants doivent alors enfiler une tenue spécifique pour les soigner, masques, lunettes, surblouses…
 

Les maternités touchées aussi par les pénuries


Mais ce matériel pourrait bientôt manquer. « On vit dans un état de pénurie depuis le début de la crise. Il y a toujours l’angoisse de la rupture de stocks », déplore le Pr. Azria. A Trousseau, il y a quelques jours, les sages-femmes n’avaient que deux masques chirurgicaux par garde, pas de lunettes, et les tests de dépistage commencent à manquer, selon Caroline Brochet. 

Le problème se pose aussi à la sortie de l’hôpital. Les sages femmes libérales ne bénéficient que de 6 masques par semaine et seulement si elles traitent des femmes testées positives au coronavirus. "Les mamans contaminées doivent porter un masque pour ne pas transmettre le virus à leur enfant mais il est souvent impossible d’en trouver", se désole Caroline Brochet qui a lancé une collecte pour leur en fournir.

Des soignants ultra mobilisés


Si l’avenir reste très incertain, la mobilisation soignants semblent ne pas ciller. « Les équipes ne comptent pas leur temps, leur energie. C'est un déploiement d'imagination et de bonne volonté», se félicite le Pr Azria.

« Après chaque garde, certains ont des vies en moins, moi, j’ai des vies en plus », se réjouit Caroline Brochet.
 

Des plateformes d'écoute et d'échange pour les femmes enceintes

Un collectif d'association le Ciane a décidé de mettre en place une organisation d’écoute téléphonique bénévole et gratuite au service des femmes qui s’inquiètent des conditions de suivi de grossesse, d’accouchement et de retour à la maison dans ce contexte.

Une page Facebook a aussi éte créée "confinées avec bébé" - sur laquelle futures et jeunes accouchées échangent conseils et états d'âme. 

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